Voyez ci-dessus, p
France de i663y on trouve portés comme tapissiers valets de chambre M. Poqaelin, et son fils à survivance. C'est une occasion de dire ce qu'il faut penser des avantages que cette charge procura à Molière. Nous ne croyons pas qu'ils aient été très grands. Cependant, lorsqu'en 1664 (a8 février) son premier enfant fut levé sur les fonts par le duc de Créqni pour le roi et par la maréchale du Plessis pour la duchesse d'Orléans, cet honneur S moins rare, il est vrai, qu'on ne le supposerait, pour ceux qui étaient pourvus d'un office, même modeste, dans la maison royale, n'aurait pas convenablement paru accordé au comédien; aussi, dans l'acte de baptême, a-t-on eu soin de le qualifier valet de chambre du roi. Voilà donc une faveur que lui permit d'obtenir son office de cour. Mais réellement pour qui étaitelle? Pour le poète comédien, nous n'en doutons pas. Si Moh'ère a eu près du roi un bienveillant accès, qui n'a jamais pu toutefois aller jusqu'à ten^cas de nuit, dont il a été fait justice par Despois*, ce n'est point parce que dans son service de tapissier il a quelquefois fait l'auguste litS c'est parce qu'il a mieux travaillé pour lui au théâtre et dans les fêtes de ses palais que dans la chambre à coucher royale; c'est parce que Louis XIV n'a pas seulement été amusé par ses comédies, mais a reconnu dans ce rare esprit un des ornements de son règne. Enfin, si Molière a vu de près la cour, avec grand profit pour son esprit observateur, comme pour cette élégante urbanité qu'avaient autrefois rendue familière à Térence les Scipion et les Lœlius, nous ne croyons pas qu'il en ait trouvé l'occasion dans son petit ofùce^ quoique la Préface de 168a le donne à entendre, mais plutôt que des seigneurs l'admettaient dans une assez grande familiarité, grâce au goût qu'ils avaient pour la co-*
I. Nous donnons Tacte de baptême aux Pièces justificatives ^ n* IX. On a cru voir dans l'honneur fait à Molière une réponse aux accusations de Montflcurj, mais il n'est pas probable que l'on y ait songé.
s. Le Théâtre froncis sous Louis XI F, p. 3ix-3i8.
3. Voyez la Comédie de Molière, par Gustave Larroumet (1887), p. a66. Rien de plus juste, ce nous semble, que ce qu'il a dit à ce sujet.
a^o NOTICE BIOGRAPHIQUE
médie et k leur estime pour Tautear de tant d'oumges charmants. Cette dernière explication, la plus flatteuse, comme la plus certaine, est confirmée par de Yisé luimême, dans ce passage de ses Now^Ues nowdles^ aoqnel il veut donner un tour malveillant : « Ces messieurs (il parle de personnes de qualité) lui donnent souvent à dtner...; mais, comme ceux qui croient avoir du mérite ne manquait jamais de vanité, il rend tous les repas qu'il reçoit, son esprit le faisant aller de pair avec beaucoup de gens qui sont beaucoup aurdessus de lui^. » Ce fait des diners donnés au comédien par des gens de qualité, qui n'est pas une légende, comme l'en-cas de nuit de Louis XIV, est attesté par Saint-Simon*, particulièrement croyable quand il sagit d'une telle condescendance des grands. Outre un souper chez M. de Montausier, il mentionne ce que nous connais-* sons d'ailleurs, les joyeux repas de Molière en compagnie d'une jeune noblesse. Voici, en l'abrégeant, ce qu'il raconte. M. de Montausier, ayant entendu dire qu'il était joué dans le Misanthrope, fut très irrité jusqu'au jour où lui-même entendit la pièce à Saint-Germain. Il en fut charmé; et estimant qu'on lui faisait grand honneur de le reconnattre dans Alceste, il envoya chercher Molière, qui vint très effrayé. Montausier courut à lui pour l'embrasser ; et comme on vint l'avertii* que son souper était prêt, fl invita Molière à se mettre à table. Celui-ci, dit le narrateur, « qui avoit soupe en débauche plus d'une fois en sa vie avec de jeunes seigneurs, n'en étoit pas à manger hors de là avec cette même jeunesse, combien moins avec un homme de la dignité, de l'âge, de la place, de l'austérité de M. de Montausier.... Ce fut une scène charmante pour ceux qui en furent témoins, qui devint la nouvelle du lendemain. » Ce récit explique ce qui dans les Nouvelles nouvelles a pu paraître un peu singulier, ces repas que donnaient à Molière des gens de qualité et qu'il leur rendait. Ils ne s'asseyaient à la même table ni chez eux, ni chez lui, mais dans quel-