‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 156 sur 236 · I. Voyex au tome Y, p · texte numérisé non relu

I. Voyex au tome Y, p

a. iM Fiêéê M* Je Molière^ p. 188 et 189.

s'était trop élevé pour être suivi par le grand nombre, dont on ne peut savoir si la froideur ne Ta pas écarté d'une voie où il aurait trouvé d'autres œuvres de la même parfaite grandeur. Il se garda du moins d'un découragement, dont aurait suffi pour le préserver l'approbation des juges compétents, des esprits d'élite. S'il était moins bien compris par le gros du public, s'il n'avait pas, cette fois, un succès assez général, il sentait qu'il n'en serait pas toujours ainsi; et comme, en attendant,

Il faut fléchir au temps sans obstination,

il ne songea qu'à se préparer des succès moins contestés» se fiant d'ailleurs, pour que sa gloire n'en souSHt pas trop, aux infinies ressources que trouverait bientôt son géme.

Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit ailleurs^ de la manière difi(érente dont les critiques ont entendu ses intentions dans les rôles d'Alceste et de Philinte, et de la part que dans le premier il a faite et à l'admirable élévation d'une âme inflexiblement droite et à l'exagération qui rend cette inflexibilité plaisante. Une seule réflexion k ce suîet n'est pas de trop dans cette biographie. Qu'Âlceste, par moments, donne plus ou moins à rire, la peinture, faite avec une évidente sympathie, d'une honnêteté toujours digne de respect jusque dans sa comique raideur, a, dans le juge* ment à porter de la vie de Molière, le poids d'un incontes* table témoignage en faveur de son caractère. On n'exprime pas avec cette éloquence les haines vigoureuses de la vertu contre toutes les bassesses, contre les complaisances mondaines elles-mêmes, que « l'usage demande », sans avoir trouvé au fond de son cœur ces protestations d'une mâle sincérité; et quant à l'optimisme de Pbilinte, mélange d'égolsme et d'aimable bon sens, il est visible que, par ses meilleurs côtés, il ne déplaisait pas non plus à Molière, à sa philosophie, très éclairée sur les iniquités du monde et sur ses grimaces, mais en même temps sur la sagesse, sur la justice même qu'il y a de ne pas trop demander à l'imperfection

I. Dans la Notice sur U HumUhrope^ tome V, p. 357 et sni- Tsntes.

de la nature faumaine. Il nous a montré ainsi combien il aimait et « Tâpre Térité », comme a dit de lui un poète, et la raisonnable indulgence. Rien de ce qu'il a écrit ne jette plus de jour sur sa morale.

On a objecté, nous ne l'ignorons pas, qu'il s'était toujours proposé de faire une fidèle peinture des caractères et non de défendre des thèses de morale; mais hous n'admettons pas qu'il ait si peu songé dans le Misamhrope^ sinon à donner des leçons, du moins à exprimer ses propres sentiments. Les reconnaître dans une comédie où tant de paroles ne viennent pas seulement des inspirations de l'art, mais de plus haut, ne saurait être une illusion.

De telles œuvres ont bien des aspects. Jusque-là Molière avait fait justice de tel ridicule, de tel vice de la société. Voi^ qu'il intente i cette société un procès qui la met tout entière en cause; il en confie le soin à une fière ptobité, que Je train du siècle trouve en pleine révolte. Ce n'a pas été Ja moindre preuve de son courage; car, s'il risquait moins de soulever des inimitiés personnelles par la satire de tout le monde que par celle d'une coterie ou de quelque corps puissant, d'un autre côté dénoncer l'iniquité de son temps pouvait lui mériter le renom de frondeur, et l'on sait qu'il n'y en avait pas alors de plus dangereux. On a été toutefois beaucoup trop loin lorsqu'on a dit du Af/ jontArope : « Une pièce infiniment hardie (plus que le Tartuffe peut-être et plus que Don Juan). Car si Aleste gronde, c'est sur la cour plus que sur Célimène. Mais qu'est-ce que la cour, sinon le monde du roi, arrangé pour lui et par lui? Ces mauvais choix pour les emplois publics qui révoltent Alceste, qui donc les fait, sinon le roi'? » Molière n'était ni assez ingrat ni assez maladroit pour avoir eu la pensée d'attaquer le règne et de faire acte de mécontent. Pour demeurer dans la mesure, il aurait suffi de dire, que, sans donner à Louis XIV la moindre envie de l'envoyer à la Bastille, il montra autant que jamais une intrépide confiance dans les franchises de la comédie, lorsqu'il fit entendre les plaintes d'un homme de bien contre la justice tournée par l'intrigue

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