‹ Notice biographique et bibliographique sur Michel de MontaigneChapitre 27 sur 140 · NOTICE XLI · texte numérisé non relu

NOTICE XLI

leur intimité. MontaigJie apportait dans cet échange d'affection une jeunesse généreuse, mais trop vivement inclinée au plaisir; La Boétie, indulgent et sage, instruisait pour le ramener à lui ', plutôt qu'il ne blâmait, son aventureux ami.

Supérieur par le savoir^ et par l'éducation, La Boétie raillait vis-à-vis de Montaigne les jaloux trompés, les amoureux humiliés et les victimes de la galanterie. Il ne se montrait point persuadé que Michel fût égaré dans l'une ou l'autre des trois catégories ; mais il ne paraissait pas non plus croire que le jeune magistrat fût à l'abri de tout entraînement. Il y avait un an que les deux amis étaient liés, quand La Boétie, sortant de son rôle d'observateur, jugea opportun d'adresser à Montaigjie le poème jamilier que l'auteur des Essais a qualifié de satire 5 parce qu'en effet la critique des égarements de l'amour s'y manifeste avec plus de détails que l'éloge de la vertu et de ses joies. Après de malicieuses peintures du vice, La Boétie se garde bien de donner une trop longue description du bonheur domestique, il craint sur ce point de n'être plus au même degré ni séduisant niper-

1. Montaigne s'est montré reconnaissant de tant de sollicitude, lorsqu'il a écrit plus tard : « les aduertiffemens & corredions, vn des premiers offices d'amitié ». Essais. I, 27.

2. Voir à ce sujet, le savant travail : Introduction et Notes, de M. R. Dezeimeris en tète des remarques et corrections de I^ Boétie sur VErotique de Plutarque. Publications de la Société des Bibliophiles de Guyenne, t. I", pp. 83-160.

3. Essais, I, 27. V 11 efcriuit vne fatire latine excellente, qui efl publiée, par laquelle il excul'e & explique la précipitation de noftre intelligence, fi promptement paruenue à la perfecUon. •;

NOTICE

suasif. La vertu ne peut à son avis être soumise à aucune comparaison avec les grandes coquettes.

Quelques citations viendront à l'appui de l'exposé qui précède, sans grossir outre mesure cette notice ' ;

« Dlspice nunc mecum, tibi quje tu maxima fingis Gaudia, num mera sint : specie num crédita fallunt Atque intus vitiat labor, et dolor inficit ater ?

Si perstas longum patiens tolerare laborem Si facere et donare nihil pudet et piget, euge, Tandem magnanimus thalamum expugnabis adulter Ht junges niveo lateri latus...

Jamdudum frémis, et tibi mens immurmurat intus : Postquam me prohibes matronam tangere, saltem Quod superest unum, scortabor, te duce.

Quaere alium...

Non ego te vetita^ abductum de limine nuptœ Invitem lustro, aut qua.-ram intrusisse popina:. Non modo vix dira servatum ex ore leîena; Sustineam abjecisse lupas?

Quid ? nisi mœcharis, scortari tene necesse est ? Anne tibi, nisi turpe, placet nihil ? Usque adeone Et prurit sola et juvat interdicta voluptas ? Cum te jura vocent ad justi fœdera lecti, Invitet natura parens, et praemia ponat Libéra cum primis et duri pura laboris Gaudia, tum dulces, gratissima pignora natos; Tu tamen his démens quaeris peccare relictis, Legibus infensus, naturx, disque, tibique.

I. Voir La Boétie, Œuvres compléta. Édition Bonncfon. Paris- Bordeaux, i!>t)2, p. 22 3 et suiv.

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