‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 109 sur 236 · Voye* ci-après, p. a3o et «3i · texte numérisé non relu

Voye* ci-après, p. a3o et «3i

SUR MOLIERE. aiS

vieux Jodelet, ce farceur qui nasillait si bien, était mort mal à propos pendant les vacances, le vendredi saint a6 mars. La perte cependant n'était pas irréparable. Loret, dans sa lettre du 3 avril, après s'être amusé à faire l'épitaphe de « cet homme archiplaisant », ajoute ces vers consolants :

Dndit acteur les compagnons.

Quoiqu'ils se soient frottés d*oignons, N*oiit pas pleuré cette disgrâce; Car GroA-René vient à sa place.

Homme trié sur le volet.

Et qui vaut trois fois Jodelet.

Naguère déserteurs du thé&tre de Molière, du Parc et sa femme avaient trouvé le moment bon pour revenir du côté où s'était fixée la fortune. Gros-René (c'était du Parc), chargé des rôles du comédien qu'on avait perdu, le remplaça certainement, malgré son florissant embonpoint, dans celui du pâle personnage exténué par les fatigues de la guerre. Il y avait là une disconvenance dont ne s'inquiétait pas sans doute Molière, toujours habile à tirer parti de ses acteurs et à faire servir leurs défauts mémeb à des effets plaisants. En dehors du Petit-Bourbon, /tfj Précieuses ridicules eurent dans le second semestre de 1660 l'occasion de recueillir des applaudissements qui de tous n'étaient pas les moins désirables. II restait à faire confirmer leur succès par la haute sanc* tion du roi et de sa cour, de retour après leur longue absence. Louis XIV n'était revenu que depuis peu de jours, lorsqu'il voulut voir représenter la comédie si fort k la mode, qu'il n'avait pu connaître dans son voyage que par une lecture. Le 29 juillet 1660, on la joua pour lui au bois de Vincennes avec V Étourdi, Le 3o août suivant, elle fut représentée pour Monsieur au Louvre ; et ce fut là aussi que le roi la vit de nouveau le 21 octobre, dans le temps où la démolition de la salle du Petit-Bourbon laissait' la troupe sans théâtre. Cinq jours après, le a6 du même mois, il assistait incognito à la représentation qui en fut donnée, avec celle de V Étourdi^ chez le cardinal Mazarin, malade dans sa chaise. Appuyé sur le dossier de cette chaise, le roi resta debout. 11 accorda à la troupe une gratification de trois mille livres.

C'était un {uste dédommagement de Tinterruption forcée des représentations à la ville, mais. sans doute aussi une preuve du goût de plus en plus vif de Louis XIV pour Molière. Loret, il est vrai, attribue la libéralité au cardinal. Ce léger désaccord avec le Registre de La Grange vient peut-être de ce qu'il convenait de respecter l'incognito du roi. Cest à cette occasion que le gazetier de la Muse historique daigne pour la première fois mettre dans ses vers le npm de Molière :

De Monsieur la troope comique

Eut, l'autre jour, bonne praticpie ;

Car Monseigneur le Cardinal

Qui s'étoit un peu trouré mal.

Dorant un meilleur interralle

Les fit venir, non dans sa salle,

Mais dans sa chambre jiutement.

Pour aroir le contentement

De voir, non pas deux tragédies,

Mais deux plaisantes comédies,

SaToir celle de l^ Étourdi

Qui m'a plusieurs fois ébaudi.

Et le marquis de MaseariUe,

Non vrai mârqids, mais marquis drille.

On Ton reçoit à tous momens

De nouveaux divertissemens.

Jttle et plusieurs Grandes Personnes Trouvèrent ces deux pièces bonnes ; Et par un soin particulier D'obliger leur auteur Molier, Cette généreuse Éminence Leur fit un don en récompense Tant pour lui que ses compagnons De mille beaux écus mignons'.

Bien que cette citation ait déjà été faite dans la Notice de Despois, nous ne l'avons pas abrégée. Elle a beaucoup d*intérêt, nous apprenant sur ce spectacle en chambre ce que le Registre de la Comédie n'a pu dire, que les deux pièces plurent au ministre et aux Grandes Personnes (pour ne pas nommer Ije roi], qui ne récompensèrent si généreusement

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