‹ Notice biographique sur François de Laval de Montmorency [microforme]Chapitre 16 sur 110 · NIE · texte numérisé non relu

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Evêque (le 23 décombre), un second arrêt ‘ défendant à tous les sujets du roi de le reconnaître dans cette qualité et enjoignant à tous les officiers et à tous autres de s’opposer à son entreprise et d'empêcher qu'il n’exerçêt aucune fonction.” Ce furent ces excès qui portèrent évidemment le Roi à soutenir de son autorité un Evèque qui était devenu l’objet d’une véritable persécution.

Quant à celui-ci, il parut bien calme, et, tout en prenant ses mesures pour réussir, il fit ses préparatifs de départ. Le jour de Pâques, il s'embarqua à Larochelle, avec trois prêtres, MM. Torcapel et Pellerin et le Rév. Père Charles Lalemant, Recteur du Coillége de la Flèche. Il emmenait aussi avec lui le jeune de Bernières, neveu de celui de Caen, qui mourut peu de temps après son arrivée à Québec (le 11 septembre).* Il ne faut pas le confondre avec M. Henri de Bernières, qui était sous-diacre avant de partir de France, et qui s’embarqua sur un autre vaisseau, lequel arriva un. peu plus tard à Québec.

Pendant même qu’il traversait la mer, Mgr. de Laval perdait son meilleur ami, M. de Bernières, qui mourait subitement à Caën, le 3 mai; mais il n’en fut pas surpris, parce qu'il le lui avait fait connaître d’avance.f

Enfin le Canada avait un Evêque. ‘“ Les deux vaisseaux venus cette année de France, écrivait le P. Jérôme Lalemant, au Provincial de France, ? ont changé la face de nos cœurs et de tout le pays : ils ont fait naître la joie partout: l’un par les heureuses nouvelles de la paix entre les deux couronnes, l’autre par la venue de Mgr. l'Ill. et Rév. Evèque de Pétrée..... Dieu a relevé nos. espérances par le don qu’il nous a fait d’un prélat après lequel cette église naissante soupirait depuis un si long temps: c’est de Mgr. l'Evèque de Pétrée qui arriva ici heureusement le 16e jour

juin 1659, et fut reçu avec les cérémonies ordinaires, comme un

ange consolateur envoyé du Ciel et comme un bon Pasteur qui vient ramasser le reste du sang de J.-C. avec un généreux dessein de ne pas épargner le sien, et de tenter toutes les voies possibles pour la conversion des pauvres sauvages pour lesquels il a des tendresses dignes d’un cœur qui les vient chercher de si loin.”

Le lendemain 17, M. le Vicomte d’'Argenson, Gouverneur-Géné-

* Journal des Jésuites.

t Mémoires sur la vie de M, de Laval.

f Relations de 1659,

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ral depuis un an, alla au-devant du Vicaire Apostolique et le reçut avec tous les honneurs dus à son rang et à son mérite, Toute la colonie fit paraître sa vénération pour sa personne, et la population de la ville se réunit devant le Château pour accompagner le gouverneur. M. de Laval, environné de ses compagnons de voyage, monta avec le Gouverneur au son des cloches et au bruit de toute l'artillerie du fort. M. d'Argenson le conduisit à l’église paroissiale, puis au Château, où les Jésuites vinrent lui rendre leurs devoirs, quoiqu'ils eussent été déjà le recevoir en procession sur le bord de la rivière et en l’église.*

La joie causée par l’arrivée inattendue de l'Evèque + fut accompagnée d’une grande crainte: ‘le dernivr vaisseau, dit la Mère de l’Incarnation, s’est trouvé à son arrivée infecté de fièvres pourprées et pestilentielles. Il portait 200 personnes qui ent presque tous été malades. Ilen est mort 8 sur mer et d’autres à terre. Presque tout le pays a été infecté et l'hôpital rempli de malades. Mgr. notre prélat y est continuellement pour servir les malades et faire leurs lits. On fait ce que l’on peut pour l’en empêcher et pour conserver sa personne, mais il n’y a pas d’éloquence qui le puisse détourner de ces actes d’humilité.”

