CHAPITRE III
Erection de la cure de Montréal demandée à Rome—Prétention de l'Archevêque de Rouen—Rapport du Nonce au Souverain Pontife—Bulle obtenue par surprise—Le St. Siége informé par l'Evêque—M. Faillon loue l'Evêque— Réclamations de la Propagande—M, de Queylus persiste et tombe dans la : suspense—Réclamation du roi contre M. de Queylus—Mgr. de Laval écrit à la Propagande—Sa lettre au Souverain Pontife—Exécution des bulles arrêtée,
L'AB8E de Queylus, forcé de retourner en France, s’entendit avec les associés de Montréal pour raviver la difficulté de la jurisdiction. ll se chargea de solliciter en cour de Rome l'érection de la cure de Montréal sans en parler au Vicaire Apostolique ; une souscription fut ouverte pour doter la cure, M. de Fancamp s’y porta pour 2000 f., M. de Queylus lus-même pour 6000 f., et M. de Bretonvilliers pour 18000 f. On exprima même le dessein d’y établir un Chapitre, et ce projet fut assez sérieux qu’en 1666 M. Souart prit des mesures pour fonder de sa bourse un des canonicats, et M. Gauffre était désigné comme le sujet à proposer au St. Siège pour l'évêché de Montréal; mais il mourut. M. de Queylus était très mal noté à Rome, surtout pour avoir fait de l’opposition à l’établissement de la jurisdiction du Vicaire Apostolique. ÆEt ce qui ne contribuait pas à dissiper ces nuages, c’est qu'il s'était chargé de faire valoir auprès de la Propagande les prétentions de l’Archevèque de Rouen. Cornplètement déconcerté de trouver son intrigue percée à jour à la Propagande, il espéra mieux réussir auprès du tribunal de la Daterie, et demanda que l’Archevèque de Rouen fût chargé de s’assurer de la solidité des biens-fonds assignés pour la datation de la cure de Montréal. Quand à la proposition ellemême, le Souverain Pontife ordonna d’en écrire à son nonce en France, qui était Mgr. Piccolomini. M. Faillon, dans son Hist, de la Col. Franc. (vol. 2 p. 481) dit ‘ qu’on ne voit pas que le nonce ‘ait rien fait pour s’y opposer.” Mgr. de Laval cepenCant lui en avait écrit et Mg. Piccolomini lui répondit: ‘“ Pour que le Souverain Pontife comprenne mieux les dommages que pourrait vous causer ce prétendu droit de patronage (de l’Archevêque de Rouen), écrivez vous-même à Sa Sainteté.”
Ignorant encore que M. de Queylus fût allé à Rome, Mgr. de
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Laval voulut néanmoins rendre compte au St. Siège de toutes les menées de l'abbé pendant son séjour en Canada; il le fit par l'entremise du Nonce (Janvier 1661). Mais une bulle d'érection de la cure fut obtonue par surprise, ot M de Queylus se hâta de se mettre en route pour l'Amérique. Il sentait si bien sa faute qu'il arriva incognito à Québec (3 aout 1661), ayant opéré son débarquement à l'Ile Percé et pris pour monter à Québec la chaloupe du nommé Maheu. L'Abbéalla pourtant se présenter à l'Evênue, se doutant peu que ce prélat était informé de toutes ses intrigues. Ona écrit de Paris que le rescrit obtenu était subreptice, et l'Evéqu , avait informé immédiatement le S. Siège. ‘“ Sed aliunde ad me “rescriptum fuit subreptitias esse has litteras Romæ obtentas à D- “ abbate de Queylus. Rogo itaque S. V. ut abs te rite intelligam ‘“ quæ sit mens tua super ea contentione........quidquid demum ‘“statuerit, obsequens er.”
