‹ Notice biographique sur François de Laval de Montmorency [microforme]Chapitre 32 sur 110 · ES · texte numérisé non relu

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Dans son dévouement au St. Siége le nouvel Evèque ne voulut pas se prévaloir de l'union faite de l’abbaye de l'Estrée à son Evèché par le Roi. Voyant que l’on répugnuit à confirmer cette union, il donna sa démission de cette abbaye, comme on le voit par une lettre du cardinal Altieri, du ler Mai 1674. Les bulles lui furent transmises à Paris par le cardinal Herbé, et le nouvel Evèque titulaire se mit en route pour son diocèse: il avait été absent trois ans. *

Pendant son absence, il survint deux procès célèbres dont Mess. Fénélon et Morel furent les objets. Ils prouvèrent une fois de plus les exigences et les prétentions extraordinaires des officiers du Roi: avec son énergie et sa vertu, Mgr de Laval était bien l'homme qu'il fallait pour mettre une barrière à ces empiètements et réclamer les droits des ministres de l'Eglise. C’est l'opinion qu'avait de lui, Mgr. de St. Valier en louant ‘la constance et la fermeté qu'il a eu à surmonter tous les obstacles qui se sont opposés en diverses occasions et en différentes manières à la droiture de ses intentions et au bien de son cher troupeau.” +

À cet hommage bien légitime, nous joindrons ici le portrait que

M. de St. Valier fait de son prédécesseur au moment de lui succéder : .

“ La noble Maison de la Val dont il est sorti, le droit d’aînesse de sa famille auquel il a renoncé en entrant dans l'Etat Rcclésiastique, la vie exemplaire qu'il a mené en France avant qu'on pensât à l’élever à PEpiscopat, le zèle ot l'application avec laquelle il

* I] ne nous manque pour nous bien animer, écrivait le Père Claude Dablon, que la présence de Mgr. notre Evêque. Son abserce tient ce pays comme en deuil, et nous fait languir par la trop longue séparation d’une personne si nécessaire à ces églises naissantes. Il en était l'âme, et le zèle qu'il faisait paraître en toute rencontre pour le salut de nos sauvages attirait sur nous des grâces du ciel bien puissantes pour le bon succès de nos missions; et comme pour éloigné qu'il soit de corps, son cœur est toujours avec nous, nous en éprouvons les effets par la continuation des bénédictions dont Dieu favorise et les travaux de nos missionnaires, et ceux de MM. les ecclésiastiques de son église qui continuent avec un grand zèle, et avec l'édification publique à procurer l'honneur de Dieu et à travailler au parfait établissement des parvisses dans toute l'étendue de ce pays; ce qui ne sert pas peu au progrès que fait notre sainte foi, qui n'avait point encore été portée si Loin, ni publiée avec plus de succès.” (Relation de 1672.)

t Estat présent de l'Eglise, etc.

a gouverné si longtemps l'Eglise de Canada, soit en qualité de Vicaire Apostolique, Evèque de Pétrée, soit en qualité de premier Evêque de Québec, dont le titre a été érigé à Rome, en l’année 1674, à l'instance de I cuis le Grand qui a doté l'Evéché ; les soins qu'il a pris de la Colonie des François, et de la conversion des Sauvages ; les navigations qu'il a entreprises plusieurs fois pour les intérêts des uns et des autres ; le zèle qui le pressa de repasser en France il y a trois ans, pour venir se chercher un successeur ; son désintéressement et humilité qu'il a fait paroître en offrant et en donnant de si bon cœur sa démission pure et simple; enfin toutes les grandes vertus que je luy vois pratiqner chaque jour dans le Séminaire où je demeure avec luy, mériteroient bien en cet endroit de solides louanges, mais sa modestie m’'impose silence, et la vénération qu’on a pour luy partout où il est connu, est un éloge moins suspect que celui que j'en pourrois faire: l'honneur qu'il m'a fait de jetter les yeux sur moy pour remplir sa place, m'a mis sur les épaules un fardeau si fort au-dessus de mes forces, qu’il me semble que sans être ingrat, il me serait permis de n'en être pas tout-à-fait reconnoissant: il Iuy était aisé de mieux choisir.”

