I. La Fameuse Come'dienne, P
i^i NOTICE BIOGRAPHIQUE
contrat et son acte de mariage la mettent bien en règle, con^me fille légitime de Joseph Bëjart et de Marie Henré, conséquemment comme sœur de Madeleine Béjart. Beaucoup plus jeune que ses frères et sœurs, tous bien connus, elle ne saurait être, comme nous l'avons dit, que la « petite non baptisée » qui dans la renonciation à la succession de Joseph Béjart, reçue le lo mars i643^ par un lieotenaot civil, est comptée au nombre des enfants mineurs du défunt. Comment des actes si authentiques ont-ils pu laisser place à des doutes? Ce n'est pas aussi inexplicable qu'on Ta quelquefois prétendu.
Il est probable que dans tous les actes postérieurs à la renonciation de 1643, on s'en est rapporté à cet acte premier en date, dans lequel la déclaration de la veuve Béjart avait été acceptée comme sincère, et n'avait, depuis, donné lieu à aucune inscription de faux. Le magistrat qui l'avait reçue doit s'en être contenté, l'acte du baptême qm\ affir^ mait-on, n'avait pas encore été donné, n'ayant pu être produit.
Cet acte de baptême, que du reste aucune recherche n'a fait jusqu'ici retrouver, ar4-il été produit pour le mariage ? Rien ne le dit, et il ne serait pas étonnant que l'on ne l'eût pas exigé : tant on passait facilement alors sur les irrégnlarités. La renonciation à la succession de Joseph Béjart offre elle-même un exemple de ces négligences. La remarque a été faite que Marie Hervé avait déclaré tons ses enfants mineurs, lorsque deux d'entre eux ne l'étaient pas, Madeleine qui avait ses vingt«cinq ans accomplis, étant née le 8 janvier 161 8, et Joseph étant plus Âgé qu'elle. C'était, dit-on, sans importance dans une succession qui ne laissait rien à recueillir; et l'on avait seulement voulu simplifier les choses. Nous n'en sommes pas si sûr, et quand on l'admettrait, quel magistrat, ou quel notaire aujourd'hui fermerait les yeux sur cette simplification, ou l'ignorerait, faute d'avoir demandé que l'on justifiât de la minorité des enfants? Un] tel laisser-aller donnait bien des facilités à toutes les fraudes.
I. Voyez celte Benonciation aux Pièces justificatives^ n* Tin.
SUR MOLIERE. a55
Pour faire soupçonner Marie Hervé d'un mensonge sur la naissance d'Armande, c'est trop peu qu'il ait été possible; iL faut dire pourquoi il est moins improbable qu'on ne voudrait. 11 y a désaccord entre les témoignages des pièces authentiques et ce qu'en dépit de toutes les preuves .légales les contemporains ont cru.
Quand ces contemporains ont été un Montfleury, un Chalussay, ou l'auteur de la Fameuse Comédienne^ trop évidemment il n'y a pas à tenir compte de ce qu'ont dit de tels ennemis. Mais si leur haine, capable de toutes les calomnies, a seule propagé le faux bruit, comment ont-ils trouvé ouverte au mensonge l'oreille de ceux qui avaient vécu dans Vintimité de Molière, celle de Boileau lui-même? La phrase de Brossette, déjà citée plus haut : « M. Despréaux m'a dit que Molière avoit été amoureux, premièrement de la comédienne Béjart », se continue ainsi : « dont il avoit épousé la fiiJe' ». Ce témoignage, qu'on a qualifié de vagué, est singuherement précis; et il a été écrit du vivant de Boileau, en 1702. Reste à objecter la médiocre confiance qu'inspirent les souvenirs de Brossette; on a signalé chez lui beaucoup d'erreurs. Celle-ci dépasserait en impardonnable légèreté tontes celles qu'on a relevées dans son commentaire*. Croirat-on que, préoccupé de l'opinion répandue, il s'est imaginé en avoir recueilli la confirmation de la bouche de Boileau? Une pareille infidélité de mémoire serait bien étrange. Elle le serait plus encore, si l'on supposait que Boileau lui avait dit le contraire; et il lui a certainement dit quelque chose. Quand Brossette l'a interrogé sur Molière et la Béjart, il n'a pu néglig^er de s'informer de ce qu'il pensait d'un bruit qui n'intéressait pas médiocrement la mémoire d'un si cher ami.
Grimarest, dont l'autorité a été souvent récusée, paraîtrait moins enabarrassant. Cependant il l'est bien un peu. Il est invraisemblable que sur un point de cette importance il n'ait pas consulté Baron, qu'il reconnaît lui avoir donné ses