‹ Notice biographique et bibliographique sur Michel de MontaigneChapitre 25 sur 140 · NOTICE XXXVII · texte numérisé non relu

NOTICE XXXVII

Le i6 décembre iJJ^-, la Cour fut installée dans la salle haute de la Maison commune par Pierre de Carie ', président du Parlement de Bordeaux.

En obtenant un siège à la Cour des Aides de Périgueux, Pierre de Montaigne se proposait de résigner plus tard sa charge au profit de son fils aîné. La date de cette transmission ne nous est pas parvenue, mais elle peut être approximativement fixée de 1 ')')') à l'année suivante. Les circonstances servirent, du reste, les atermoiements du maire de Bordeaux.

La Cour des Aides de Périgueux, à peine instituée, dut sur la réclamation de la Cour de Montpellier faire abandon de sa juridiction primitive, et ne garder dans la Guyenne que les localités ne relevant pas du Parlement de Toulouse. Les difficultés, ainsi aplanies, trouvèrent un nouvel aliînent du côté du Parlement de Bordeaux, qui par son président et le maire de la ville, réclama du Roi l'incorporation de la Cour des Aides de Périgueux. Un édit de mai 1)^7 ordonna cette jusion, mais il n'y fut encore obéi que sous des ajournemeîits et avec les formes les plus vexatoires.

Le Parlement, par arrêt du x^ janvier i"))^, décida que les conseillers des Requêtes, ci-devant de la Cour des Aides, ne pourraient pas se présenter d'eux-mêmes aux assemblées des Chambres. Ils devaient solliciter la permission de prendre

I. Beau-irère d'Etienne de la Boétie, reçu conseiller au Parlement de Bordeaux, le 17 mai 1554. De Métivier. Chronique, II, 65.

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séance et attendre qu'il y eût été répondu favorablement. Cinq jours plus tard, cette mjure fut relevée par les conseillers mis de la sorte en interdit. Les président et inembres des Requêtes, et parmi eux Michel de Montaigne, vinrent au Parlement sans y avoir été appelés, pour user de leur droit d'assister aux assemblées des Chambres. La Cour leur enjoignit de se retirer. Ils refusèrent, sans pouvoir triompher du mauvais vouloir de la majorité du Parlement. Enfin le ^ décembre 15" 57, les magistrats ayant composé l'ancienne Cour des Aides, et formant la Chambre des Requêtes, furent reçus dans le Parlement de Bordeaux. Sur la liste Michel de Montaigne figure au secoîid rang. C'était, on se le rappelle, celui sous lequel son père fut nommé à la Cour de Périgueux^.

Après la fusion des deux chambres, il semblait que les magistrats nouvellement installés étaieîit désormais à l'abri de toute offense de la part de leurs aînés. Mais une dernière vexation leur était réservée, et parce que Montaigne a un rôle dans l'incident, il convient d'en tenir compte comme d'un élémejit biographique.

Un conseiller, Sarran de Lalanne, admis au Parlement avant i')6i, présenta requête pour précéder les derniers reçus du / décembre 1557. Le motif invoqué par le postulaîit à l'appui de sa demande était bien rigotireusemeiit juridique. Par un édit d'aotit ij6i, Charles IX avait cru

I. Voir pour de plus amples détails, Grûn, Fie publique de Montaigne, p. 69; D' Payen, Recherches sur Montaigne^ n° 4. Paris, 1856, p. 19, et suivantes. Bonnefou, MonUjigac cl ics amis, I, 52.

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devoir supprimer la Cour des Aides et la Chambre des Requêtes du Parlement de Bordeaux, et ordonner la répartition des magistrats composant cette double juridiction, dans les deux Chambres des Enquêtes du Parlement. L'incorporation prescrite traînant en longueur, le Roi signa le ^o septembre une lettre de jussion à laquelle il ne fut obéi que le i^ novembre. Sarran de Lalanne pour obtenir le pas sur les magistrats admis au Parlement le j décembre iJJ/, considérait à cette date la réception comme nulle, et prétendait qu'elle ne pouvait courir que du i/ novembre i^6i.

Outrés d'une aussi blessante proposition, les conseillers périgourdins chargèrent Montaigne de présenter leurs contredits. Le jeune magistrat combattit par d'excellentes raisons la requête de Sarran de Lalanne. Il insista sur ce point que ses collègues et lui avaient assisté à l'examen du réclamant et opiné pour sa réception. La majorité du Parlement ?ie se laissa pas émouvoir par ces motifs, elle ordonna & pour certaines premières considérations » que le conseiller de Lalanne aurait le pas sur les magistrats plus récemment incorporés à la Cour^.

Montaigne apprit rudement ainsi de bonne heure l'administration de la justice dans le sanctuaire de la loi, et de la bouche de ceux qui l'invoquent comme unique règle de leurs décisions. Il est permis de croire que l'arrêt du Parlement en faveur de Sarran de Lalanne ne contribua pas peu à blesser

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