M. Faillon s'étonne qu'après ces protestations d’obéissance, l'Evêque de Pétrée ne voulût pas laisser exécuter les Bulles. Il est pourtant évident qu'un Evêque n'est pas libre d'agir d'après un document obtenu subrepticement. Or comme le St. Siége n'avait pas l'intention de soumettre Son Vicaire Apostolique à la jurisdiction d'un Archevêque de France, lorsqu'il avait tant insisté pour assurer son indépendance de tout autre que du St, Siége, Mgr de Laval comprit qu'il y avait eu erreur basée sur un faux e:
M. Faillon le sent si bien que, dans un endroit il accorde à cet
duite des termes d'approbation: “Dans ce refus conseillé par la pru- “ dence, dit-il, pour prendre du temps, on ne peut qu’approuver la “ réserve du Vic. Ap. et avec d'autant plus de raison que, de fait, «M. de Queylus, après avoir obtenu de la Daterie l'érection de la “cure, était parti de Rome sans en informer la Propagande, qui, ‘“ trois mois après, s'était pourvu à la Daterie pour s'y opposer, “ quoique trop tard.”
Ainsi tandis que Mgr. de Laval s'opposait à l'exécution de la Bulle en Canada, la Propagande elle-même, apprenant que l'abbé avait réussi à tromper une autre Congrégation, faisait des réclamations basées sur sa connaissance des faits authentiques.
Mais l'Abbé n'était pas homme à céder: l’Evêque eut beau lui défendre sous peine de désobéissance de se rendre à Montréal, ce fut en vain: il eut recours au gouverneur d’Argenson pour requérir main-forte contre lui, s’il passait outre, Il est vrai que celui-ci ne se rendit pas à son désir, mais nonobstant une seconde lettre où l'Evèque le menaçait de suspense, il s’enbarqua dans
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Ja nuit du 5 ou 6 août (1661); et l'Evêque eut l'indulgerce de déclarer dans une lettre qu'il lui adressa aussi, “qu'il encourrait { Ja suspense de l'ordre sacerdotal seulement dans le cas où il ne ‘“retournerait pas à Québec pour y recevoir ses ordres.” C'est ce qui eut lieu par l'obstination de l'abbé, qui ne descendit que pour s'embarquer, le 22 octobre, par le dernier vaisseau et se trouva suspens.
Cependant l'Evêque avait écrit à Rome; le roi de France avait réclamé à cause du trouble que l'abbé causait dans la colonie, comme il en était informé par M. D'Argonson. Le nonce de Paris de son côté en fit ses plaintes à la Daterie. Le ministère français craignait tellement que le Séminaire de St. Sulpice, en prenant fait et cause pour l'abbé, ne mît tout en feu, qu'il lui fit défense d'envoyer à Montréal aucun de ses sujets.
Mgr. de Laval avait pris toutes les précautions possibles pour prévenir ces conséquences. Le 4 août il avait écrit une lettre au gouverneur pour bien lui faire connaître la position.
“Je vous ai prié, par lettre et de vive voix, lui disait-il, lorsque hier vous prîtes la peine de venir ici, de tenir la main aux défonses que nous avons été obligé de faire à M. l’Abbé de Queylus de monter au Montréal jusqu’à la venue des premiers vaisseaux. J'ai cru qu’il était de notre obligation de vous supplier, pour une troisième fois, de considérer qu’il ne se peut rien de plus clair, ni de plus exprès que les ordres que vous avez du Roi, lesquels nous lûmes hier ensemble, qui vous obligent de nous donner le secours qui nous est nécessaire pour l# condu te de notre Eglise, en quoi consiste uniquement votre charge.
“ Voici de plus des ordres postérieurs du Roi, donnés à Aix, du 14 mars 1660, qui vous doivent assurer des intentions de Sa Majesté sur ce sujet...
“En vérité, Monsieur, il me semble, devant Dieu, que tout cela est plus que suffisant pour vous obliger à{m'accorder l’aide que je vous demande, ne s'agissant que de l'exécution d’un ordre le plus doux, qui puisse être porté par un Evêque envers un ecclésiastique qui, ayant par le passé été la cause de beaucoup de désordres en notre Eglise, part de France contre la volonté du Roi, signifiée même au port de mer, et contre celle des personnes qui ont le soin de nos affaires spirituelles, comme j'en suis assuré par les lettres que j'ai reçues de France depuis hier.”
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