‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 135 sur 236 · f^ie de P auteur, p · texte numérisé non relu

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répondre snr ce cpi*il trouvait à redire dans fÉeoU des femmes^ avait répondu : < Tarte à la crème, morbleu I » et répété ces mots, sans qu'on pût le faire sortir de là. Molière s'est amusé à mettre cette sottise dans la bouche du marquis ridicule de la Critique. Dans VJMitian de la Martînière on lit que le « courtisan de distinction » était la Feuillade. Peu de difficulté à reconnaître celui à qui Fauteur de Zélinde a donné, pour flatter ses prétentions vaniteuses, le titre de prince : la Feuillade voulait y avoir droit, comme descendant d'ébon, prince d'Âubusson au neuvième siècle. Ne doutant pas que ce ne fût lui-même que l'on eût osé mettre sur le théâtre, « un jour, dit la Martinière, qu'il vit passer Molière par un appartement où il étoit, il l'aborda avec des démonstrations d'un homme qui vouloit lui faire caresse. Molière s'étant incliné, il lui prit la tête, et en lui disant : Tarte à la crème y Molière! tarte à la crème! il lui frotta Je visage contre ses boutons, qui étant fort durs lui mirent le visage en sang. Le Roi, qui vit Molière le même jour, apprit la chose avec indignation, et la marqua au Duc, qui apprit à ses dépens combien Molière étoit dans les bonnes grâces de Sa Majesté. Je tiens ce fait d'une personne contemporaine qui m'a assuré l'avoir vu de ses propres yeux. » Peut-être le fait attesté par le témoin oculaire est-il seulement celui de la forte réprimande du roi. Quant aux détails de l'indigne scène, on ne peut savoir s'ils sont tons exacts, et si le visage ensanglanté n'est pas une exagération ; mais lorsque de Visé nous donne à entendre que Molière eut sa perruque mise en désordre, il faut bien que, dans la perfide embrassade, il ait été violemment secoué ; et la révoltante injure, qu'elle ait été plus ou moins poussée jusqu'à la barbarie, demeure trop avérée. On s'étonnerait que le « courtisan passant tous les courtisans passés* » eût si peu compris cette fois de quel côté le vent soufflait. n était facile de prévoir l'indignation du roi, qui protégeait assez Molière pour ne lui avoir jamais défendu de l'égayer par ses peintures hardies, même quand elles faisaient rire

I. Lettre de Mme de Sévîgné du so janvier 1679, ^™® ^« p. 55i.

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des travers de quelques gens de qualité. Il est Tni que dans le portrait de Thomme à la tarte à la crème la hardiesse avait été poussée jusqu'à l'imprudence, puisqu'il paraît certain que l'original en était désigné trop clairement, s' étant ridiculisé par la fameuse turlupinade.

Brossette avait entendu accuser de l'insulte un autre que la Feuillade. On racontait, dit-il, « que M. d'Armagnac, le grand écuyer de France, avait insulté Molière, et lui avait fkit tourner sa perruque sur la tête' ». Il peut donc y avoir hésitation sur la personne du coupable. Dans le portrait que Saint-Simon a fait de Louis d'Armagnac, il le peint très brutal. Molière décoifié, comme le Chapelain de la parodie du Cid^ c'est justement ce que nous trouvons dans Zélindm; et le titre de prince convient encore mieux à M. Le Grand, de la famille des princes lorrains, qu'à la Feuillade. Brossette, après les lignes qui viennent d'être citées, ajoute : « Mais M, Despréaux m'a dit que cela n'étoit pas vrai. » Entendait-il seulement qu'on avait eu tort de nommer M. d'Armagnac? n semble plutôt qu'il niait la vérité de la honteuse anecdote. Son démenti, si tel en est le sens, a pu être dicté par le désir de faire tomber dans l'oubli un affront reçu par son ami. Si, à une date où l'injure était toute récente, elle n'avait pas été connue, la méchanceté de la Zélimtt n'aurait pas été comprise. U n'y a pour nous aucun intérêt à mettre en doute un fait qui ne déshonore pas Molière, mais le courtisan, quel qu'il soit, coupable d'un odieox abus de sa puissance. D'ordinaire, ceux qui, à la cour, avaient quelque sagesse, ne voyaient aucune raison de se fâcher. Us ne pouvaient prendre pour un dessein formé d'hostilité la raillerie de quelques ridicules qu'ils étaient les premiers à fronder, comme le dit, dans la Critique^ le chevalier Dorante*. Par la bouche du même personnage, et dans la même scène', Molière a rendu justice au bon et fin jugement de cette cour si polie. Il l'a fait, nous n'en doutons pas, avec sincérité : les marquis extravagants ne lui cachaient

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