M. DE LAVAL A M, DE SEIGNELAY
Monsieur,
J'ay reçue par les mains de M. de M. f la lettre du R. Ÿ et celle que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire. Le pais vous est extrêmement obligé des soins que vous avez la bonté de prendre pour son accroissement, et d'avoir bien voulu informer sa Majesté de son estat et de ses besoins ; il en ressent les effects et il est redevable à votre ministère des bienfaicts qu’il en a reçeu cette année et spécialement de la grâce qu’elle luy a faict d'y envoyer M. de la B. || pour gouverneur et M. de M.$ pour intendant.
Ils s'appliquent tous deux depuis le premier jour d'Octobre qu'ils sont arrivés avec beaucoup de soin et de vigilance à tout ce qui regarde le bien du païs, et particulièrement à tascher de détourner la guerre dés Iroquois qu'il paroist manifestement qu'ils ont des-
i sein d'entreprendre contre la Colonie. M. de lu B. a pour cet effect 404 | despesché aussitost un canot vers cette nation duquel il ne peut les attendre de réponse que sur les glaces. J'ay eu le bien de commu- que niquer plusieurs fois avec ces Mrs. surtout ce qui concerne l’estat de ns l’église et spécialement sur les dixmes et l’establissement des cures, sui mais quelque connaissance que j'aye pu leur donner sur cette Ma
* Ces deux Pères ne sont mentionnés ni dans l’Abrégé chronologique de M. Noiseux, ni dans la Liste du clergé. Ce Père Poncet ne peut être le même que celui qui vint en 1639, ni que celui du No 297, appelé faussement Poncet au lieu de de Poncelet.
t De Meulles intendant.
} Louis AIV.
| De la Barre. $ De Meulles.
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matière, ils ne peuvent pas en avoir de suffisante que par un transport dans tous les lieux, après quoy ils pourront porter un jugement plus solide, et remarquer la différence qu'il y a entre les establissemens de cette colonie et ceux de l’Ancienne France, Je puis vous assurer que j'auray toujours tout le respect et la soumission que je dois aux ordres du Roy et que j'agiray avec ces Mrs. en toutes choses avec l'intelligence que Sa Majesté et vous pouvés désirer. Ils peuvent l’un et l’autre vous rendre témoignage de ma correspondance en tout ce qui est de mon ministère et qu'ils jugent à propos.
Monsieur Demeulles travaille avec assiduité et une affection particulière, et je me joins volontiers à ses soins pour trouver les moyens de rendre les curés fixes et sédentaires en chaque lieu. L'ordre que vous me faictes l'honneur de mescrire que Mrs. de la B.et de M. ont reçue d'examiner conjointement et avec soin ce qui regarde l’establissement des dixmes nécessaires pour la subsistance des dits curés me donne d'autant plus de sujets d'espérer que cette affaire aura un bon succès, que ces Messieurs doivent coopérer de concert et d'union, et que je n'y espargneray rien de mon costé.
Les deux mil écus que vous avez eu la bonté d'obtenir du Roy pour partie de la dépense à faire pour leur entretien est un secours qui contribura beaucoup à faire réussir ce pieux dessein.
Je puis vous dire avec vérité (ot je le dois par le devoir, Dieu mw'ayant commis le soin de cette église) que c'est une chose d’une nécessité absolue, et que sans cet establissement il est asseuré que les peuples s'eslèvent dans une si grande ignorance de leurs salut que quelques soins et fatigues que l'on puisse prendre pour leur instruction, il y a tout sujet de résumer qu'il n’y resterait à la suite du temps que fort peu de teinture du christianisme ; ainsi sa Majesté ne scauroit faire une dépense plus utile et plus nécessaire pour la colonie, ny vous Monsieur coopérer à un œuvre plus digne de vostre piété. Le Roy continuera autant qu'il luy plaira ce bienfait signalé à ce christianisme, mais vous me permettrés de vous dire qu’il n’y a pas d'apparence que cet ouvrage se puisse soustenir si Sa Majesté ne l’appuye de ce serours, tant à raison de la distance des lieux les uns des autres que de la pauvreté d’une grande partie des peuples. Lorsque ces Mrs. auront reconnu les choses par eux-mêmes, ils jugeront mieux de ce que peuvent valoir les dixmes et de ce que nous pourrons faire en conséquence.
Mr. de M. m'a témoigné qu'il serait (d'avis) de faire venir qua-
tre ecclésiastiques de France, voyant que ce qu'il y en a icy ont autant de travail et plus qu'ils n'en peuvent faire, Celuy qui prend soin des affaires de cetto église aura l'honneur de vous le représenter.