Une fois arrivé sur cette terre, la première pensée du prélat fut pour les pauvres sauvages, et, un enfant huron étant venu au monde, il eut la bonté de le tenir sur les fonts du Baptème.f Un jeune homme, aussi huron, malade à l'extrémité, devait recevoir les derniers sacrements. Mgr. de Laval voulut s’y trouver et lui consacrer ses premiers soins et ses premiers travaux, donnant un bel exemple à nos sauvages qui le virent avec admiration, dit la Mère de l’Incarnation, prosterné près d’un pauvre moribond, qui sentait déjà le cadavre et auquel il nettoyait de ses pauvres mains les endroits du corps où l'on devait faire les onctions sacrées.”

De tels traits nous rappellent les actes héroïques des plus grands saints.

“ Le 22, Mgr. l'Evèque, dit le Journal des Jésuites, fit festin aux sauvages dans notre salle et leur parla bien à propos.

“ Nos Sauvages, dit la Relation de 1659, $ ne se seraient pas

* Journal des Jésuites.

t Le navire chargé de porter la nouvelle de la prochaine arrivée de l’'Evêque, battu parle mauvais temps, n’arriva que plus tard.

+ Lettres de la Mère de l'Incarnation.

$ Lettre du Père J. Lalemant au P. Jac. Renault, Provincial en la Province de France.

e reçut formé une idée digne de Monseigneur l'Evêque, s’il ne se fût ac. ute la commodé à leur façon de faire et s’il ne les cût régalés par un fesalation tin solennel, lequel les ayant mis de bonne humeur, ils lui firent e gou- leurs harangues, entremélées de leurs chansons ordinaires. Ils le oyage, À complimentaient chacun en leur langue, avec une éloquonce au- > toute 4 tant aimable que naturelle. Le premier qui harangua fut un des parois- plus anciens Hurons, qui s’étendit bien amplement sur les louan- > leurs L ges de la foi, laquelle fait passer les mers aux plus grands hornmes à surle . du monde et leur fait encourir mille dangers et essuyer mille fatigues pour venir chercher des misérables. Nous ne sommes plus accom- FE rien, dit-il, ô Hariouaouagui, c'est le nom qu'ils donnent à Mon- Tère de à seigneur et qui signifie en leur langue, l’homme du grand affaire, s pour- à Nous ne sommes plus que le débris d’une nation florissante qui )resque Ë était autrefois la terreur des Iroquois, et qui possédait toute sorte terre. 3 de richesses : ce que tu vois n’est cue la carcasse d’un grand peualades. Ë ple, dont l’Iroquois a rongé toute la “hair, et qui s'efforce d'en sulades et cer jusqu'à la moëlle. Quels attraits peux-tu trouver dans nos miher et ; sères ? Comment te laisses-tu charmer par ce reste de charogne qui le É vivante, pour venir de si ioin prend:e part à un si pitoyable état auquel tu nous vois? Il faux bien que la foi qui opère ces merélat fut veilles, soit telle qu’on nous l'a publiée, il y a plus de trente ans, nu au 1 Ta présence seule, quand tu ne dirais mot, nous parle assez haut Un ! pour elle, et pour nous confirmer dans les sentiments que nous en ecevoir 1 avons, Mais si tu veux avoir un peuple chrétien, il faut détruire et lui l'infidèle ; et sache que si tu peux obtenir de la France main-forte ant un 3: pour humilier l’Iroquois qui vient à nous la gueule béante pour dit la 1 engloutir le reste de ton peuple comme dans un profond abîme, nd, qui 4 sache, dis-je, que par la perte de deux ou trois bourgades de ces enmains É nemis tu te fais un grand chemin à des terres immenses, à des es.” nations nombreuses qui te tendent les bras et qui ne soupirent grands Ë qu'après les lumières de la foi. Courage donc, ô Hariouaouagui, 1 fais vivre tes pauvres enfants, qui sont aux abois. De notre vie festin 1 dépend celle d’une infinité de peuples: mais notre vie dépend de A la mort des Iroquois.” nt pas Ê La harangue que fit ensuite un Capitaine Algonquin ne fut pas 1 moins pathétique.

