LXXIV NOTICE
son livre ce qui en était le complément naturel, l'examen du chapitre xil du Livre II des Essais, l'apologie de Raymond de Sebonde et qu'il ait craint de terminer l'analyse d'un ouvrage de philosophie religieuse par un chapitre de controverse passionnée.
En agissant de la sorte l'abbé Reulet s'est séparé de son devancier, M. Compayré, professeur de l'Université, qui n'a pas été retenu par les mêmes scrupules. Dans sa thèse latine ' pour le doctorat ès-lettres, après avoir montré, sous le meilleur jour, le théologien Sebonde et son livre, il met en scène Montaigne non plus comme traducteur mais comme juge de l'écrivain toulousain.
L'apologie de Raymond de Sebonde doit s'entendre non d'un éloge mais d'une critique où les appréciations favorables se mêlent aux plus vives contradictions. Tenu, comme traducteur, à la plus stricte docilité, Montaigne n'a pas manqué à cet engagement ; mais sa tâche terminée, il a reconquis son entière indépendance, et il a usé à ce point de sa liberté que l'on en peut porter une appréciation neuve. Dans le long asservissement de sa pensée au cours de sa version du Livre des créatures, Montaigne a trouvé le sentiment de révolte et d'incrédulité qui caractérise son œuvre. Au fur et à mesure de l'achèvement du travail commandé par son père, avec sa
I. Paris, Thorin, 1873. Ce travail remarquable n'est pas exempt d'erreurs. Sebonde y est présenté comme Barcelonais et comme auteur de la Violette de l'Ame, Viola aiiiini, écrite longtemps après la mort du professeur Toulousain.