Voyez ci-dessiu, p
». Voyez au tome II, p. 3-44.
3. Aux mots PsiDicnova touchant f Empire des Prêtieuses. Tome I du Recueil de M. Livet (Bibliothèque elzéTirienne), p. 189.
SUR MOLIERE. aiS
ou moins ingénieuse donnée à des souvenirs de faits accomplis. Somaize aurait bien dû prédire le nom de Talcôviste assez poissant pour suspendre les représentations de la pièce. Le roi était absent, aussi bien que son frère, protecteur de la troupe. Us étaient partis en octobre ponr le long et important voyage dont ils ne revinrent qu'an mois de juillet 1660, après le succès de la négociation du grand mariage qui Tavait fait entreprendre et qui donna pour reme à Ja France l'infante Marie-Thérèse d'Autriche. Nous se savons si Molière, opprimé par quelque marquis de Mascarûie (un vrai marquis, celui-ci), eut le temps d'en appeler aux personnes royales, comme le donnerait à croire la mention que Von a faite * d'un envoi de la pièce à la cour, pendant le voyage des Pyrénées. Ce serait une ressemblance avec l'histoire du Tartuffe en 1667. Quoi qu'il en ait été, VobsUcle avait peu tardé à être vaincu, puisque au bout de deux semaines la pièce fut reprise. On avait affaire à moins forte partie qu'aux gens déchatnés, huit ans plus tard, contre le portrait de l'hypocrisie. Le rapprochement des deux dates de 1659 et 1667, toute proportion gardée, ne s'en présente pas moins à l'esprit.
Molière fiit donc averti, dès ces commencements, du danger que l'on courait en attaquant des coteries puissantes. Ud moins brave pouvait être à tout jamais gêné par cette première leçon; mais il n'était pas facile d'intimider son ferme caractère, ni d'arrêter, dans son irrésistible force, la marche de son génie. Il fit dès lors reconnaître chez lui ce mélange d'audace et d'adroite prudence qui mettait en déroute ses victimes, celles mêmes dont les cris étaient les plus redoutables. D&ns sa préface, la première qu'il ait écrite (il n'en a par la suite écrit que deux autres], il prit soin de distinguer les vraies et les fausses précieuses, comme plus tard la vraie et la fausse dévotion. Nous ne sommes pas de ceux qui voient là un distinguo sans aucune sincérité. Son esprit était trop juste pour confondre des personnes d'un mérite reconnu avec ses « pecques provinciales 9. Mais, si l'on plaidait son entière innocence, on rabaisserait son ex-
T. Segrauianay p. si» et 9 13.
2i6 NOTICE BIOGRAPHIQUE
cellenle comédie. Il se rendait bien compte que ses raillerieft n'iraient pas toutes à l'adresse de celles qu'il appelle « mauvais singes », et qu'à travers la caricature, plus d'un trait, passant par-dessus leurs têtes, porterait plus loin, plus haut. C'est par là que l'œuvre était digne de lui, devenait une très utile correction d'un des travers du siècle. Fût-il vrai qae l'applaudissement, comme le dit le Menagiana^ eût été gêné* rai à la première représentation, malgré la présence de « tout l'hôtel de Rambouillet », ce ne serait là que la bonne contenance de personnes d'esprit, qui ne purent manquer d'ailleurs de sentir le coup. La suppression de la pièce est une preuve certaine que, parmi les intéressés, tout le monde n'en méconnut pas la portée. Le public ne s'y trompa point non plus. Sa faveur, si éclatante tout d'abord, ne s'explique pas uniquement par la gaieté pleine de verve de quelquesunes des scènes, mais par le sentiment que Ton eut d'un grand écroulement de ce trop long règne du raffinement d'esprit, de l'excessive épuration du langage et de la délicatesse des sentiments, poussée jusqu'à l'affecti^on. U était temps de le ruiner par le ridicule. Après avoir rendu des services dans leurs combats contre la vieille grossièreté, les célèbres cabinets de la société polie ^ comme on l'a nommée, avaient fini par mettre en péril le naturel. La victoire de Molière fut donc celle du bon sens. De tels combats cependant sont toujours à recommencer. Si le puissant moqueur revenait parmi nous, il ne trouverait pas de nos jours U pruderie du temps où l'on prétendait purger les mots français des syllabes déshonnétes, mais est-il aussi certain qu'il n'aurait pas à nous faire honte de la renaissance, sous unei forme nouvelle, du style alambiqué et des barbarismes précieux ? Appelons un nouveau Molière.
Quand on regarderait comme sorti de l'imagination de Grimarest le veillard que, dans une représentation des Précieuses^ il fait s'écrier au milieu du parterre : « Courage courage, Molière ! voilà la bonne comédie^ », on peut être sûr que tel fut le jugement prononcé par les connaisseurs, par Boileau tout le premier, qui, pas plus que Molière, n'ai-