La scène i de l'acte III, p. i35 et i
SUR MOLIÂRB. 33i
bien lui-même qui parlait; il passait ainsi par-dessus le danger de prêter le flanc au soupçon d'avoir voulu prendre partout sur son compte, et jusque dans des matières bien plus graves, Vincrédulité de Don Juan. Il était donc, comme le dit Sganarelle de son mattre, « impie en médecine ». U avait cependant un médecin, pour le fils duquel, un jour, il sollicita du roi un des canonicats de sa chapelle royale de Vincennes ', se disant très content de ce « fort honnête homme » , pourvu qu'il s'obligeât de ne le point tuer. De fait, il ne voyait en lui qu'un ami. Ce peu gênant médecin, qui dans le gouvernement de la santé de Molière avait une parfaite sinécure, était le docteur de Mauvillain, un traître à la Taculté, a-t-on dit, un faux frère bien capable d'avoir donné des notes pour le dernier intermède du Malade imaginaire. On raconte que Molière et lui étant un jour à Versailles pendant le dtner du roi. Sa Majesté dit à Molière : « Voilk donc votre médecin ? Que vous fait-il ? — Nous raisonnons ensemble, il m'ordonne des remèdes, je ne les fais point, et je guéris *. »
Molière, qui ne reculait jamais devant de nouvelles hardiesses, jugea que, dans sa comédie-ballet, ce n'était pas sssez d'avoir discrédité par ses railleries l'art de guérir. Il y attaqua les personnes mêmes avec une liberté aristophanesque, et quelles personnes ! messieurs les médecins de la conr, « traités en ridicules devant le roi, qui en a bien ri », dit, sans déplaisir, Gui Patin, peu tendre pour les Archiatrès atdiques. Il nomme deux des victimes du poète comique, Esprit [Bafys)j médecin 'de Monsieur, et Guenaut [Ma-^ eroion)^ médecin de la reine, avec eux des Fougerais [des Fonandrès), qui n'était pas delà cour. Quant aux « masques faits tout exprès » sous lesquels il veut qu'ils aient été représentés, c'est un conte qu'il n'aurait pas dû se laisser faire.
Brossette, dans une de ses notes manuscrites, d'accord
!• Voyez au tome IV, p. 395-397, son troisième placet, présenté an roi le jour même de la résurrection de Tartuffe^ en 1669.
9. Menagiaita (1674), tome II, p. aao. Grimarest, p. 78, a répète cette anecdote.
33a NOTICE BIOGRAPHIQUE
avecPatm sur les noms d'Esprit et de des Foagerais, dît de plus que Fillerin était Yvelin, médecin de Madame. Cest d'après une autre note du même Brdssette que Cizeron RiTa] ajoute d'Aquin (Tomes) ^ un des médecins du roi servant par quartier. On a raconté, mais sans preuves, que le roi anit lui-même indiqué à Molière ces grandes célébrités médicalet sur lesquelles il voulait bien qu'on l'égayât. Il n'a pu di moins manquer de reconnaître des personnalités rendues si transparentes par l'imitation de défauts physiques; mais les comédies de Molière l'amusaient, et ceux qui en dénonçaient les audaces lui paraissaient des importuns. Les médecins ne l'ignoraient pas, et Molière, dans sa préface do Tartuffe ^ publiée en 1669, les met au nombre de ceux qiû « ont souffert doucement qu'on les ait représentés ^ ». Il les en a récompensés dans la même préface par une complaisante palinodie, qui leur aurait mieux donné satisfaction s'il n'y avait glissé un piquant trait final, ce qui s'appelle ie penin danx la queue ; « La médecine est un art profitable, et chacun la révère comme une des plus excellentes choses (|ae nous ayons ; et cependant il y a eu des temps où elle s'est rendue odieuse, et souvent on en a fait un art d'empoisonner les hommes*. » L'épithète elle-même />ro/SraM0 donnée à cet art révéré, n'est peut-être pas sans malice dans son équivoque. Si donc les médecins ont d'abord filé doux, défionsnous de cette sagesse. Après la mort de Molière, ils mour trèrent bien par leurs insultes à sa mémoire qu'ils avaient prononcé in petto contre le railleur toutes les malédictions de Monsieur Purgon. Ce n'avait été que par nécessité qu'ils avaient pu feindre d'accepter sans mauvaise humeur les rires de Versailles, où, du 14 au 17 septembre i665, la pièce qui les tympanisait parut si agréable qu'elle fut représentée trois fois. Au Palais-Royal elle ne réjouit pas moins le public de la ville, pour qui elle fut jouée le aa septembre, et, après ce jour, vingt-sept fois jusqu'à la fin de i665| treîse fois jusqu'au 16 mai 1666.
Elle allait faire place à une œuvre d'une tout autre portée,