Essais, I
de sauvages libres, témoins volontaires du siège et de la prise d'une ville tombée sous les coups du vainqueur.
De Rouen, Montaigne ne revint pas immédiatement à Bordeaux. Sous la date du i^^ décembre ij6j, le Parlement de cette ville avait imposé ses fnembres pour la subvention des pauvres. En raison de son absence, Montaigne ne s'était point acquitté. Le ^ février suivant, il îi'était pas encore de retour, le commis trésorier de la Cour reçut alors l'ordre de fournir et avancer sur les gages de Montaigne et des conseillers en congé, les sommes auxquelles ils avaient été taxés pour les mois de décembre, janvier, février et mars, jusqu'à ce qu'étant de retour, ils pussent payer eux-mêmes leur cotisation ' .
C'en est jait maintenant des longs voyages de Montaigne à la Cour. Il n'y reparaîtra plus qu'à de rares intervalles. Il était trop personnel pour se plier aux allures des courtisans et en tirer aucun avantage. Il a du reste pris soin de nous détailler son personnage. Ce n'était pas avec cette incorrigible rudesse qu'il pouvait espérer de réussir.
« Mon langage, dit-il, n'a rien de facile Ù" poly. Il efl afpre ir defdaigneux. A bienveigner, à prendre congé, à remercier, àfaluer, à prefenter monferuice ù' tels complimens verbeux des loix ceremonieufes de Jioflre ciuilité, ie ne cognais perfonne de Jï fottement flerile de langage que moy^.
1. Recherches sur Montaigne. Documents inédits n" 4. Paris 1856, p. 31.