NOTICE LXXI
singuldrité, tout écart d'expression. De cette traduction il eût pu dire en toute sincérité : « Ceci est un livre de bonne foi. »
Sans entrer dans de grands détails sur la Théologie naturelle, // est pourtant indispensable d'en indiquer l'objet et les divisions principales. L'objet est la démonstration de l'existence de Dieu. Les divisions principales consistent en un prologue, un traité de théodicée et un cours de dogme chrétien.
Le prologue a une allure caractéristique qui suffit à en expliquer la condamnation^ par le concile de Trente. Pour faire sienne la doctrine de Sebonde «. il n'efl befoing que perfonne laijfe a la lire ou apprendre par jaute d'autre enfeignement, car elle ne prefuppofe ny la Grammaire, ny la Logique, ni autre art libéral, ny la Phyfique, ny la Metaphyfique, attendu qu'elle ejl la première; Ù" que c'efi elle qui renge, qui accommode Ù" qui drejje les autres à vne fai?i6le fin, à la vraye vérité isr a notre profit. Elle ne fe fert d'argumens obfcurs qui ayent befoing de profond Ù" long difcours : car elle n'argumente que par chofes apparentes ir cogneues a chacun par expérience, comme par les créatures, ù' par la nature de l'homme : &■ par ce qu'elle fçait de foy, elle prouue ce qu'elle
I. Cette décision fut rappelée, en 1704, sous le pontificat de Benoit XIV. A cette époque Sebonde eut un renouveau de faveur par la grâce d'un cardinal érudit et spirituel.
LXXn NOTICE
veult : Ù" principalement par cela qu'vn chacun a ejfayé en luy-même : auJJI n'a elle tnejlier d'autre tefmoing que de l'homme. Elle n'allègue nulle authoritê, ny celle mefme de la B'ihle, pour ce que fon but eji de confirmer ce qui efl couché aux faintes Efcritures Ù" de ietter les fondemens fur les quels nous puijjions bajUr ce qui s'enfuit en icelles obfcurément .
« A'infi quant à nous elle va deuant le vieil ér nouueau Teftament. Dieu nous a donné deux Hures, celuy de la nature ir celuy de la Bible. Ceftuy-Ui nous fut donné dés l'origine, car chaque créature n'ejl que comme vne lettre, tirée par la main de Dieu. De façon que d'vne grande multitude de créatures, comme d'vn nombre de lettres, ce Hure a efté com,pofé : dans lequel l'homme fe trouue &" en ejl la lettre capitale ir principale.
« Le fécond Hure des fiin&es Ecritures a eflé depuis don?ié à l'homme Ù" ce au defiut du premier : auquel (aveuglé comme il ejîoit) 'il ne voyait rien. Si eft ce que le premier ejl commun à tout le inonde Ù" non pas le fécond : car il faut efire clerc pour le pouuo'ir lire. En outre le l'ivre de nature ne fe peut ny falfifier, ny effacer, Jiy fauffement 'interpréter : par a'infi ne le peuuent les hérétiques fiuffement entendre, Ù" nul en celuy-Ui ne devient hérétique : là où il en va tout autrement de celuy de la Bible. Si efl ce que l'vn &" l'autre eft party de mefme ma'iftre : Ù' Dieu a bafti les créatures co?n?ne il a releué fes efcritures. Auffi s'accordent-ils très bien l'vn avec l'autre Ù' n'ont garde de s'entrccontred'irc qnoyque le premier fymbol'ize plus auec