I. La Fannust Comédienne , p G et
SUR MOLIÉRB. a63
être difficSemeiit éclaircies. Slles n'auraient pas mérita d'arrêter un moment notre attention, si Molière, par son mariage, ne s'y était trouvé mêlé. C'est dans sa biographie le point le pins délicat à toucher.
Nous n'avons pas accepté comme convaincants les arguments de quelques plaidoyers, qui se sont donnés pour irré« fotables, en faveur de la naissance régulière de sa femme. Nous ne saurions faire plus que de laisser 1 la veuve Béjart et à sa fiUe Madeleine, accusées d'un grave mensonge, le bénéfice de quelque incertitude. Pour Molière, de toute façon il a été en faute dans un mariage qui n'était pas digne de lui, à moins qu'on n'aille jusqu'à mettre en doute (on l'a fait) sa liaison avec la comédienne Béjart. Autrement, n'eût-il pas épousé la fille, mais la sœur de sa maîtresse, il n'y a pas excès de rigorisme à dire que la tache sur son hono*> rable caractère ne serait pas efiacée, mais seulement très atténuée. Avec sa droiture, il était fait pour le sentir, et nous ne croyons pas qu'il faille parler ici des commodes doctrines épicuriennes puisées dans son éducation gassendiste; la vMté est plutôt que, vivant dans le monde du théâtre, il s'y était familiarisé avec une morale très facile en toute occasion où l'amour est en jeu. Jugeons-le comme un comédien, quelque coin qu'il eût réservé dans son âme à d'honnêtes et nobles sentiments.
L'injure, que nous ne lui ferons pas, serait de croire nécessaire de le défendre contre l'accusation d'un mariage incestueux. Ceux qui sentent aussi vivement que nous l'inutilité de la réfuter, ont quelquefois dit que le seul moyen de ne laisser aucune prise à une telle calomnie était de rejeter absolument toute possibilité de la maternité de Madeleine Béjant. Se placer sur ce terrain, qui est loin d'être ferme, c'est trop risquer. Mieux vaut ne s'appuyer que sur l'estime dont notre poète a toujours été entouré ; et peutêtre avec cela, si ce n'était pas un soin superflu, faire remarquer les difficultés des dates. En effet, c la petite non baptisée » qui fut présentée au lieutenant civil, comme mineure, le lo mars 1643, dut naftre au commencement de cette année-là, plus probablement vers la fin de 164a, avant la mort de Joseph Béjart ; car elle ne fut pas déclarée
!i64 NOTICE BIOGRAPHIQUE
enfant posthume. On ferait donc remonter les amours de Molière et de Madeleine bien haut, sans doute jusqu'au temps où l'on nous dit que celle-ci parcourait le Languedoc dans une troupe de campagne. .
Il est plus naturel de croire que la première occasicm en a été le projet de la fondation de l'Illustre th^tre. On a cependant, ainsi que nous l'ayons dit, regardé comme vrai* semblable qu'ils s'étaient vus dans le Midi, pendant ce voyage que fit Molière à la suite de Louis XIII. Gomme on pense que son service de tapissier dut commencer en avril, c'est déjà bien tard pour trouver dans leur rencontre matière à soupçons. On n'a d'ailleurs supposé cette rencontre que dans la seconde quinzaine de juin, 1 Montfrin*. Pour le coup il ne serait plus temps d'avoir aucune inquiétude pour Molière.
A quoi bon insisterait«on, quand le venin des odieuses conjectures n'a été semé que par de méprisables ennemis, et qu'ils n'ont même jamais sérieusement soutenu ce que leur perfidie se contentait d'insinuer ?
C'est ce que l'on peut dire de l'auteur d*Élomire hypo^ condre^ ce méchant digne de la confiance que l'on sait. A la suite des vers que ci-dessus nous avons cités* sur Élomire qui a forgé une femme pour lui-même, comme Amolphe avait forgé Agnès, c'est-à-dire l'a façonnée à son gré par l'éducation, Chalussay le fait parler ainsi : .
Amolphe commença trop tard à la forger; C'est arant le berceau qu'il y deToit songer, Comme quelqu'un Ta fait
Et, lorsqu'on lui répond : c On le dit », Ëlomire reprend la parole :
Et ce dire
Est plua Trai que le jour
Pour un pamphlétaire, c'était assez de faire rire par une cruelle méchanceté; il n'a pu croire lui-même que son