‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 14 sur 236 · Ibidem^ 14 juillet 1646, p. 6o · texte numérisé non relu

Ibidem^ 14 juillet 1646, p. 6o

de 1637, étant Agé de huit ans. Qn peut cependant hésiter entre 1637 et i636.

Pour ne pas sortir de notre sujet, auquel le prince n'appartient que par se& relations avec Molière, nous n'avons point à nous inquiéter de savoir si le précoce théologien de 1645 et 1646 ne fut pas soufflé par l'auteur de la tragédie tout à l'heure mentionnée comme ayant été jouée devant Mazarin, par le P. Dechamps, qui plus tard imprima comme siennes les thèse» de l'Altesse. Pour être juste, les flatteries, telles que celles du Prince savani^ petit livre écrit en 1644, qui félicitait Conti d'avoir « rendu la science prin^ cesse et la sagesse rojale », ne doivent pas, quelque nauséabondes qu'en soient les hyperboles, être accusées d'avoir loué sans vérité son remarquable esprit. U y a des dons de race. L'illustre aine du prince de Coi^i, le duc d'Enghien» élevé â Bourges, dans un autre collège dés Jésuites, fut un écolier prodigieux, rhétoricien aussi précoce d'esprit que bon latiniste, à onze ans^. Cet exemple de famille invite à ne pas rejeter légèrement quelques-uns des témoignages des mattres de Conti sur le prompt développement de son întelligence. Mais nous n'avons fait une digression sur l'histoire de ses études que pour y chercher s'il fut dans les même* classes que Molière. On a vu qu'il paraît n'être BOTti de celle de philosophie qu'en 1644, lorsque Molière avait quitté le collège depuis plusieurs années, et même commencé sa vie de comédien.

Alu reste, ne fût-il pas si bien démontré qu'ils ne marchèrent pas du même pas dans leurs études, leur camaraderie ne serait qu'une légende inacceptable. U ne faut pas se laisser tromper par les souvenirs d'un temps que les moins jeunes d*entre nous ont vu dans une France bien différente de celle du dix-septième siècle. Nous ne savons pas si le prince de

I. Voyez V Histoire des Princes de Condé^ par M. le duc d*Aumale, lome III, chapitre it, p. 3a i et 3sa. Le noble historien donne, à la fin du Tolume, dans les Pièces et Documents^ des lettres latines du duc d'Enghien à son père, que Tâge où elles ont été écrites rend bien surprenantes, quand même la plume des maîtres, comme on ne peut s'empêcher de le croire, aurait prêté quelque secours à celle de Tenfant.

3o NOTICE BIOGRAPHIQUE

Conti était, comme le duc d'Enghien, « séparé des autres élèves par une petite balustrade dorée ' » ; mais pour tenir à distance ses condisciples, ceux même qui n'étaient pas fils de tapissiers, les respects de parfaits courtisans, que tout atteste lui avoir été rendus par ses maître», auraient été une assez infranchissable balustrade. Il n'est donc pas besoin de faire remarquer qu* lorsque nous aurons à raconter la rencontre du prince et de Molière au château de la Grange, nous ne trouverons rien qui donne l'idée d'une affectueuse reconnaissance entre d'anciens camarades.

Si la même date ne peut sans erreur être donnée aux dernières classes suivies par l'écolier de Clermont nér à l'hôtel de Condé, et par son condisciple né dans une boutique, leur entrée au collège doit être environ du même temps. Il est vraisemblable que Molière fut, ainsi qu'on l'a supposé*, mis chez les jésuites après la mort de sa belle-mère (novembre i636). Ce fut peut-être alors, certainement peu après, comme nous l'avons dit, que le prince fut confié aux mêmes maftres.

Grimarest dit' que Molière « en cinq années de temps fit non seulement ses humanités, mais encore sa philosophie ». Quoiqu'il puisse avoir reçu quelques leçons de logique à Clermont, il est probable que Grimarest, en parlant de philosophie, n'a pas distingué de l'enseignement du collège l'enseignement reçu ailleurs, dont nous allons parler. Quand on défalque de son compte de cipq années celle de ce dernier temps d'études, il en reste quatre que l'on trouve, du moins k peu près, depuis les derniers mois de 1 636 jusqu'en 1640, qui est l'époque où ÏÉlomire hjpocondre marque la fin des classes de Molière :

.... £a quarante, ou quelque peu devant. Je sortit du collège, et j'en sortis sayant.

Ou quelque peu devemi ne saurait beaucoup nous gêner.

I. Histoire des Princes de Condé, tome III, chapitre iT,p. 3 19. s. Vojez les Points obsctws de la vie de Molière^ p. 3i. 3. La VU de M. de Molière^ p. 10.

