‹ Notice biographique sur François de Laval de Montmorency [microforme]Chapitre 47 sur 110 · SA PAUVRETÉ · texte numérisé non relu

SA PAUVRETÉ

La grâce avait tellement pris dans le cœur de ce prélat la place des inclinations de la nature corrompue, qu’il semblait qu'il fût né avec une aversion pour les richesses, pour les plaisirs et pour les honneurs; ‘si vous avez remarqué,” dit le frère Houssard, ‘quels étaient ses habits, ses meubles, qu'elle était sa table, vous n’ignorez pas qu’il fut ennemi déclaré du faste et de l'éclat. Pas an pauvre curé de France qui ne soit mieux nourri, mieux vêtu, mieux meublé que n’était l'Evèque de Québec. Bien loin d’avoir un équipage convenable à sa qualité et à sa dignité, il n'avait pas seulement un cheval à lui. Et lorsque sur la fin de ses jours, que son grand âge et les infirmités ne lui permettaient pas de marcher, s’il voulait sortir, il lui fallait emprunter une voiture,”

À peine fut-il arrivé de France pour la première fois, à peine fut-il débarqué, qu’il vole au secours des pauvres de l'Hôpital... Nulle prière, nulle considération ne peut l'empêcher de se loger au bout de leur salle, d’aider tous les jours à faire leurs lits, à balayer les salles, à leur rendre les services les plus abjects. A son grand regrot, il dut en suite chercher un appartement; il le choisit petit et incommode. Ayant été obligé de quitter cette demeure, parce qu’elle était trop étroite pour ses ecclésiastiques qui demeuraient avec luy etqui en ce temps là ne pouvaient demeurer ailleurs, il se pourvut plus largement à cause de ses collaborateurs, mais, lorsqu’après quelques années les choses furent changées, 1l retourna à l'Hopital pour y demeurer toujours, On n’osa s'opposer à cette résolution de peur de faire trop de violence à son attrait et à sa ferveur ; il fallut laisser passer du temps et employer les négociations de quelques personnes de piété pour le faire revenir au Séminaire.

Cet esprit de pauvreté inspiré par M. de Bernières, était si grand dans l'Evêque et dans tout son clergé, qu’on fut longtemps incertain si on ferait aucune acquisition dans ce pays, regardant comme plus parfait et plus apostolique de s’abandonner à la Providence,

“ C'est bien l’homme du monde le plus austère et le plus détaché des biens d’ici-bas, écrivait 1 Mère de l’Incarnation ; il donne

tout et vit en pauvre, et l’on peut dire avec vérité qu'il a l'esprit de pauvreté. Il pratique cette pauvreté en sa maison, en son vivre, en ses meubles, en ses domestiques; car il n'a qu’un jardinier, qu'il prête aux pauvres gens quand ils en ont besoin, et un homme de chambre, Il ne veut qu'une maison d'emprunt, disant que, quand il ne faudrait que cinq sous pour lui en faire une, il ne voudrait pas les donner, Ce ne sera pas lui qui se fera des amis pour s’avancer et pour accroître son revenu: il est mort à tout cela. Peutêtre, sans faire tort à sa conduite, que s’il ne l'était pas tant, tout en irait mieux; car on ne peut rien faire ici sans le secours du temporel.”

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