MERE ESS
contente pas de lui donner des bas et un capot, il le chausse, et lui ayant fait un paquet de ses haillons il le renvoie aussi satisfait qu'on peut l'imaginer.
Le 25 octobre 1665, il écrivait lui-même à la Propagande : “Nous avons eu sur les bras une mission qui ne nous a pas été désagréable: plus de cent malades eu même temps à l’hôpital.
‘ Parmi eux trente hérétiques qui sont revenus à la foi ; et comme l'hôpital ne pouvait contenir un si grand nombre de malades, nous en avons placé plusieurs dans l’église, que nous avons fait servir à cette œuvre de charité.”
« Si je racontais toutes les fois que Sa Grandeur nonobstant ma grossièreté, mon ignorance et toutes mes mauvaises qualités, me consultait, demandait mes avis, me priait, quoique je ne fusse que son valet, ‘ dit le frère Houssard,”’ me déférait et familiarisait avec moi, c'est ce qui faisait l’étonnement des personnes qui ont connu le grand mé:'te, les grandes lumières et la profondeur des connaissances qu'avait Sa Grandeur; c'est aussi ce que je ne puis expliquer, et, quand même je le pourrais, j'y aurais bien de la peine.
&« 8. Pour ce qui regarde sa charité et ses aumônes, c'est un point où les personnes qui ont le mieux connu Sa Grandeur auraient peine à en faire connaître toute l'étendue. J'ai autant de témoins de cette vérité qu’il y a eu et qu’il ÿ a de personnes en Canada; c'est pourquoi je ne crois pas devoir m'étendre sur cet article, qui étant connu de tout le monde ne peut pas être ignoré de vous seul. Je crois même que vous en diriez plus que moi, s’il vous plaisait d’en dire ce que vous en savez. Néanmoins, Monsieur, comme je vous marque en cette lettre ce qui m'a édifié dans la vie et les actions de Monseigneur, je ne puis me dispenser de vous dire quelques petites particularités qui m'ont le plus touché sur ce sujet.
« La première est que Sa Grandeur, nonobstant les dettes, les pertes, les incendies et toutes les grandes disettes du Séminaire où elle avait la meilleure part, ne manquait pas de donner aux pauvres, tous les ans, la valeur de quinze cents et deux milles livres.
&« La seconde est que Sa Grandeur me refusait tout net de me donner mème cinq sols, quand j'en avais besoin pour acheter quelque chose qui lui était nécessaire, et aurait mieux aimé s'en passer que de faire cette petite dépense; mais, quand il s'agissait d'acheter des étofïfes et des couvertes pour donner aux pauvres, les cents,
,et lui deux cents et trois cents écus ne lui faisaient pas plus de peine À itisfait donner qu’une épingle ; et même il est à remarquer que Sa Grandeur nageait de joie et de contentement quand elle faisait ces sande : dépenses pour les pauvres, EI as été } ‘“ La troisième est qu'à notre second incendie où le Séminaire se | LEA à l'hô- trouva en un si pauvre état qu’il n'avait pas seulement cent écus 1 HUE qui étaient nécessaires pour faire couvrir grossièrement toutes les pie | comme ; murailles et les voûtes du Séminaire brûlé, Sa Crandeur ayant i 8, nous cette somme, et n'ayant presque plus d'étoffe pour donner aux EURE ervir à pauvres, de crainte que nos Messieurs ne la lui demundassent pour UT faire faire ces couvertures, elle m'envoya secrètement acheter cent | | ant ma peaux de chevreuil à 3 tbs. 5s. la pièce pour les donner aux pauvres pis és, me au lieu d’étoffe, et me donna pour les payer 325 fbs. avec plus de 1 e fusse joie qu’un pauvre ne les aurait reçues par aumône, tan arisait “ La quatrième est que Sa Grandeur ne se contentait pas de sou- Habit qui ont lager les pauvres dans leurs besoins corporels; elle voulait encore L sur des que ses aumônes remédiassent aux besoins de leurs âmos et leur 1 L 1 ne puis fussent une aide pour servir Dieu et éviter le péché. Er | a peine. “ La cinquième est que Sa Grandeur, l'automne dernier, avant sa | n point mort, se voyant sans avoir de quoi faire l’aumône, elle fit tout son uraient possible pour en avoir du Séminaire, mais le Séminaire étant lui- | témoins mème à l'extrémité, n'ayant pas la moitié de ses besoins les plus À 1 ‘anada ; ; essentiels et ne pouvant rien donner à Sa Grandeur pour faire ses : article, aumônes (car ça toujours été elle qui les a distribuées de ses pro- LE l ignoré pres mains) elle me dit d’une manière fort triste et fort touchante A | us que qu’elle ne pouvait pas vivre longtemps si elle n'avait pas de quoi | | nmoins, donner aux pauvres, et effectivement Sa Grandeur n’a plus vécu 1 a édifié que six mois après, et elle s’est trouvée si dénuée des biens de ce 1} À spenser monde qu’elle n'avait pas en mourant la valeur d'un sou dont elle 1 |! 