NOTICE LXIX
lettre une évaluation inadmissible^, telle qu'elle nous est révélée par une ligne des Essais, et faire à la fois trop bon marché de l'importance de cette entreprise et de la méthode de travail du traducteur. Ja?nais écrivain ne s'astreignit moins à son œuvre. Pour considérable qu'elle fût, il la quittait et la reprenait à sa fantaisie, très soucieux de se ménager de fréquents loisirs et de maintenir par là son esprit à l'abri de toute lassitude. Avec un pareil programme, la version de la Théologie naturelle dut exiger plusieurs années, et le commencement ne peut en être logiquement rapporté qu'au temps du deuil de la mort de La Boétie. A ce moment-là, Pierre de Montaigne trouva dans son fils un homme gagné d'avance à une tâche sévère et grave comme les pensées qui assombrissaient alors son esprit.
Quand Montaigne commença la Traduction du Livre des Créatures, Raymond de Sebonde était à la mode. Sur la demande de la reine Éléonore d'Autriche, Jan Martin -, secrétaire du cardinal de Lenoncourt, avait jnis en langue fran-
1. « Quelques iours feulement auant fa mort, mon père me recommanda de le luy mettre en François. » Essais, II, 12. Dans sa lettre à Monseigneur de Montaigne (Édition Lemerre, t. IV, p. 291), Michel indique un laps de temps plus long, un an passé.
2. Sur Jan Martin, voir une longue note de Claudius Popelin en tête du Songe de Polyphile, édition Liseux, 1883, I, p. 201 de l'introduction. La première traduction française du livre de Francesco Colonna, publiée en 1546, Paris, Jacques Kerver, a été revue et corrigée par Jan Martin qui en avait reçu le manuscrit de Jacques Gohorry, traducteur des Occultes merveilles et secrets de Nature de Levin Lemnc.