De Thou, Mémoires. Éd. cit., XI
2. Voir à ce sujet la lettre de Pasquier à M. de Pelgé, II, 377. Édition de Paris, Jean Petit Pas, 1619.
NOTICE
Parmi les personnages que Montaigne rencontra aux États de Blois, il y a lieu de signaler encore de Laval, géographe du roi, capitaine du château de Moulins ', qui parait s'être lié d'intimité avec le philosophe^.
De Laval dont Henri lll avait apprécié le mérite à Mouliîis, avait été invité aux États de Blois pour combattre les réductions proposées par les Guises dans le nombre des officiers royaux. C'était un érudit très frotté de théologie et pourvu d'une assez forte dose d'originalité. Indépendam-
1. 11 occupait au château de Moulins un logis que les rois avaient depuis longtemps approprié à sa famille. II y avait rassemblé un grand nombre de chartes, de cadres d'armée, de plans de villes et de fortifications, d'armes, de portraits, de peintures, de livres écrits en diverses langues : c'était à la fois un musée et une bibliothèque où il recevait souvent la visite des rois, des princes, des seigneurs, des ambassadeurs, « bref de toutes sortes de personnes d'honneur et de qualité. » H. Faure, Antoine de Laval, Moulins, 1870.
2. Sur le titre de son exemplaire des Essais (159$), Laval a écrit cette annotation : « l'ay cogneu &; fréquenté très familièrement l'auteur. ))
L'exemplaire d'où nous tirerons la critique de certains passages des Essais, est entré en 1634 dans la bibliothèque de P. de La Mure, petit-fils d'Antoine de Laval qui, a l'exemple de son aïeul, a couvert ce volume d'annotations diverses, quelques-unes relatives à des faits contemporains. Mais autant de Laval est sévère, autant son successeur se montre libre en ses propos. Le chapitre xxix, De la Vertu, à la page des suicides partiels racontés par Montaigne, (III, 466), lui suggère l'anecdote suivante: «De notre siècle le prieur de Paray le Monial accufé d'auoir féduit vne religieule & menacé d'eftre puni de mort, pour fa iuftification en iit de mei'me & s'ellant faid voir à fes commiffaires en cet eftat, fut ablous & conferué en ion bénéfice. Sur cefte action fut faid ce dilfiquc :
« Ctim monaca coiit monacus scidilque pvdctida Qtiid liment citni sit jam shie teste revs. »
NOTICE CLMI
ment de son curieux Traité des Professions nobles', il a, sous le titre de le Grand Chemin de la vraie Eglise, historiquement démontré par l'origine et la suite des traditions divines % écrit un livre dans lequel il se propose de prouver que les protestants s'égaraient en s'appuyant sur lu Bible et que la règle supérieure qu'il convenait de leur opposer était la tradition. Dans le cadre restreint de cette notice, il est impossible de produire de plus amples détails. H est également impraticable de reconstituer les sujets d'entretiens de Montaigne et de Laval bien que certaines annotations de ce dernier sur les Essais, paraissent des éclaircissements émanés de l'auteur. Par exemple, II, p. ^iç, les mots Torquaîo Tasso écrits en regard du texte, et III , p. Jo6, la désignation de ce gentilhomme, qui avait fait la route de Madrid à Lisbonne, en plein été, sans boire. « C'ejîoit, ajoute Laval en marge, le marquis de Pifani, chef des armes de Viuonne, qui a efîé ambajjadeur en Ef~ pagne Ù" puys à Rome. »
Ce dont Montaigne néglige de donner la source, Laval la fournit, III, p. ipS. En regard de la pensée ; « // efl jorce de faire tort en détail, à qui veut faire droiâi en gros, Ù' iniuflice es petites chofes, qui veut venir à chef de faire iufïice es grandes. » L'annotateur ajoute : « Omne Magnum exemplum habet aliquid ex iniquo, di6i Tacite, quod contra singulos utilitate publica rependitur. »