‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 108 sur 236 · I. Vers 439 et · texte numérisé non relu

I. Vers 439 et

». Segraiêitma, p. ïi3.

S. c Effacez-Tous, écrirains romains; Grecs, effacez-vous ! » {Properce^ Uttc II, élégie xxxiv, v. 65.)

ai8 NOTICE BIOGRAPHIQUE

pas démentir tout Paris, qui n'a pu applaudir à une sottise. Tant de gens, qui ont dit du bien des Précieuses^ Tont forcé de croire qu'elles valaient quelque chose. Cependant elles n'auraient pas été imprimées (aucun autre ouvrage de lui ne l'avait encore été, au moins de son consentement), si l'on ne lui avait fait violence, et s'il n'avait dû ne pas laisser la place libre à une édition subreptice, déjà préparée. Il avait eu la main forcée ; autrement le succès de la représentation lui aurait suffi, persuadé qu'il était que sa pièce était faite pour être vue à la chandelle, et que « l'action et le ton de voix 9 lui avaient donné une grande partie de ses grâces. Telles sont à peu près ses paroles, et telle était, nous n'en doutons pas, sa pensée sincère. Outre qu'il était supérieur à la vanité, il est certain que, sans se méconnaître comme auteur, il attendait toujours beaucoup pour son succès de l'art du comédien et de la manière dont ses ouvrages étaient représentés. Pour sa part, il les jou<iit avec unejverve comique et une perfection qui en faisait mieux sentir le prix. On se souvient des transports qu'au témoignage de tÉlo» mire hypocondre^ il avait excités chez les spectateurs dans son rôle de Mascarille de t Étourdi. Un autre malveillant atteste également l'excellence de son jeu dans les Précieuses, où il fut encore Mascarille. Somaize, dans sa préface des Précieuses ridicules^ noupeUemerU (il aurait dû ajouter : et pauvrement) mises en vers par lui-même, dit qu'à la pièce volée aux Italiens, ainsi qu'il avait l'impudence de le supposer, Mascarille a « ajouté beaucoup sur son jeu, qui a plu à assez de gens pour lui donner la vanité d'être le premier farceur de France ». Voilà comme un détracteur était forcé de mettre au premier rang Molière comédien, avec la vaine précaution de l'appeler farceur, en même temps qu'il avouait le mérite de l'auteur en s'appropriant son ouvrage sous le déguisement des rimes dont il l'habillait. Molière, qui put s'habituer de bonne heure aux morsures de ses jaloux, a, dans sa préface, justement dédaigné de se justifier de l'absurde accusation d'avoir volé à l'abbé de Pure sa pièce en langue italienne, jouée en i656, simple canevas peut-être, dont il n'est rien resté. Rien n'est plus significatif, comme l'a très bien fait remarquer Despois, que le silence gardé

SUR MOLIÈRE. aig

sur ce prétenda plagiat par Thomas Corneille dans une lettre

à l'abbé de Pare, où, au lieu de parler avec grand dédain,

comme il fait, de la pièce de Molière, il eût été si naturel

qu'il en fît honneur à l'auteur dépouillé. Cette lettre, qui

maltraite la troupe du Petit-Bourbon, aussi bien que la

comédie des Précieuses ridicules, est très curieuse. Quel

sentiment l'a inspirée ? Probablement beaucoup de paitialitë

pour le Marais, qui jusqu'alors avait joué les ouvrages de

Thomas Corneille, et où était entrée Mlle du Parc, qu'il ne

serait pas trop invraisemblable de le soupçonner d'avoir

encouragée à déserter le théâtre de Molière. Une autre con*

jecture est que les frères Corneille (les Cléocrites dans le

Grand dictionnaire de Somaize) ayant fréquenté les fameuses

ruelles, où ils étaient en honneur, et dont ils ont montré

quelquefois (même celui des deux si justement nommé le

Grandj qa*iis avaient respiré l'air, leurs liaisons dans le

monde des précieuses les disposaient mal pour la comédie

qui ie ridiculisait. Par ces raisons, ou par une erreur de

goût, Thomas Corneille écrivait ceci, à propos de la pièce

d'un Rouennais, intitulée Pylade et Oreste, dont l'abbé de

Pure parait avoir écrit beaucoup de bien, mais qui n'avait

pas été heureuse au Petit-Bourbon, par la faute des acteurs;

c'est du moins ce que les amis de l'auteur se plaisaient à

croire : « J'ai eu bien de la joie de ce que vous avez écrit

d'Oreste et Pelade et suis fâché en même temps que la haute

opinion que M. de la Clérière* avoit du jeu des Messieurs

de Bourbon n'ait pas été remplie avantageusement pour lui.

