‹ Notice biographique et bibliographique sur Michel de MontaigneChapitre 119 sur 140 · NOTICE CXLVII · texte numérisé non relu

NOTICE CXLVII

En cette circonstance Montaigne a montré vis-à-vis de sa fille adoptive un excès d'indulgence.

Les moments heureux que Montaigne passa à Gournay et à Paris furent troublés par de graves événements politiques : la Journée des Barricades, le départ d'Henri lll pour Chartres et Rouen, enfin la réunion des États de Blois.

Montaigne qui était venu à Paris avec Pierre de Brach, chacun pour un motif très personnel, se trouva obligé de paraître à la cour. Devant tin roi heureux, il aurait manifesté moins de fidélité. Le prince contraint de fuir lui parut digne d'assurances répétées de dévouement.

Dans ses allées et venues de la cour à Paris, Montaigne perdit de vue qu'il était considéré comme un ennemi par les Ligueurs. Il rentrait donc un jour de Rouen lorsqu'il fut arrêté et conduit à la Bastille. Il a en trop bons termes conté cette mésaventure pour que son récit ne soit point préféré à tout autre :

menoir ou les Essais, Marie de Gournay avait fait graver son portrait par N[atheus. Elle était représentée avec une branche de laurier à la main, dans un cadre portant ces mots : Pater ipse famulam vovit, au-dessus d'un distique français trop flatteur. Dans la grisaille sur laquelle se détache un visage régulier et d'une intelligente expression, se lit à gauche l'indication : ^Etatis 30, qui correspond à l'année 1595. Cette gravure n'ayant pu être utilisée à sa date, Marie de Gournay la plaça d'abord en tête de son livre de l'Ombre en 1626, puis des Advis et Présents de 1635 et 1641. Mais elle fut bientôt forcée de l'arracher de la plupart des exemplaires de ces ouvrages pour échapper aux clameurs que provoquait la vue d'un portrait de muse triomphante aux premières pages des livres d'une très vieille demoiselle.

CXLVIIl NOTICE

« Julius 10. i j8S, Entre trois Ù' quatre après midi ejiant logé aus Fatisbours S. Germain à Paris &" ^naïade d'vn efpece de goutte qui lors premieremât m'auoit fefi il y auoit iujlement trois inurs, ic fus pris prifonier par les capitenes Ù" peuple de Paris. C'ejloit au temps que le Roy en ejîoit mis hors par Monjïeur de Guife, fus mené en la Baflille &" me fut Jignifié que c'ejloit à la follicitation du Duc d'Elbeuf Ù" par droit de reprefailles au lieu d'vn Ji en parant iantilhomme de Normandie que le Roy tenait pr if onnier à Roan. La reine mère du roy auertie par M. Pinart fecretaire d'efîat de mon emprifonnemTit obti?it de Môjieur de Guife qui ejioit lors de fortune aueq elle Ù' du preuojl des marchans vers lequel elle enuoia (môjieur de Villeroy fecretaire d'ejîat s'en fnuignant aujjî bien fort en fna fiueur) que fur les huit heures du foir du mefme iour vn ?naijîre d'hôtel de la roine jne vint faire mettre en liberté moienât les refcrits du di6l feigneur duc ù" dudiôi preuojl adrejfans au clerc capitene pour lors de la Baflille^. »

Comme il était allé h Chartres et à Rouen, Montaigne se rendit aux États de Blois. Il y fut accompagné par Pierre de Brach dont le beau-frère, Fronton du Vergier, jurât de Bordeaux, avait été délégué à cette assemblée^ à titre de représentant du tiers.

1. Montaigne a d'abord consigne cette arrestation dans ses Éphémérides sous la date du 20 juillet, puis il en a biffé le récit reporté dix jours plus tôt avec quelques omissions. L'une d'elles, assez piquante, est ainsi conçue : « C'eftoit la première prifon que i'euffe. »

Page 1