‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 151 sur 236 · Aujourd'hui la cinquième · texte numérisé non relu

Aujourd'hui la cinquième

3io NOTICE BIOGRAPHIQUE

plus chands défenseurs. Molière dk dans sa Préface que bait jours après l'interdiction du Tariuffh^ comme on avait joué devant ia cour Searamouehe enniie, le roi, en sortant, demanda à « un grand prince » pourquoi les gens qui se scandalisaient si fort de la comédie de Molière ne disaient mot de celle de Searamouehe. % La raison de cela, rëpon<lit le Prince, c'est que la comédie de Searamouehe^ joue le ciel et la religion, dont ces messieurs ne se soucient point; mais celle de Molière les joue eux-mêmes : c'est ce qu'ils ne peuvent souffrir. » Ce grand prince était le grand Condé. Sa vive et spirituelle remarque, si Molière Ta exactement datée de la semaine qui suivit la défense de représenter le Tarimffè^ ne saurait être que de 1664; car, lorsque la pièce fut interdite une seconde fois, le 6 août 1667, le roi, depuis deux m'ois, était en Flandre, dont il ne revint que dans les premiers jours de septembre. Ce serait, on le voit, dès la naissance de la pièce que le héros aurait témoigné l'intérêt qu'il y portait. Sa manière de penser offirit un contraste complet avec celle de son .frère, le prince de Conti.

Entre les deux représentations données au Kaincy, l'une en novembre 1664, l'autre dans le même mois de l'année suivante, se place, au Palais-Royal, celle du Festin de Pierre^ qui est du i5 février i665, lorsque Molière n'était pas encore venu à bout des entraves qui arrêtaient la représentation publique du chef-d'œuvre dénoncé comme scandaleux. Le Festin de Pierre ne put laisser de doutes sur sa ferme résolution de ne pas désarmer ; et par là cette comédie appartient trop à la lutte que nous avons commencé à raconter, pour que nous ne nous y arrêtions pas, avant de suivre les aventures du Tartuffe jusqu'à leur dénouement éphémère de 1667, puis jusqu'à leur vrai dénouement en 1669. Une fois rentrés, avec la comédie de 4665, dans l'ordre des dates, iV faudra parler des autres nouvelles œuvres de notre auteur représentées dans le temps qu'il attendait encore la délivrance de celle qui restait prisonnière d'titat, et aussi

I. La comédie, simple canevas probablement, était peut-être de Searamouehe lui-même. On a eu la sottise de l'attribuer à Molière.

SUR MOLIÈRE. 3si

des faits les plus marquants de sa vie qui ont rempli Tassée long interralle.

Lorsque Molière fit jouer le Festin de Pierre^ neuf mois s'étaient écoulés depuis la représentation à Versailles du Tartuffe inachevé, sans qu'il eût prouvé qu'il n'entendait pas cesser de travailler pour le théâtre. Quelle que soit la puissante originalité de la pièce, par laquelle il reparut dans la carrière, nous ne croyons pas qu'elle lui ait demandé beau* coup de temps. Il s'est contenté de l'écrire en prose : ce peut être une preuve qu'il la composa rapidement. Bien qu'il ne faille pas oublier son Tartuffe à terminer, il s'était, ce semble, moins pressé que de coutume de se remettre au travail. On est porté à se l'expliquer par le découragement dont, au reste, il eut un second accès après sa déception de 1667, et qu'il n'a pas alors dissimulé dans son deuxième placet au roi : « U ne faut plus que je songe à laire de comédie, si les tartuffes ont l'avantagea > Mais s'il n'est pas sans vraisemblance que dès le premier succès de ies ennemis il avait un moment pensé à briser sa plume, jusqu'à ce qu'il eût obtenu satisfaction, persévérer dans ce dessein n'était pas facile, lorsque son génie lui criait impérieusement : Marche I marche toujours! et lorsque d'ailleurs le roi, par ses ménagements, laissait la porte ouverte à l'espérance. H sut trouver dans un sujet que, dans l'intérêt de sa troupe, on lui demandait instamment de traiter, l'occasion de faire sa rentrée comme auteur, sans donner lieu de croire qu'il capitulât. 11 ne consentit en effet à mettre k son tour sur la scène la légende empruntée à Tirso de Molina, dont s'étaient emparés ses rivaux de l'Hôtel de Bourgog:ne et les comédiens italiens, et qu'ils avaient mis fort à la mode, qu'en se proposant d'y montrer que, loin d'abandonner le champ de bataille à la ligue formée contre lui, elle allait le retrouver sur la position dont elle s'était flattée de l'avoir délogé. A l'auteur espagnol le châtiment miraculeux de Don Juan avait inspiré un drame d'intention édifiante. Rien ne pouvait être changé au dénouement surnaturel; mais, ayant k le préparer par la peinture d'un

Page 1