‘“ Je m'en souviens, dit-il, en comptant sur ses doigts, il y a 23

'Evû É. . . “A Evêque, 4 ans que le Père Lejeune, en nous jetant les premières semences de la foi, nous assura que nous verrions un jour un grand homme qui Es rait avnir : xG Ang +7 y» ranta Ac 1 1 ,; init devait avoir toujours les yeux ouverts (c'est ainsi qu'il nous le

nommait) et dont les mains seraient si puissantes que du seul

attouchement elles inspireraient une force indomptable à nos cœurs contre les efforts de tous les démons. Je ne sais s’il y comprenait les Iroquois; si cela est, c’est à présent que la foi va triompher partout. Elle ne trouvera plus d'obstacles qui l’empêche de percer le plus profond de nos forêts, et d'aller chercher à 3 et 400 lieues d'ici les nations qui nous sont confédérées, au pays desquelles cet ennemi commun nous bouche le passage.”

Un fait qui avait produit une grande impression su» ces sauvages c’est que les troupes partant pour aller en guerre contre les Iroquois, étaient venues, avant de partir, recevoir la bénédiction de leur Evêque.

Ils ne furent pas moins frappés de la cérémonie de la Confirmation que l'Evêque conféra dans l’église paroissiale à bon nombre de Français et qu’il voulut commencer par quelques sauvages qui avaient été préparés soigneusement.

Le Père Lelemant rapporte que ‘“ la joie éclata sur la figure du prélat en voyant à ses pieds et imposant les mains à des peuples qui jamais depuis la naissance de l’église n'avaient reçu ce sacrement. Mais sa joie fut bien plus grande lorsqu'ensuite il confirma toute l'élite de nos deux églises Algonquine et Huronne. Nous en avions disposé, dit le bon religieux, une cinquantaine d’une nation et autant de l’autre, par des confessions générales. L'idée qu'avaient ces pauvres gens tant du sacrement que de celui de qui ils le devaient recevoir, leur fit faire des efforts “At ORAR Tes de dévotion Four de huit jours pour s’y préparer.”

Pendant la cérémonie qui se fit dans l'église neuve des Mères hospitalières, on loua Dieu en quatre langues: Les Hurons et les Algonquins chantaient à leur tour des, cantiques spirituels qui tirèvent les larmes des yeux de quelques uns des assistants. Aux yeux de ces sauvages qui n'avaient jamais rien vu de semblable, l’évêque revêtu pontificalement leur paraissait comme un ange du paradis; et ses mouvements étaient si majestueux qu'ils ne pouvaient détacher leurs yeux de sa personne.

Dans la même occasion le zélé prélat conféra, de sa propre main et avec toutes les solennités de l'Eglise, le saint baptème à un Huron de 50 ans dont la joie était inexprimable. Il n’y avaït aucun de ses compatriotes qui n’eût voulu être à sa place pour participer à un semblable bonheur. Son cœur fut tellement changé, au témoignage du Père Lalemant, qu'il ne fut plus reconnaissable depuis ce moment-là: il se dépouilla tout d’un coup des mauvaises maxi-