Il avait montré de la fermeté en ne se laissant pas dominer par le gouverneur de Courcelles, auquel le ministre avait été obligé de faire dire par ‘“ Talon de se conduire avec douceur envers tout le monde, de se corriger de ses emportements et de ne point blâmer publiquement la conduite de l'Evèque.” Talon avait voulu aussi restreindre l’autorité que Mgr. de Laval avait acquise, et il lui échappa de dire en demandant son rappel à la Cour: ‘Si je voulais laisser l'Eglise sur le pied G’autorité que je l’ai trouvé, j'aurais moins de peine et plus d’approbation.”

Bouteroue remplaça l'intendant Talon et, d'après Garneau, “il était particulièrement chargé de modérer avec sagesse la grande sévérité des confesseurs et de l’Evèque.” On sait ce que cela veut dire; cependant le gouverneur obtint le rappel de ce nouvel intendant et on rétablit dans cette charge Talon qui ne lui plaisait guères, mais qu'on pensa lui faire recevoir avec un peu moins de répugnance, en lui écrivant “ qu’il n’était pas si soumis à l'Evèque et aux Jésuites qu'il le croyait.” Ils quittèrent la Nouvelle-France ensemble, Frontenac venait prendre possession du gouvernement qu'il devait garder si longtemps, et exercer si despotiquement. * Duchesneau fut nommé intendant, et ne se montra pas disposé à

* Garneau, t. 1, p. 207.

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subir l'arbitraire du gouverneur. Il prétendit à Ja présidence du Conseil Supérieur et fut soutenu par plusieurs conseillers. Mgr. de Laval tâcha d'éviter lui-même d’avoir un conflit avec cet homme impérieux, et dès qu'il s'élevait quelque nuage entre eux, il avait pour politique de s’y faire remplacer par un prêtre. + Mais il lui fut impossible d'approuver des actes tyranniques; il lui fallut exprimer sa désapprobation et la faire connaître au Roi. Le sninistre vit bien la cause du mal et écrivit à Frontenac: ‘“ Bannissez de votre esprit toutes les difficultés que vous n'avez que trop facilement et trop légèrement fait naître.” Il lui reprochait d'avoir chassé les principaux habitants et d'avoir obligé beaucoup d'autres personnes par mécontentements particuliers à repasser en France.

La traite de l’eau-de vie fut de nouveau l’occasion d'une rupture ouverte entre le gouverneur etl’Evèque. Dès lors que Duchesneau se montrait favorable à la thèse de l'Evèque qui était celle de la morale et des bonnes mœurs, Frontenac s'y déclarait opposé. Ce n'était pas impiété, mais entètement et comme un point d'honneur, Aussi, fut-il blessé jusqu’au vif de ce que la Cour ne donnât pas entièrement le tort à l'Evèque, et qu'au contraire ses vues au sujet de la traite y fussent contrecarrées, “Il donna lieu de juger, dans une des plus importantes circonstances de sa vie,” dit Charlevoix, ‘ que son ambition et le désir de conserver son autorité avaient plus de pouvoir sur lui que le zèle du bien public, Il avait des défauts dangereux dans un sujet qui ne s’est pas bien persuadé que sa gloire consiste à tout sacrifier pour le service de son souverain et pour l'utilité publique.”

Mgr. de Laval, qui ne cherchait que le bien, restait à la cour.

t Garneau, t. 1, p. 215.

f “On dit ici, écrivait Colbert à Frontenac le 22 Avril 1675, que vous ne vouliez pas permettre que les ecclésiastiques pussent vaquer à leurs missions et à leurs autres fonctions, ni sortir des lieux de leur demeure sans passe-port, même pour aller de Montréal à Québec; que vous les faisiez venir souvent pour des causes très légères ; que vous interceptiez leurs lettres, et ne leur laissiez pas la liberté d'écrire ; que vous n'aviez pas voulu laisser r'passer en France un valet de M. l'abbé d'Urfé, avec sor maître, ni permettre que le Grand V'caire de l'Evêque de Pétrée prit sa place au Conseil Souverain suivant le règlement du mois d'Avril 165, Si une partie de ces choses ou le tout est véritable, vous devez vous en corriger, et pour cela faire exécuter le règlement du Conseil, tant à l'égard de l'Evêque que de son Grand Vicaire ; laisser à tous les ecclésiastiques la liberté d'aller et venir par tout le Canada sans les obliger de prendre aucun passe-port; et en même temps leur donner une entière liberté pour leurs lettres; les laissant dans leur séjour ordinaire sans les obliger d'aller à Québec qne pour des raisons indispensables qui doivent être fort rares.”

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