‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 116 sur 236 · Page · texte numérisé non relu

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a. La Muse historique^ lettre du 97 août 1661.

habits de théâtre, les habits de ces personnages^. 11 avait confié à La Grange le rôle d'Éraste. Biais ceux des femmes méritent plus d'attention. Ils furent sans doute remplis k Vaux et à Fontainebleau, comme on nous fait coxmaitre qu'ils l'ont été au Palais-Royal, par la de Brie, la du Parc et la Béjart. Loret, qui les nomme toutes trois dans sa Lettre du 19 novembre 1 661, dit de la dernière :

L'agréable Nymphe Béjart, Quittant sa pompeuse coquille, Y joue en admirable fiUe.

La Fontaine aussi a parlé d'elle dans sa lettre à Maucroix, où il la montre sortant tout à coup de sa coquille, puis récitant le prologue de Pellisson : « La Béjart, dit-il.

Nymphe excellente dans son art.

Et que pas une ne surpasse »,

louange qu'il n'aurait pas donnée à une jeune fille sans expérience du théâtre. Quelques-uns cependant ont cru que la Naïade de la coquille n'était pas Madeleine, mais Armande, cette autre Béjart, que prochainement Molière devait épouser. C'est la faire entrer dans la troupe un peu moins tôt que l'ont voulu ceux qui la font jouer dans les premières représentations de t École des maris^ mais trop tôt encore. Sans parler du Registre de La Grange, irrécusable sur ce point, un trait peu galant de la comédie de ia Fengetmce des Marquis* aurait dû suffire pour avertir de l'erreur : « Il me souvient de cette Nymphe : on croyoit tromper nos yeux en nous la faisant voir, et nous faire trouver beaucoup de jeunesse dans un vieux poisson. » Il est clair que le vieux poisson pour lequel on avait compté, justement sans doute, sur l'illusion du théâtre et sur l'éclat emprunté qui rajeunit, ne peut avoir été que la comédienne de quarante-trois ans.

I. Recherches sur Molière^ p. 376 et 977. -» On ne nous apprend pas quel marquis Molière représentait : Ly sandre, le danseur? Alcandre, le duelliste ? Alcippe, le joueur? Tous peut-être bien, comme dit Soulië, p. 88.

s. Scène rn.

La ville attendit assez longtemps la comédie qne son succès à la cour devait lui donner grande impatience de voir représenter : depuis l'arrestation du surintendant (5 septembre], ou Ton eut ordre de dîffë^'er, ou les convenances le conseillèrent. On pourrait aussi attribuer le retard à la difficulté de monter la pièce que, malgré les grands frais, on voulait donner au Palais-Royal telle qu'on l'avait donnée à Vaux et à Fontainebleau, avec « ballets, violons, musique » et machines ^ Elle ne put être jouée que le 4 novembre. Pendant trois mois, elle le fut tous les jours, avec de très fortes recettes. La nouveauté pour la ville d'un divertissement royal contribua peut-être à piquer la curiosité ; mais l'agrément de la pièce y aurait suffi. Une des représentations, celle du 2% décembre, doit être remarquée. Le Registre note ce jour-là « les Fdcheux devant le roi » avec t École des maris. Ce fut évidemment au Palais-Royal, où parut le roi, sans craindre d'éveiller par sa présence le souvenir du jour de colère qui avait vu la première représentation des Fâcheux. Voulut-il juger par ses propres yeux de l'effet produit sur le public de la ville par la scène dont il avait donné le sujet? C'est plaisir de cbercher l'histoire de Molière dans celle de ses ouvrages ; car eUe y est avant tout, et s'y offre à nous aussi claire que glorieuse; mais à l'époque où nous voici parvenn, il faut, non sans regret, nous détourner de la brillante route de son génie vers sa vie privée, qui n'est pas éclairée d'une manière aussi évidente, aussi pure non plus : elle va paraître entourée de quelques nuages inquiétants. Un écrivain, que Ton aime à écouter, conseille de renoncer à la manie, qu'on a de nos jours, de confesser indiscrètement les grands hommes. H pense qu'on ferait mieux d'épargner à la mémoire de Molière toutes ces enquêtes sans fin sur des misères inutiles à remuer*, et qu'il importe peu d'éclaircir les obscurités qu'on a cru trouver autour de la naissance de sa femme, puis encore de forcer le secret du ménage pour suivre d'un œil curieux la conduite de celle-ci

f« La Mme huioriqtie^ lettre du 19 novembre 1661. >• Voyez dans lés Études critiques de M. F. Brunetière, les /)ernières recherches sur Molière ^ p. 184-187.

aSo NOTICE BIOGRAPHIQUE

une fois mariée. Cette réserve serait de notre goût; mus, pour qu'elle ne soit pas tardive, elle a depuis longtemps été trop peu gardée. Nous craindrions d'ailleurs que tant de scrupule s'accordât mal avec les devoirs d'un biographe. Comment prétendre retracer une vie, avec la résolution d'y laisser de si visibles lacunes?