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mes et des méchantes habitudes qu'il avait contractées pend esclavage parmi les Iroquois. mere L'Evêque accompagna ces cérémonies d’un sermon mis à 1 portée de ces pauvres gens, pour les animer à résister coura pets ment va tentations et à supporter avec patience tte 1 2 . ave vie dans la vue et sur l'espérance de l'éternité La haute opinion que l’en avait de la vertu qui brillait déjà dans le nouvel Evêque perce partout dans les écrits du tem Le Père Lalemant déclare que ‘ la Reine a comblé tous ses ein Ï # par le plus précieux de tous ceux qu’elle pût faire en lui pr sa « un tel pasteur, et que tout le monde est dans l'ertéraltes pe SORAERTRER un pays qui est pourvu d’une si sainte et nids vo tecuone “Ce qui nous console au milieu de la guerre des Lonble : ds ie zèle de ce généreux prélat qui n’a point de C’est un fait bien remarquable en effet que, si les missionnai res 80 sont répandus de tous les côtés pour prêcher l'Evan ie, l'in, itiative en appartint à Mgr. de Laval, et il est im ot à 10 constater, Les Relations le déclarent en propres dents t es ferment par là même le plus bel éloge que l'in puisse fuir d'un apôtre. Ce passage doit être rapporté tout entier, le vob à es à Il pense que ce serait peu d’avoir passé les môrs s’il no tar ; sait aussi nos grandes forêts par le moyen des ouvriers éva si ques, qu’il a dessein d'envoyer jusqu'aux nations dont à he is vons-nous les noms, pour y chercher tant de pauvres robe à. rées, et pour les ranger au nombre de son cher troipeau c a Ÿ . quoi il se prépare, nonobstant la guerre des [roquois 1 M à bien faire en ce Nouveau-Monde ce qui se pratique cü bauèt Fi veux dire que, comme l'on fait couler à la dérobée dés éd " teurs dans les autres églises persécutées, ainsi désire-t-il a “de nos Pères parmi les premières bandes des sauvages qui me à " ici-bas pour remonter avec eux en leur pays, afin que malgre bai fer et les démons ils convient ces pauvres pouples d'éntr due le royaume de Dieu et de prendre ‘part à la béatitude à la nel le sont destinés. Ce sont des desseins dignes d’un courag AU de zèle pour la gloire de Dieu.” ou IRL ne 80 contentait pas d'envoyer les autres ; lui-mé visita l’Acadie, en arrivant pour ainsi dire dans ces Se vages ; car en passant du côté de Gaspé “il donna la confir ton À 140 personnes qui jamais peut-être n'auraient reru cette patte

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tion, si ce brave prélat, dit la relation, ne les fût venu chercher en ce bout du monde.”

A cette époque mème il était question d'entreprendre la mission du Lac Supérieur, ‘“Sitôt que Monseigneur l’Evêque de Pétrée, dit la relation de 1660, eût appris ce dessein, on ne peut croire combien il y parut affectionné, Son zèle qui embrasse tout, et à qui tout l'Océan n’a pu donner de bornes, lui faisait souhaiter de pouvoir être lui-mème de ces heureux exposés et, aux dépens de mille vies, aller chercher dans le plus profond de ces forèts la brebis égarée pour laquelle il avait traversé les mers. Il y eût été s'il eût pu se diviser; et les courses qu'il a faites sur les neiges dès son premier hiver pour visiter ses ouailles, non pas à cheval ou en carosse, mais en raquettes et sur les glaces, montrent qu’il tiendrait bien sa place parmi les plusexcellents missionnaires des sauvages, s'il pouvait quitter le plus nécessaire pour courir au plus dangereux: du moins son cœur y a volé pendant qu’il s’arrète ici comme au centre de toutes les missions, pour pouvoir donner ses soins et partager son zèle à tous également: tous nos Français et nos Sauvages, dont il a gagné le cœur par la sainteté de sa vie et par les: grandes charités dont il les assiste continuellement dans toutes sortes Ge besoins auraient trop perdu et seraient demeurés inconsolables, si ces bois si reculés de nous eussent possédé ce précieux trésor dont ils ne connaissent pas encore assez le mérite.”

Il semble impossible de parler d’un Evèque avec plus d’éloges, et cependant il n’y avait pas un an que Mgr. de Laval était en Canada.

En arrivant, il n'avait pas trouvé de logement préparé pour lui. Les Jésuites ne manquèrent pas de lui offrir leur maison toute petite qu'elle était et il s'y logea avec ses prêtres, Mais, peu de temps après il alla occuper un appartement dépendant de l'hôpital. Il y demeura près de trois mois, dit M. de la Tour, et alla ensuite loger dans le pensionnat sauvage des Ursulines, qu'on appelait Séminaire : il y fit faire une clôture de séparation pour y être canoniquement, Madame de la Peltrie, qui s’aperçut de son embarras, lui fit agréer la maison qu’elle occupait et qui appartenait aux Ursulines; et il y passa deux ans avec ses prêtres. Enfin ilacheta une maison qui tombait en ruines avec une petise chambre dépendante de la fabrique, près de l’église: ce fut plus tard l’emplacement du presbytère. En 1662, MM. Dudouit et de Bernières s’y logèrent avec lui.

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