J'ay entretenu Mrs. de la B. et de M. de ce que vous m'avés faict l'honneur de m'escrire de l'emplacement appelé le vieux Magasin dansle veue d'y pouvoir édifier une chapelle pour :. soulagement de la Basse Ville, l'incendie arrivée, avant consommé tout ce qui en pouvait rester n’a laissé que le ten quel ils m'ont tesmoigné qu’ils ne jugent point à propos de a oser jusques à ce qu'ils vous ayent informé du besoin qu'ils eroyent qu’il y auroit de réedifier un autre magasin sur le mesme emplacement et que au cas que le Roy ne voulust pas faire cette dépense, ils ne trouvent aucun inconvenient de le remettre pour y pouvoir construire une chapelle et jugent mesme qu’il y a assés de terrain sur cet emplament pour exécuter l’un et l’autre dessein si Sa Majesté l'a pour agréable.
L'on na point pu escrire avec vérité que j'aye jamais faict la moindre dificulté de permettre de dire la messe dans des églises de bois, puisqu'il n’y a pas de moyens dont je ne me serve pour faire
en sorte qu'il yaye au moins quelque réduit pour petit qu’il puisse :
estre (qui soit séparé des maisons) pour y pouvoi” lire la sainte messe, et n’estre pas nécessité comme je suis de per ve de la célébrer dans les maisons des habitans dans lesquelles 1e de la petitesse et pauvreté des lieux, ils ont souvent tout proche de l’autel que l’on y dresse une marmitte au feu, et où les volailles et autres animaux causent la dernière indécence, ce que je ne pourrois pas permettre en conscience si je ne m'y voyois obligé par l’extresme nécessité où l'on se trerive pour le salut des pauvres gens, La grâco que je vous supplie très-humblement de m’accorder est de ne point adjouster foy à ce qui peut vous estre mandé à mon insceu, jusqu'à ce que j'aye eu l'honneur de vous esclaircir de la vérité.
Nous rendons très-humbles grâces à S. M. de la gratification qu'elle nous a accordée de 1500 francs pour le clocher de Québec. Comme le dernier incendie a mis les habitans hors d'état de contribuer à cet ouvrage, il ne nous sera pas possible de l’achever, à moins que vous ne nous obteniez, Monsieur, si vous le jugez à propos, quelque augmentation l'année prochaine,
Il est arrivé cette année plusieurs grands maux de la traite des boissons chez les sauvages, mais j'espère que M. notre nouveau Gouverneur et M. l’Intendant feront « bserver exactement à l'avenir
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les ordonnances sur ce point, et que vous aurez la bonté de vous en faire informer avec tout le soin que mérite l'importance de cette affaire.
Il est aussy fort important qu'on ne donne point d'atteinte à l'édit du roy quy défend aux Huguenots de rétablir en ce pais, surtout qu'on ne le souffre pas dans l’Acadie, à cause de la proximité des Anglois et des Holiandois.
Enfin je vous supplie, Monsieur, de ne vous lasser point de nous donner vostre protection, J'ay tant de confiance en vustre vertu, que je m’adresseray toujours très-volontiers à vous en toutes occasions, si vous voulez bien me le permettre, et je seray toute
ma vie avec autant de reconnaissance que de respect, Monsieur,
Vostre très-humble et très-obéissant serviteur.
A Québec le 12 novembre 1682.
LE MEME AU MEME
Monsieur,
J'ay reçeu les deux lettres que vous m'avés fait l'honneur de m'écrire cette année, et je ne puis assez vous témoigner la joye qu’elles m'ont donnée, quand j'y ay lu que V. M. est satisfaite de la bonne intelligence que je conserve pour les intérests de son service avoc M. le Gouverneur * et M. l’Intendant t. M. le Gouverneur a passé tout l'été au Montréal, où il a connu à fond les désordres que cause le commerce des boissons enyvrantes chez les sauvages, ce qui l’a obligé de faire des ordonnances très-sévères qui arresteront le mal, pourvu qu'on les exécute. Il a aussy eu dans ce même lieu, l’adresse et le bonheur de suspendre jusqu’à présent l'exécution du dessein que les Iroquois ont de nous déclarer la guerre pour laquelle vous avés eu la bunté de nous envoyer déjà quelques troupes dont nous sommes obligés à vostre crédit. Auparavant ce petit voyage, il m’avoit remis de la part de $. M., suivant vos ordres, l'emplacement du vieux magasin pour y bâtir une chapelle succursale de la paroïsse, et je vous dois sur cela, des remerciemens particuliers.
M. l'Intendant a:parcouru en personne la plupart des habita-
* M. Lefebvre de la Barre.
ï M. de Meulles.