NOTICE CLXIII
les incertitudes dont il était tourmenté, ne semble-t-il pas que l'auteur des Pensées se soit proposé d'ajouter un doute ou une obscurité de plus sur un esprit qui a singulièrement piqué et fixé son attention?
Après la mort de son mari, M""^ de Montaigne manda auprès d'elle Pierre de Brach et le chargea, selon le vœu de Montaigne, de préparer la réimpression des Essais. £7; 7nême temps, elle s'imposa le devoir d'assurer à son époux une sépulture digne de lui. A la suite de fortunes diverses le tombeau de Montaigne jut élevé dans une chapelle latérale, la plus proche du chœur de l'église des Feuillants. Après l'incendie de cet édifice, le tombeau, préservé des flammes, fut placé dans le vestibule des Facultés de Bordeaux.
Deux inscriptions couvrent les parois latérales de ce monument, au-dessus duquel on s'étonne de voir une statue cuirassée étendue sur la pierre. L'une est en grec et Vautre en latin. Cette dernière seule nous parait digne d'être mise sous les yeux du lecteur, parce qu'elle résume d'une manière précise et touchante l'origine, la vie, le rôle philosophique de Montaigne et les regrets de sa veuve.
« Michaeli Montano, Petrocorensi, Pétri f, Grimundi n., Remondi pron., equiti torquato, civi romano, civitatis Biturigum Viviscorum exmïiori, viro ad natune gloriam nato, quoius morum suavitudo, ingenii acumen, extemporalis facundia et incomparabile iudicium supra humanam
sortent .fsîimata siint ; qui amicos usiis reges maxumos et terra Gallia primores viras, ipsos etiavi sequiorum partium prcestites, tameiictsi patriarum ipse tegum et sacrorum avitorum retifie?itissimus ; sine quoiusquam offensa, sine palpo aut pipulo universis populatim gratus ; utqne antidhac semper advorsus omnis dolorum minacins mœnitam sapientiain labris et librisprofessus, ita inprocinctufati, cum morbo pertinaciter inimico dmtim valdissume conluctatus, tandem, dicta factis ex^equando , pnlcrit vitapolcram pausam cum Deo volent e fecit.
« Francisca Chassanea ad luctum perpetuum heu, relicta, marito dolcissimo univira uniiugo et hene merenti mœrens P. C.
« Vixit an?i. LIX, men. Vil , dies XI; obiit anno sal . CID 13 VII IC, idib. Sept'. »
// serait injuste ici de ne pas rendre hommage à la piété conjugale de M'"^ de Montaigne qui mit tout en œuvre pour honorer la mémoire de son mari. Les lettres qui nous restent d'elle, ajoutent au portrait trop rapidement ébauché dans les
I. L'épitaphe grecque offre iiifiiiiment moins d'intérêt. C'est une apologie personnelle du défunt sous une forme pompeuse où l'on tenterait vainement de démêler une pensée précise, un élément biographique quelconque.
Dans une série de dix lettres adressées au D' Payen et publiées sous le titre de Recherches sur l'auteur des Épitaphcs de M ont ai g tic, Paris, Aubry, i86r, M. Dezeimeris, avec un sens critique hors de pair, a établi que c'était à J. de Saint-Martin, docteur ès-droits et avocat au parlement de Bordeaux, qu'il fallait attribuer les deux inscriptions du tombeau de Montaigne.