‹ Notice biographique et bibliographique sur Michel de MontaigneChapitre 127 sur 140 · NOTICE CLVII · texte numérisé non relu

NOTICE CLVII

A Paris co?nme à Blois Montaigne 7i'eut pas faute de relations; mais il n'a pas pris le soin de nous en rien révéler. Il était malade. H faillit même succomber. Dans une lettre à Juste Lipse ', Pierre de Brach raconte ainsi la crise : « EJtant enfemble à Paris, les médecins defefperant de fa vie Ù" luy n'efperant que fa fin, ie le vy lorfque la mort l'auifagea de plus prez, repouffer bien loing en la mefprifant la fraieur qu'elle apporte. Quels beaus difcours pour contenter l'oreille, quels beaus enfeignements pour affagir

bien au sens où Montaigne me semble avoir pris le mot français. Faire Fessai d'un vin ou d'un plat, ce n'était pas en boire ou en manger; mais les goûter pour en savoir la saveur. Ainsi faisait Montaigne essayant les questions, essayant ses forces et nous en servant des échantillons, par où il ne prétend pas nous nourrir et serait bien fâché de nous rassasier, assez content s'il nous met et tient en goût de recommencer sans cesse l'essai des Essais de M. de Montaigne. »

M. Guizot, apologiste du mot Gustus trouvé par Juste Lipse, contre l'expression Conatus choisie par de Thou, Sainte-Marthe et justifiée par de Laval, ce court exposé suffit pour trancher la question. Après cette première proposition qui nous exhibe en Montaigne un dégustateur, en voici une autre plus inattendue qui ne sera pas grossie d'autres citations analogues par respect pour un devancier dont l'œuvre eût gagné à être purgée des concetti qui la déparent.

« L'esprit de Montaigne valse à trois temps :

« Premier temps. — Ne pas s'attacher aux raisons vulgaires.

« Second temps. — Ne pas s'arrêter aux pensées savantes.

"1 Troisième temps. — • Revenir aux raisons vulgaires, s'y tenir sans y tenir, et pirouetter dessus. »

G. Guizot, Montaigne, Eludes et Fragments publiés par M. Auguste Salle- Paris, Hachette, 1899, avec une préface de M. Emile Faguet.

I. Du 4 février 1595, celle même où il annonce la mort de Montaigne.

CLVm NOTICE

l'ame, quelle refolue fermeté pour ajjurer les plus peureux déploya lors cet homme, le n'ouy iamais mieux dire ni mieux faire, fans que la foiblejfe de fon corps eut rien rahatu de la vigueur de fon âme. Il auoit trompé la ?nort par fon ajfurance, ù" la ?nort le trompa par fa convalefcencc. »

La mauvaise santé de Montaigne le ra?nena en Périgord dans les premiers jours de novembre ij8S. Il se trouvait en son château, quand s'accomplit à Blois le sinistre drame où périrent le Balafré et le cardinal de Guise. Désespérant de constituer un tribunal assez dévoué pour condamner ces deux factieux qui méditaient une révolution de Palais, complémentaire de la Journée des Barricades, Henri II! se fit leur juge et leur bourreau au moment précis oii il se crut menacé d'être jeté dans un couvents La Ligue organisée depuis plusieurs années dans toute la France par grands commandements se souleva. Elle eut pour adhérents, sinon pour alliés, ceux qu'indignait le double assassinat ordonné par le Roi.

Malgré le délabrement de fes forces, Montaigne fit alors plus que jamais preuve d'activité auprès du maréchal de Matignon. Conseiller inaperçu, travaillant à couvert pour le triomphe d'Henri de Navarre, il aida le maréchal à déjouer les projets des ligueurs. Aux processions de Pâques, ijSp, qui furent, comme les montres du lendemain de la

I. Les Èphéméridcs, n" 33, rapportent ainsi l'événement : « December 23. 1588. Henry duc de Guife à la vérité des premiers hommes de fon aaçje fut tué en la chambre du rov. «

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