3 touché pût disposer en faveur des pauvres. À “9, Elle était réduite elle-même dans la plus grande et la plus k P ttes, les parfaite pauvreté que l’on puisse souhaiter. Quelques mois avant à. 1 naïve où sa mort je vis encore dans le fond de sa cassette un petit couteau É 1 \èr Aux de 5 ou 6 sous; je le demandai à Sa Grandeur et elle me le donna, (1 ! : milles mais d’une manière et d’un ton à me tirer les larmes des yeux : Rn ‘“ Mon enfant, me dit-elle, si je possède encore ce couteau, je vous le à me don- donne Ge bon cœur, afin de ne posséder plus rien sur la terre, et quelque suis entièrement dégagé de tous les biens de ce monde.” En vérité, : si | sser que Monsieur, je ne puis pas bien comprendre comment Sa Grandeur, ti >achoter en me donnant ce petit couteau, me dit qu’elle ne possédait plus HE
3 cents, rien sur la terre; car quoique je lui aie souvent vu de grosses
sommes d'argent, il en était assurément plutôt le dépositaire que le propriétaire, parce que je ne lui ai jamais vu employer un sou pour le soulagement, l’entrotien ou les besoins de sa personne; elle les employait toutes en aumônes et en œuvres pies ; et, quand elle avait besoin de quelque chose, comme habits, linges, elle le demandait au Séminaire, comme le moindre de ses ecclésiastiques, et je n’appelle point cela posséder quelque chose, Sa Grandeur était de plus, fort pauvre dans ses habits, et j'avais peine à l'empêcher de s'en servir, quoiqu'ils fussent fort vieux, sales et rapiécés. Pendant vingt ans, elle n’x eu que deux soutanes d'hiver qu'elle a laissées en mourant, l’une encore très bonne et l’autre toute rase et rapiécée.
‘ En un mot, il n’y avait personne au Séminaire plus pauvre en habits et qui les épargnât plus que Sa Grandeur; elle avait même une estime toute particulière pour les personnes qu’elle voyait dans le Séminaire pratiquer la pauvreté, surtout dans le vivre et dans les habits, et elle ne supportait qu'avec peine ceux qu'elle voyait rechercher trop d’ujustements, de propreté affectée et de délicatesse dans leurs habillements, ce qu’elle m’a témoigné plusieurs fois,
“ Voilà, Monsieur, une partie des menues et ordinaires actions, et traits de ferveur, de dévotion et de pénitente, que j'ai vu pratiquer journellement à Monseigneur pendant les vingt années depuis sa démission de son évêché jusqu’à sa mort, que Dieu m'a fait la grâce d’être au service de Sa Grandeur, et c’est ce qui a été le sujet de l’estime, du respect et de la vénération que j'ai eu et que je conserverai jusqu’à la mort pour sa sainte personne,
‘€ C’est ce qui m'a souvent ravi et transporté d’admiration, et c'est même ce que j'ai vu transporter et ravir Monsieur de Champigny durant qu’il était intendant du Canada, et qu’il voyait Sa Grandeur dans les maladies se coucher et se traiter comme une personne de la plus basse condition, elle (ce me disait son dit Sieur de Champigny dans son admiration,) qui, si elle était restée dans le monde et à la Cour, aurait possédé par son mérite et ses rares qualités les premières charges de l’état,
- C’est aussi ce qui a souventsurpris et ravi M. de Sarazin, médecin, comme il me l’a témoigné plusieurs fois lorsqu'il le venait visiter dans ses maladies.”
‘ Pourquoi cette épargne”: dit M. de la Colombière en parlant de l'esprit de pauvrete de notre prélat; ‘“ pour avoir un magasin garni de hardes, de souliers, de couvertures qu'il distribuait gratuitement
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avec une bonté et une prudence vraiment paternelle, C'est un commerce qu'il n'a jamais interrompu, pour lequel il ne s’est jamais fié qu'à lui-mème et dont il s’est meslé jusqu’à sa mort.” (Qraison funèbre.)