‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 111 sur 236 · I. Registre de La Grange, p. a5 et a · texte numérisé non relu

I. Registre de La Grange, p. a5 et a

9. Sur la salle du Palais-Royal on peut voir Sauvai, Histoire et ÉUeÂerches des antiquités de la ville de Paris ^ tome II, p. 161, et tome III, p. 47* et rintérestante étude Molière^ s Biihne und ihre Einriektumg (la «cène de Molière et son organisation), que M. H. Fritsche a mise en tête de son édition de P Avare (Berlin, 1886). RUe a été traduite par M. Metzger dans le Moliériste de juin, juillet et août 1887. M. Fritsche ne s'est pas borné à décrire la salle dta Palais-Royal; il donne sur la mise en scène de ce temps des détails qui montrent les nécessités auxquelles était soumis notre

ai8 NOTICE BIOGRAPHIQUE

Nous aylons achevé l'histoire des Précieuses ridicules par quelques mots sur les représentations de cette comédie devant Louis XIV; et comme il avait fallu parler des deux dernières, données par Molière après son théâtre démoli, nous n'avons pas voulu tarder à dire où un autre lui avait été ouvert; mais il faut revenir sur nos pas; et, pour nous établir avec lui au Palais-Royal, nous avons à en finir avec le Petit-Bourbon. Rétoumons-y un moment pour y voir, avant qu'il fût condamné à tomber, une pièce nouvelle de Fauteur des Précieuses. Elle était intitulée le Cocu imaginaire^ et fut représentée pour la première fois le i% mai 1660. Elle plut extrêmement et ne marqua pas le moindre arrêt dans la renommée chaque -jour croissante de son auteur. Vingt -six représentations suivirent la première, presque sans interruption. Rien là d'étonnant : les Précieuses ridx^ cules avaient mis Molière à la mode; le vent de la faveur publique soufflait dans ses voiles; et puis le vieil esprit gaulois, que réjouissent particulièrement les plaisanteries que l'on sait, vivait encore, nous ne croyons même pas que chez nous il risque jamais de mourir. Nous n'accorderions pas que Molière, cette fois, fût en progrès, lui qui venait de présenter aux mœurs du temps un miroir vrai, tout grossissant qu'il eût bien compris le devoir faire. On ne nous imputera pas la sottise d'être prévenu contre sa nouvelle comédie par le gros mot de son titre, qui n'étonnait alors personne ; car^ la langue de la bonne compagnie est très variable. Nous acceptons et le mot à sa date, et le sujet qui, au fond, n'a rien qui puisse scandaliser. Mais où est la vérité des caractères, et même la vraisemblance des incidents ? En voyant l'auteur des Précieuses s'éloigner de la voie où il venait d'entrer, on a pu se demander si l'idée d'une pièce d'un genre si différent n'avait pas été anciennement conçue, si même elle n'était pas tirée de quelque farce ébauchée en province. Si l'on a eu d'assez bonnes raisons de contester à Riccoboni et à Gailhava qu'il y ait eu là imitation d'une comédie des Italiens, il n'en est pas moins diifi-

théâtre du dix-septième tiède, et qui souvent rendent raison du système dramatique de ce temps.

cile que celle de Molière ne fasse point penser an temps où il s'inspirait de leur théâtre. On n'échappe guère à l'impression que l'on rétrograde, quand Sganarelle, avec sa cuirasse et son casque, débite son monologue de poltronnerie et ses rodomontades de capitan. Dans les conjectures cependant que ces remarques sembleraient autoriser, il faut craindre de se tromper. Molière avait certainement en vue dès ce temps-là un grand progrès de son art, mais, de ce côté même, point de système arrêté. L'extrême variété de ses œuvres à toutes les époques prouve qu'il n'en a jamais eu. Dans sa hcile et rapide production, il s'abandonnait, suivant la pente du moment, au libre cours de la source abondante qui chez lui s'épanchait en tout sens. Les genres les plus divers lui étaient également bons; et il pensait, comme il Ta dît, que « la règle de toutes les règles est de plaire' ». Il n'avait sans doute songé qu'à la suivre dans son Cocu imaginaire^ et n'eut pas lieu de s'en repentir.

On a été ingénieux, mais, ce nous semble, trop subtil, en découvrant chez lui une intention d'appuyer la critique qu'il venait de faire de la délicatesse maniérée des ruelles par un exemple de franchise dans le langage et d'une gaieté sans pruderie, qui était de tradition bien française. Le contraste est parfait assurément entre cet esprit gaulois et la préciosité; mais il n'avait pas eu besoin d'être prémédité. U se rencontre naturellement, bien qu'avec des caractères différents, dans tous les ouvrages de Molière. Si donc celui-ci a été composé, de même qu'il a été représenté, après les Précieuses^ ce doit être sans calcul et sans recherche d'antithèse que Molière, en l'écrivant, a pris plaisir à un . comique dans lequel on retrouve quelque chose de ses anciennes farces, et dont il avait éprouvé le sûr effet non seulement en province, mais, dept^is, àParis, et même à la cour, où il l'avait fait goûter. Que l'on croie, ou non, pouvoir rattacher la pièce jouée en 1660 à quelque idée, ou même à quelque première esquisse de plus ancienne date, la rédaction en devait être récente, car on y recônnatt une plume de plus en plus exercée. Nous n'irions pas comme Voltaire jusqu'à en

I . La Critique de P École des Femmes^ scène vi, tome III, p. 358.

