‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 122 sur 236 · I. /(«cherches $ut Molière^ p · texte numérisé non relu

I. /(«cherches $ut Molière^ p

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blance qu'il se soit attaché à une personne aussi insignifiante que paraît Tavoir été cette Geneviève? Bille Hervé (on l'appelait ainsi) est la plus effacée des cinq actrices que Molière a fait paraître sous leur nom dans V Impromptu de Fèrsailles. Elle y est supposée chargée dans la pièce qu'on répète d'un rôle où elle déclare qu'elle n'aura pas grand'chose à dire; et quand JVfolière lui adresse la parole, à elle la dernière : « Pour vous, lui dit-il, vous êtes la soubrette de la précieuse, qui se mêle de temps en temps dans la conversation, et attrape, comme elle peut, tous les termes de sa maîtresse, v Plus que vraisemblablement, c'est une ma* lice de Molière, qui, sous prétexte de lui expliquer son rôle, s'est amusé à peindre son vrai caractère, celui d'une sotte qui ne sait pas dire quatre mots. Est-ce bien à Molière qu'on a jamais pu dire :

Une femme stupide est donc votre marotte? '

Si la bouderie de Mlle Hervé, lors du mariage de sa sœur Armande, n'a pas eu pour cause quelque querelle de comédienne avec Madeleine, on y pourrait trouver un indice de l'irrégulier arrangement de famille bien fait pour la blesser. IL lui aurait déplu de se laisser donner une fausse sœur, tellement favorisée d'ailleurs dans son contrat qu'ellemême allait paraître dans le sien une aînée mise au-dessous de sa cadette.

Nous avons laissé en dehors de la question l'âge de la veuve Béjart, sur lequel on a beaucoup disserté, sans trouver rien de certain à en dire. Le nombre plus ou moins grand de ses années importe peu d'ailleurs, puisque l'on cite des exemples de maternité très tardive. 11 n'y a rien de sérieux à conclure du fait que son dernier enfant, avant la naissance d' Armande, Louis Béjart, était né en novem* bre i63o.

Bien que nous pensions avoir dit l'essentiel, il ne faut pas qu'on ait à nous reprocher d'avoir omis une des considérations que font valoir ceux qui tiennent pour sincère la déclaration de Marie Hervé. On devrait expliquer, disentils, quel intérêt pouvait avoir Madeleine Béjart, après un passé nullement dissimulé, à ne pas avouer un nouvel acci-

SUR MOLIÈRE. !i6i

dent. Une des réponses qui ont été faites est celle-ci : elle Yonlut sans doute cacher sa faute au seigneur de Modène, n'ayant pas renoncé à l'espoir d'être épousée par lui. Mais il a été victorieusement objecté qu'alors Modène était encore marié; et quant à le ménager comme amaût, s'en inquiétait-elle beaucoup? Il ne paratt pas avoir eu ces délicates jalousies. C'était lui bien plutôt qui avait à ménager une femme pour laquelle il ne faisait aucun sacrifice, et qui, au contraire, l'assistait dans ses embarras d'argent. A défaut d'une explication qui ne soutient pas l'examen, on en pourrait chercher d'autres. Est-ce bien nécessaire? Ignorant dans quelles circonstances elle aurait donné naissance à Àrmande, on ne ferait jamais que bâtir en l'air de petits romans. Cependant indiquer seulement que l'on en pourrait trouver plusieurs à imaginer, entre lesquels on donnerait le choÎT^ ne suffirait-il pas pour que l'on n'eût plus le droit de dire : * La fausse déclaration supposée aurait été sans motifs possibles »? On rappellerait, par exemple, qu'en 164a Modène put revoir la Béjart, soit dans le Gomtat, soit en Languedoc. Si, dans cette rencontre, leur liaison se renoua, et eut les mêmes suites qu'en i638, et si le gentilhomme coupable de récidive ne mit pas alors une semblable complaisance à déclarer sa paternité, ou trouva des empêchements à le faire, comme il en aurait dû trouver la première fois, ajant une femme légitime, Madeleine, avertie que le père de l'enfant ne serait pas nommé, put s'inquiéter d'un avenir difficile pour un enfant sans père, penser même que sa naissance serait autrement fâcheuse pour sa gloire que celle de Françoise, publiquement, solennellement reconnue par un homme de qualité. Ce n'était plus le cas d'aller le front levé, en personne fière d'une illustre faiblesse. La supposition de la paternité de Modène n'est pas trop arbitraire, trop invraâseinblable. Grimarest y a cru, probablement d'après quelque tradition. Il ne paratt pas avoir confondu, comme l'a fait plus tard le marquis de Fortia, Armande avec l'enfant né en i638, confusion impossible, non seulement parce qu'elle vieillirait trop Mlle Molière, mais surtout parce que la veuve Bëjart n'aurait jamais fait passer pour sa fille celle qui l'était notoirement de Madeleine et

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dont on avait l'acte de baptême, où elle-même était nommée comme marraine.*A la paternité que le seigneur avignonnais n'aurait paft avouée, on objectera la persistance de ses relations amicales avec Maddeine. L'objection tomberait s'il n'y avait pas eu mauvais vouloir de sa part, si, plus scrupuleux, ou mieux instruit de l'existence de Mme de Mo* dène, l'épouse légitime, on n'avait pas accepté cette fois une reconnaissance interdite. Plusieurs ont estimé significatif le fait que Modène a tenu sur les fonts le second enfant d'Armande. Nous ne prétendons pas toutefois y trouver une preuve certaine. Quant 1 ce que nous venons de dire, c'est une simple conjecture ; mais elle n'est pas des plus invraisemblables et a pour elle de n'être que l'ancienne tradition, corrigée, comme il était nécessaire.

L'auteur de la Famewe Comédienne élargit le champ à^s suppositions. Il dit que Madeleine ce faisoit la bonne fortune de quantité de jeunes gens du Languedoc dans le temps de l'heureuse naissance de sa fille ». Il ajoute qu'elle se vantait de n'avoir souffert, dans son dérèglement, que des gens de qualité, et assurait que sa fille Armande était d'un sang fort noble*. Gela expliquerait que l'enfant eût été, comme le raconte le même libelle, retiré par une dame d'un rang distingué dans le Languedoc, des mains de laquelle Molière la reçut. Ce détail, nous l'avons déjà fait remarquer, est trop inoffensif pour inspirer la même défiance que tant de médisances du même auteur. Il donne une certaine force à la supposition de la paternité du seigneur de Modène. Tontefois la Fameuse Comédienne ne le nomme pas et nous avertit que toute conjecture serait difficile « dans une galanterie si confuse. » Admettons-le. Que le père ait été Modène ou tout autre, il ne s'est pas fait connaître ; et nous restons autorisé à dire que la Béjart, habituée, dans l'aveu de ses fautes, à un peu plus de cérémonie, qui à ses yeux les anoblissait, a pu ne pas se soucier de mettre le public dans la confidence de celle-ci.

Mais sortons de ces dissertations sur de déplaisantes affaires, condamnées d'ailleurs, par leur nature même, à

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