Tout le monde dit qu'ils ont joué détestablement sa pièce ;

et le grand monde qu'ils ont eu à leur farce des Prétieuses^

après l'avoir quittée', fait bien connottre qu'ils ne sont

1. On a imprimé de la Cléville dans rëdition de Charles Lahure, déjà citée à la note 3 de la page 196. Mais dans Tautographe il Y a bien de la Clerier ou de la Clériire, Le Registre de La Grange nomme l'auteur de Pylade et Orette « Coqueteau la Clairière, de Rouen ».

a. Ceci est clair. Non seulement il n'j aurait guère eu lieu de raisonner sur « le grand monde qu'ils ont eu », s'il ne s'agissait que de la première représentation ; mais les mots « après l'aroir quittée » établissent certainement que la lettre parle des repré-

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propres qu'à soutenir de semblables bagatelles, et que la plus forte pièce tomberoit entre leurs mains. »

Ainsi se consolent ceux qui ne peuvent contester l'importun succès d'une pièce. Ils aiment à yoir uniquement dans ce succès celui des comédiens. Comme il ne fallait pas cependant parattre louer la troupe de Molière, Thomas Corneille ne la reconnaît habile que dans des « bagatelles»; et la comédie des Précieuses n'est à ses yeux rien de plu. Bagatelle est bientôt dit, et fut comme le mot d'ordre des mécontents. On le retrouve en i663 sous la plume de Donneau de Visé, dans ses Nouvelles nouvelles, où, malgré des intentions de dénigrement plus ou moins masquées, il n'a pas laissé de porter de bonne heure témoignage de la renommée grandissante de Molière ^

Après avoir soutenu, conune Somalie, que rauteur des Précieuses ridicules les avait empruntées aux Italiens < ses bons amis », n'étant « encore ni assez hardi poar entreprendre une satire, ni assez capable pour en venir à bout *,

sentations données après que Ton eut cessé de jouer Pjlait et Oreste, Or, le Registre de La Grange ne saurait s'être trompé sur la chronologie de Thistoire des deux pièces nouvelles représentées en noTembre. Celle de Molière Ta été le i8, celle de la Clairière le a3. Elle a été « quittée » à la troisième représenution, qui est du aSNnoTembre. Par conséquent Taffluence des spectateurs, que Thomas Corneille cherche à expliquer, est celle que les Précieuses attirèrent depuis la reprise du s décembra. Cependant la date de la lettre est, sans aucune incertitude de récriture : c A Rouen, ce i*' de décembre ». Despois en a conclu que Thomas Corneille n'a parlé que de la première représentation: ce que nous Tenons de Toir impossible. La lettre est donc mal datée. Une distraction, il est vrai, parait bien surprenante quand c'est du i** du mois que l'on date, et qu'il doit y aToir d'ailleun une erreur de plusieurs jours. Nous crojons que la lettre a été commencée le i*' décembre, et, par suite de quelque empêchement de la continuer, reprise plus tard. Il nous a même semblé que, deux ou trois lignes arant le passage que nous citons, l'écriture est d'une encre plus blanche, ce qui confirmerait notre supposition, la seule que nous imaginions pour lerer la difficulté.

I . On pourrait dire que le premier document biographique sur Molière (il est bien antérieur à celui de ses éditeurs de i68»)

SUR MOLIÈRE. aai

il ajoute : < il les habille adrairablement à la françoise, et la réussite qu'elles eurent lui fit connottre que Ton aimoit la satire et la bagatelle. » Oui, la satire est de tout temps un élément de succès ; et Ton a quelquefois droit de s'en plaindre ; mais ici elle était aussi juste que piquante; et la marque du Yrai génie comique était aussi visible sur cette bagatelle immortelle que sur celles où d'utiles batailles littéraires ont été livrées par Aristophane aux erreurs du goût de son temps.