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mettre, pour cela, le style au-dessus de celui des précédentes comédies en vers de Molière. L'explication qu'il donne de cette prétendue supériorité : « bien moins de fautes de langage », suffirait pour la rendre suspecte. Nous connaissons déjà ces singuliers scrupules d'une grammaire étroite et le plus souvent mal informée. Il est seulement incontes> table que le style de cette troisième pièce en vers est très coulant, facile, agréable. Nous demandons la permission de n'y être pas frappé d'un vrai progrès. Il nous offre des morceaux d'une verve brillante, mais, si on la compare à celle de t Étourdi et des meilleures scènes du Dépit amou^ reuxy moins originale, à notre sentiment.

On peut trouver sujet à appel notre jugement sur cette comédie, et n'en pas accepter la sévérité, toute relative d'ûVleurs. Quoi qu'il en soit, il est certain que le public fut loin de s'apercevoir que l'auteur des Précieuses n'eât pas rempli toute son attente : il se montra de plus en plus satisfait. Quand nous ne l'aurions pas appris dans le Registre de La Grange, qui a eu à inscrire tant de représentations du nouvel ouvrage, un auteur contemporain, du nom de Doneau^, ne nous aurait pas laissé l'ignorer, et d'abord par le fait même qu'il a cru très profitable de chercher à exploiter pour •lui-même l'heureuse veine de succès de la comédie de Molière, se contentant, à cet effet, de la faire reparaître, sans plus de façon, sous le déguisement de la Cocue imaginaire^ et de changer le sexe de Sganarelle, en un mot de n'enlever du plat, qu'il servait réchauffé, rien de moins que le sel. Mais on lui est redevable d'une constatation plus positive encore de la brillante fortune de la pièce que le soin pris par lui de la suivre pas à pas, de scène en scène. Son maladroit calque est dans l'impression précédé d'un avis

I. Le piÎTilège de sa comédie, intitulée les Amours ^Alcifpe et de Cêph'ue ou la Cœiie imaginaire^ le nomme le sieur Doneau. Les auteurs de V Histoire du théâtre français (tome YIII, p; 890, note C) disent qu'il était parent de M. de Visé. On écrit habituellement Donneau de Visé; mais l'orthographe d'un même nom était si Tariable alors qu'une n de plus ou de moins ne ferait pas de difficulté.

SUR MOLIERE. a3i

Au lecteur* t dont, à propos des Précieuses^ nous avons déjà tiré une citation*. En voici d'autres passages auxquels donne quelque intérêt le témoignage que la faveur publique se maintint aussi haut dans les représentations du Cocu imaginaire que dans celles de la comédie précédente. Après avoir rappelé que les malintentionnés s'efforçaient d'expliquer la Togne de celle*ci par le jeu des acteurs et par la célébrité des personnes attaquées, et prédisaient que Molière, moins aidé par les circonstances, ne serait plus jimiis $i heureux, Doneau poursuit ainsi : « Voyons si le pronostic de ces Messieurs... est véritable, et si le Cocu imaginaire n'a pas eu tous les applaudissements qu'il pouvoit attendre. . .. Cette pièce a été jouée non seulement en plein été, où pour l'ordinaire chacun quitte Paris..., mais encore dans le temps du mariage du Roi, où la curiosité avoit attiré tout ce qu'il y a de gens de qualité en cette yiïk; elle n'en a toutefois pas moins réussi; et quoique Paris fût, ce semble, désert, il s'y est néanmoins encore trouvé assez de personnes de condition pour remplir plus de quarante fois les loges et le théâtre du Petit-Bourbon, et assez de bourgeois pour remplir autant de fois le parterre. Jugez quelle réussite cette pièce auroit eue, si elle avoit été jouée dans un temps plus favorable, et si la cour âvoit été k Paris. Elle auroit sans doute été plus admirée que les Pr^iemes^ puisque, encore que le temps lui fût contraire, l'on doute si elle n'a pas eu autant de succès. »

La Fontaine, à qui fait penser la gaie comédie, dont bien des vers sont à rapprocher de ceux de quelques-uns de ses contes, rappelait l'année suivante à Maucroix' qu'il avait * autrefois » admiré avec lui Molière, et que c'était « son

I. U se trouTe dans la seule édition que nous ayons rencontrée de la pièce, celle dont rAcheTë d'imprimer pour la seconde fois est du 37 mai 1661. On cite souvent une première édition de x66o, mais il ne nous semble pas certain que ce soit pour Tavoir vue. Peut-être n*en a-t-on parlé que d'après le Privilège, donné )e iS juillet x66o, et dont la date rend assez probable qu'elle fut publiée vers la fin de cette année.

a. Voyez ci-dessus a la page aaa.

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