La brièveté de la Préface de i68a permettait peut-être de n'y pas même nommer Bille Molière; et cependant on a quelque peine à ne pas croire cette omission trop volontaire pour n'être pas un jugement sur elle. N'avoir pas dit un mot de sa naissance, de ses père et mère, semble particulièrement avoir quelque signification. Si les auteurs de la préface, bien informés sans doute, s'étaient crus en mesure de faire une simple mention, qui fût comme une réponse à des soupçons très répandus, ne pas la négliger était leur devoir, surtout comme amis.

La Grange, que l'on croit un de ces auteurs, n'a pas été muet, dans son Registre^ sur le mariage du chef de la troupe. Il l'a plusieurs fois noté, d'abord à l'occasion des deux parts demandées par Molière avant la rentrée de Pâques 1661, qui le faisaient dès lors pressentir S puis, sous la date du 14 février i66a, quand le projet fut ouvertement déclaré, et qu'il y eut peut-être un repas de fiançailles*. C'est à la première de ces mentions qu'il a plus tard ajouté cette petite note : « M. de Molière épousa Armande-Claire-Élisabeth-Grésinde Béjart le mardi gras de i66a'. » Âutun des prénoms de l'épousée n'est omis; mais ses parents ne sont pas nommés, quoique La Grange, au commencement de son Registre, n'ait pas manqué de parler du père et de la mère de sa propre femme, Marie Ragneneau.

1. Registre^ p. 3i. « La troupe lui accorda [les deux paru] pour lui ou pour sa femme, s*il se marioit. »

s. Ibid,^ p. 41. « Mardi i4" [février 1669], visite ches M*d*Equevilly » ; et à la marge : f Mariage de M' de Molière au sortir de la visite. »

3. L'exactitude du Registre est ici légèrement en défaut. Il a retardé d'un jour le mariage, qui fut célébré à Saint-Genoain- TAuxerrois le lundi 90 février. Voyez l'acte de mariage aux Pièces fiuiificativeif n* vu.

SUR MOLIERE. a5i

Que sait-on avec certitude de cette Ârmande Béjart, lorsqu'elle se maria ? Son âge, à peu près du moins. Le contrat de son mariage* la dit « âgée de vingt ans ou environ ». L'acte de son décès, qui est du 3o novembre 1700, la fait mourir à dnqnante-dnq ans. Elle serait née en 1645, et aurait été mariée avant ses dix-sept ans, ce qui est indubitablement fan, puisqu'elle ne peut être que « une petite non baptisée » que désigne un acte du 10 mars 1643. Il est probable qu'au moment de la signature du contrat elle était entrée depuis peu dans sa vingtième année. Molière avait plus que le double de son âge.

Sa naissance (k part la date approximativement connue) a toujours été sujette à bien des doutes, k de nombreuses controverses. Il y a là des ténèbres qui jamais peut-être ne seront entièrement dissipées, quelque bonne foi que Ton mette à ticher d 7 porter la lumière.

Sur ses premières années du moins on ne saurait craindre d'être dans une complète ignorance. Il n'y a pas à douter que Molière n'ait pris soin de son éducation. Tout confirme ce dire de Fauteur de la Fameuse Comédienne, qu'il avait pour elle une inclination particulière « comme l'ayant élevée* ». Ghainssay est d'accord dans sa comédie. Son Élomire se tient assuré de n'être jamais trompé par sa femme :

Qui forge une fenune pour soi,

G>mme j*ai fait la mienne, en peut jurer sa foi'.

Dans la réponse que Bary fait à Élomire, il le compare à Amolphe, forgeant de la même manière Agnès. La comparaison rend parfaitement clair le sens de forger, quoique la méchanceté du satirique en cherche, quelques vers plus loin, un tout autre qui est très odieux. Sur cette sorte de tutelle de Molière nous n'avons pas hésité à citer des Hbellistes, le fait dont ils parlent échappant trop au blâme pour qu'ils Taient inventé. Mais surtout nous ne nous défions pas d'eux cette fois, parce que cette page de la vie de Molière

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