I. Au chapitre xxv
%. Mêgistre de La Grange, p. 65.
3* Istin du lo mai 1664.
SUR MOLIÈRE 3o5
ment improdenl, et lorsqu'il avait vonln s'aveugler sur Tinconvénient des âges disproportionnés, sur le caractère de sa pupille, après avoir eu tout le temps de l'observer, et lorsqu'il avait pris femme dans une famille dont il ne connaissait que trop les fâcheux exemples, surtout enfin lorsqu'il l'avait destinée au théâtre ; car l'y faire monter était une résolution arrêtée le jour tout au moins où il avait demandé pour elle une des parts d'acteurs. C'était là sans doute une &talité de sa vie de comédien et de son amour de sa profession, à laquelle il était attaché par trop de liens pour songer à les rompre. Ainsi engagé, il ne lui était guère possible de se marier hors d'un monde qui seul était le sien. Il avait donc fallu y choisir la compagne de sa vie. T9e pouvait-il cependant, pour la détourner d'entrer dans sa troupe, user de l'autorité que devait avoir sur elle celui qui l'avait élevée ? Mais outre une complaisance peut-être que, dans la faiblesse de son affection, il eut pour des goûts qu'elle avait naturellement pris dans sa famille et près de lui-même, il dut lui sembler qu'il ne rendrait pas tout commun entre euk, s'il la laissait étrangère à l'art auquel il s'était entièrement consacré, et qu'il avait fait inséparable de ses plus glorieux travaux. Tout cela se comprend, mais le vouait presque infailliblement au supplice de ne pouvoir jamais fixer cheE lui le respectable bonheur dont il était digne, ni le repos réclamé par ses fatigues.
Ycici quelle fut la journée des fêtes royales où l'on veut qu'il ait entrevu les épreuves qui lui étaient réservées.
Ce lut la seconde, celle du 8 mai^ A huit heures du soir, on y représenta la Princesse dÉlide^ dont le sujet était emprunté à une comédie espagnole de Moreto. Il avait dû se hâter, afin que le roi ne faillit pas attendre. La pièce cependant avait été commencée en vers, avec l'espérance de la pouvoir achever; mais le temps manqua; et lorsque les vers du premier acte et une quarantaine de la scène première du second étaient faits, un commandement du roi pressa le travail ; force fut, pour finir vite, de faire changer
I. Ccst la Traie date. L'édition de i68a la donne. Le Regutrt de La Grange donne à tort ceUe du 6 mai, ajoutée eu interligne. MoLtux. X ao
3o6 NOTICE BIOGRAPHIQUE
de ton et de couleur au dialogue, continué en prose. Il est resté en cet état, Molière sentant bien que 'sa comédie a^H partenait au roi telle qu'il la lui avait fait entendre à Versailles, et n'ayant pas d'ailleurs songé cette Ibis à travailier pour la gloire. Ifalgré tout, son léger ouvrage n'était pas sans agrément, et il y avait mis une galanterie qui ne pat manquer de plaire. Dès la première scène, le gomremeor du prince, héros de la pièce, donne à son élève, épris de la princesse d'Élide, les encouragements les plus assurés d'être bien reçus, et qui n'allaient pas seulement à l'adresse de l'amoureux Euryale :
Je dirai que l'amour sied bien à tos pareils.
Que ce tribut qu'on rend aux traits d'un beau visage
De la beauté d'une Âme est un clair témoignage,
Et qu'il est malaisé que sans être amoureux
Un jeune prince soit et grand et généreux,
et autres variations sur ce joli thème. Pour être juste, il faut se souvenir que, dans une œuvre autrement grave, le gouverneur du chaste Hippolyte lui conseille d'essayer si l'amour n'a pas quelque douceur, et de ne pas toujours écouter un farouche scrupule*. C'était donc le goût du temps, et si Racine l'a flatté, il ne peut être soupçonné d'un autre genre de flatterie dans sa tragédie de 1677. Une comédie n'était pas tenue à plus de sévérité que la moins éloignée de l'esprit chrétien entre toutes nos tragédies profanes. Mais nous ne Voudrions pas plaider l'innocence de Molière, On savait Louis XIV amoureux et, comme le dit Voltaire, « parmi tous les regards attachés sur lui, ne distinguant que ceux de Mlle de la Vallière ». Les vers qui louent la tendresse de coeur comme « une grande marque » chez un souverain, avaient donc un à-propos plus adroit que digne d'approbation. Molière, qui joua dans la pièce le rMe de Moron, ce pUUmtu^ qui sert avec grand zèle et beaucoup d'esprit la passion du prince d'Ithaque, risquait de faire dire qu'il n'était pas sans ressemblance avec son personnage. Ce qui seul laisserait, jusqu'à un certain point, hésiter