‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 124 sur 236 · Voyez ci-dessus, p. a5i · texte numérisé non relu

Voyez ci-dessus, p. a5i

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odieux trait d'esprit serait pris pour une accusation formelle. Mais il espérait qu'une fois lancé, le dard empoisonné ferait peu à peu son chemin.

La Fameuse Comédienne s'y prend un peu autrement que la comédiie. Son accusation est moins audacieuse, plus sournoise : « on Ta crue (Armande Béjart) fille de Molière, quoiqu'il ait été depuis son mari ; cependant on .n'en sait pas bien la vérité* ». Bayle, en y regardant mieux, n'aurait pas inexactement écrit dans^son Dictionnaire, à l'article Poque^ lin : a Dans ce livre en a dit que sa femme était sa fille. » Le libelle n'avait fait que laisser planer un doute, qui disposerait les esprits à aller plus loin.

Des attaques qui pouvaient être plus dangereuses furent celles du comédien Montfleury. En i663 il présenta au roi une requête contre Molière, dans laquelle il dénonçait le scandale de son mariage; mais là, il paraît n'avoir pas été, quoiqu'on l'ait souvent dit, jusqu'à l'accuser d'inceste, et s'être borné à dire qu'après avoir été l'amant de la mère, il avait épousé la fille. Voilà ce que Racine, dans une lettre dont nous reparlerons, écrite à son jeune ami l'abbé Le Vasseur, rapporte en termes très crus, qui n'auraient jamais signifié rien de plus, si, à bonne intention, mais très maladroitement, ils n'avaient été corrigés. Il est du reste assez vraisemblable que Montfleury espérait faire tirer de sa dénonciation la conséquence sur laquelle il avait la précaution de ne pas s'expliquer lui-même.

Un intendant de Monsieur, du nom de Guichard, n'y mit pas tant de façons. Soutenant un procès où la veuve de Molière fut citée comme témoin, il publia un factum dans lequel il osa dire, entre autres infamies : « Tout le monde sait que la naissance de la Molière est obscure et indigne, que sa mère est très incertaine, que son père n'est que trop certain, qu'elle est fille de son mari, femme de son père*. »

Ce furieux n'a pas pris garde que si la mère de Mlle Mo-

j. La Fameuse Comédienne, P> 7*

a. Voyez V Appendice à la fin de la Fameuse Comédienne, édition de M. Liret, p. aa4«

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lière est incertaine, on ne voit pas comment, dans une naissance si mystérieuse, le père incestueux est certain. Pour son dégoûtant factum, Guichard fut condamné à faire amende honorable, nu-tête et à genoux.

A. la différence de l'opinion très répandue que Madeleine Béjart était mère de-Mlle Molière, l'affreux soupçon insinué, puis affirmé, par des calomniateurs, connus pour l'être par habitude et métier, n'a pu trouver créance. Bayle, dans le passage tout à l'heure. cité*, où il prend l'insinuation de la Fameuse Comédienne pour une accusation positive, en fait justice par ces mots : « ce qui n'est nullement vrai *. Voltaire, qui n'a fait que répéter Grimarest sur la naissance d'Armande Béjart, repousse avec le même mépris que Bayle la paternité imputée à Molière r « Le soin, dit->il, avec lequel on avait répandu cette calomnie fit que plusieurs personnes prirent celui de la réfuter*. » C'était donc 1 se» yeux une peine qu'il eût été sage de s'épargner.

Molière a été défendu contre l'horrible outrage par le caractère de loyauté qui de tout temps s'est fait reconnattre dans sa vie et sentir dans ses ouvrages. Nous regrettons qu'il se soit, par exception, rencontré de nos jours un grand écrivain, qui, fort éloigné d'être un ennemi de Molière, mais plutôt ayant bien des raisons de l'admirer et de l'aimer, n'a pas craint cependant d'en croire sur lui les pamphlets. M. Michelet avait malheureusement fini par les consulter tous avec confiance, et par prendre goût, lui si parfaitement honnête, k tous les scandales, surtout à ceux d'une certaine nature. Qu'on lise ses malheureuses pages sur le mariage de Molière', on y trouvera l'explication de ses doutes, très voisins d'une certitude : il saisissait une occasion de flétrir, à travers Molière, Madame et Louis XIV*.

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