SUR MOLIERE. 3i

Nous soupçonnons cet hémistiche d'être venu là ponr amener à la rime î'épithète savant^ dont le satirique a^ait besoin pour la faire bien vite changer en celle d'éùie par son Angélique-(Madeleine Béjart)^

• Quand il resterait une légère incertitude sur quelques mois de plus ou de moins dans les années que Molière passa au collège, ce ne serait pas une affaire. Le doute serait autrement regrettable sur son admission aux leçons d'un maftre tel que Gassendi.

La connaissance de ce fait, qui de tous les souyenirs de ia jeunesse de Molière est celui dont il serait le plus regrettablede n'être pasassuré, a paru ne s'appuyer que sur une tradition et manquer de preuves positives. « Jusqu'à présent^ dît Soulié*, aucune pièce authentique ne vient confirmer ou démentir la tradition relative au maftre et aux condis* ciples qu'on lui attribue, Gassendi, le prince de Conti, Bernier, Chapelle, Hesnault, etc, » Nous n'admettrions pas que ç'aient été là des doutes sérieux dans la pentfée de l'auteur des Recherches. Son langage circonspect était naturel lors« que, voulant donner une solidité inébranlable aux fondements qu'il jetait d'une nouvelle biographie de Molière, il avait pris le parti de ne rien affirmer, si ce n'est pièces en main. Il n'a donc fait que constater sur ce point l'absence de documents authentiquement certifiés.

Mais s'il a été dans son plan de ne rien avancer que d'après des actes signés par des officiers publics, on ne doit cependant pas refuser confiance à d'autres témoignages qui, sans avoir cette certitude légale, en ont une à peu près aussi grande. A vrai dire, ceux que l'on peut citer sur les leçons données par Gassendi ne sont pas, du moins en ce qui regarde Molière, aussi anciens qu'on s'y attendrait. En outre il y a des silences qui étonnent, surtout celui de la Préface de i68!». Parlant des études de Molière, elle se borne à dire qu'ayant été très bon humaniste, il devint encore plus grand philosophe'. Où? au collège de Cler-

1. Élomire hjrpoeondre, scène n du Divorcé comiquê^ p. 7$ et 89. a. JUch^ehes sur Molière^ p. 19. 3. Voyez ci-deMus, p. 96.

3a NOTICE BIOGRAPHIQUE

mont? S'agit-il d'une aalre école de philosophie? C'était bien l'occasion de la nommer. Pour expliquer l'étrange omission, supposerons-nous une discrétion prudente ? Molière se taisait-il habituellement lui-même sur un souvenir dont pouvaient s'armer contre lui ceux qui ne demandaient qu'à l'attaquer comme Épicurien en religion et en morale?

On remarquera la même lacune dans les Hommes illustres de Perrault ; là cependant elle embarrasse moins, les notices y étant extrêmement brèves.

Le premier des biographes de Molière dont on rencontre le témoignage sur les leçons de Gassendi est Grimarest. Il dit ^ que le jeune Poquelin avait fait au collège la connaissance de Chapelle et de Bemier ; et que, peu après, le père de Chapelle, M. Luillier, n'épargna rien pour la belle éducation de ce fils naturel « jusqu'à lui choisir pour précepteur le célèbre M. de Gassendi ». Celui-ci, « ayant remarqué dans Molière toute la docilité et la pénétration nécessaires pour prendre les connoissances de la philosophie, se fit un plaisir de la lui enseigner en même temps qu'à MM. de Chapelle et Bemier ». Grimarest ajoute. que Cyrano de Bergerac, qui avait assez mal confmencé ses études en Gascogne-, se glissa dans la société des disciples de Gassendi, et qu'il n'y eut pas moyen de fermer la porte à ce Gascon, qui était en effet très insinuant et fort difficile à intimider.

Biographes venus plus tard, Lasserre (1734) et Voltaire (1739) ne sont pas des autorités à invoquer : ils n'ont été évidemment que les échoji de Grimarest, aussi bien que Saint-Marc (i 7^5] dans ses Mémoires pour la pie de Chapelle. La Fie de Gassendi par le P. Bougerel (1737) a quelque^ lignes aussi sur les leçons données à Molière, dans le même temps qu'à Chapelle. Mais s'il en avait parlé d'après des renseignements particuliers, il ne les aurait point placées sous la date manifestement impossible de i63o, et, d'ailleurs, c'est Grimarest qu'il cite à la marge, comme unique source. Il n'avait pu citer, l'ayant trouvée muette sur ce point, la préface que Sorbière, son guide ordinaire, a fait imprimer

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