On a pu remarquer que si, de plusieurs côtés, on contestait /a bonne qualité du succès de Molière, personne n'essayait de nier le succès lui-même. Il n'en avait encore eu aucun de cet éclat. U n'y eut plus moyen, même pour la Miue his'» torique^ de se renfermer dans le silence. Si Loret ne nomme pas encore l'auteur, H nomme du moins la pièce, avec la prudente pr^ntion d'ignorer si le sujet est « mauvais ou bon », Je tenant évidemment pour chimérique; mais sans cacher combien elle l'a fait rire, et quelle en était la vogue éton-

se trouve dans ces Nouvelles nouvelles^ dont TAcheTë d*imprimer est du 9 féTrier i663. En commençant les pages de quelque étendue qu'il a écrites sur Molière, et qu*il met dans la bouche des interlocuteurs de son dialogue, de Visé annonce qu'il ta faire un abrégé de sa rie, et il tient parole. Bien qu'il n'ait pu alors le suîrre au delà des représentations de V École des Femmes^ bien aussi que ses jugements soient sourent malyeillants, les renseignements qu'il donne tirent cependant beaucoup de prix de leur date, et aussi du caractère de l'écrit, qui se distingue des purs libeUes; car si l'auteur, qui soufflait volontiers le froid et le chaud, s'est fait l'ëcfao de très injustes critiques, il y mêle des paroles qui sont d'un admirateur malgré lui, appelant Volière c le Térence de notre siècle,... grand auteur et grand comédien lorsqu'il joue ses pièces,... celui dont on s'entretient presque dans toute l'Europe, et qui faiè si sourent retourner à l'École tout ce qu'il y a de gens d'esprit à Paris ». Sans renoncer donc à citer, dans l'occasion, quelques passages de cet écrit, nous croyons que nos lecteurs aimeront à avoir sous les yeux de nombreux %xtraiu. Choisis parmi les plus intéressanu, du plus ancien témoignage qui soit venu jusqu'à nous sur les commencements de la Tie de notre poète. On les trouvera aux Pièces /lutifieaiiveSf n* Y.

lia NOTICE BIOGRAPHIQUE

nante, une yogue qui surpassait celle des plus fameox oavrages des maîtres de la scène. Il avait vu ces Précieuses, a Tune des représentations où elles venaient d'être reprises, et le 6 décembre il écrivait que les comédiens de Monsieur

Ont été si fort vitités

Par gens de toutes qualités

Qu'on n'en vit jamais unt ensemble

Que ces jours passes, ce me semble,

Dans THôtel du Petit-Bourbon.

Pour moi, j'y portai trente sous ; Mais oyant leurs fines paroles, J'ai ri pour plus de d|x pistoles.

Depuis le i décembre 1659 jusqu'à la clôture de Pâques 1660, le Registre de La Grange a eu trente-deux représentations à inscrire, sans compter celles qui, pendant le carnaval et le commencement du carême, avaient été données en visite, chez M. le Tellier, cbez M. de Guénégaud, chez Mme Sanguin, pour M. le Prince, chez le chevalier de Grammont, chez Mme la maréchale de l'Hôpital. L'enthousiasme du public est vivement peint dans l'avis jiu lecteur d'une petite pièce de ce temps, composée, comme nous Talions bientôt dire% à l'imitation de celle que Molière fit jouer peu après les Précieuses : « L'on est venu à Paris de vingt lieues à la ronde..., et ceux qui font profession de galanterie, et qui n'avoient pas vu les Précieuses, d'abord qu'elles commencèrent à faire parler d'elles, n'osoient l'avouer sans rougir. »

Il 8*en faut que les théâtres fussent alors dans les mêmes conditions que ceux de nos jours, où le public peut se renouveler indéfiniment. Cependant, à la rentrée de Pâques 1660, le succès inouï n'était pas épuisé, et il y eut encore trois représentations très suivies au mois d'avril, malgré la circonstance défavorable de la mort de l'acteur qui avait donné son nom au personnage du vicomte-valet dont le rôle était le plus amusant après celui de son compère Mascarille. Le

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