‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 165 sur 236 · Les Entretient gnleni^ VI* Entretien, tome II, p · texte numérisé non relu

Les Entretient gnleni^ VI* Entretien, tome II, p

Ils ont soin de leur parure avant que de se faire voir, et ils n'y pensent plus quand ils sont sur la soène; et si la Molière retouche quelquefois à ses cheveux, si elle raccommode ses nceuds on ses pierreries, ses petites façons cachent mie ssh tire judicieuse et naturelle. Elle entre par là dans le ridicule des fenmies qu'elle veut jouer; mais enfin, STec tons ces avantages, elle ne plairoit pas tant, si sa voix ëtoit moins touchante. »

Mais adressons-nous beaucoup mieux encore pour avoir de Bille Molière une image d'une ressemblance qu'on pmsse dire garantie, le peintre ajant été plus à même que qui que ce fût d'observer le modèle, dont il s'est efforcé d'auUeurs de ne pas cacher lès imperfections. Ce peintre n'est antre que Molière lui-même. Ce n'est pas d'aujourd'hui que Von a reconnu sa femme dans cette Lucîle d'une de ^8 comédies, qu'il a peinte avec amour, et toutefois avec la clairvoyance que rien, pas même sa tendresse, ne pouvait jamais lui /aire «perdre. Le portrait que, dans le troisième acte du Jhurgeois gentilhomme^ Cléonte fait de celle qu'il aime, tout en la croyant infidèle, n'est autre, d'après le Mercure de France de mai 1740*, que celui d'^Armande; et, pour le prouver, il nous a donné, à son tour, le portrait suivant, qne son auteur, quel qu'il soit, devait, très vraisemblablement, à des personnes ayant connu le modèle* : « Elle avoit la taille médiocre, mais un air engageant, quoique 'avec de très petits yeux, une bouche fort grande et fort plate ; mais faisant tout avec grâce, jusqu'aux plus petites choses, quoiqu'elle se mtt très extraordinairement et d'une manière

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«. On* en eût été plni certain encore si les denx lettres de 1740 avaient ëté ëcrites par Mlle Poiison, eomme on Ta dit très aou- Tent, et même dans notre édition, au tome III, p. 378-380, et au tome VIII, p. 16. Mais M. Monral, dans la prë&ce de sa récente édition des Lettres du Mercure sur Molière^ a très bien fait remarquer que ces lettres avaient presque tout tiré des Mémoires sur U rie et les ourreges de MoUère par La Serre (1734), et qne ces Mé^ moires n'attribuent à une fille de du Croisy que le portrait de Molière. Il reste infiniment probable que celui de Mlle Molière a été donné d'après de bons renseignements.

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presque Umjoart opposée à la mode du temps. » Ce signalement offre assez de différences avec celni de la fiUe de M. Jourdain pour n'en pas paraître une simple copie; en même temps assez de ressemblances pour que tous deux fassent reconnaître la même personne. On se serait d'ailleurs passé de cette preuve pour deviner à qui Molière avait pensé dans un portrait qu'il a marqué de traits trop particuliers pour être de pure imagination, et trop charmants pour qu'il ne les ait pas pris dans son cœur; il y a mis toutes les^ caresses de son pinceau. La scène où le valet Covielle essaye de le faire, et où Qéonte le retouche et le corrige, en amoureux entratné à oublier ses griefs, est une des plus délicieuses que Molière ait écrites.

Si souvent qu'elle ait été citée, et si présente qu'elle soit à toutes les mémoires, il faut replacer ici sous les yeux de ceu^ mêmes k qui elle est le plus familière, cette peinture achevée de la personne sur qui nous rassemblons ici tous les témoignages : « Elle, Monsieur I dit l'impoli Covielle, voilà une belle mijaurée, une pimpesouée bien bfttie, pour vous donner tant d'amoni^l Je ne lui vob rien que de très médiocre, et vous trouverez cent personnes qui seront plus dignes de vous. Premièrement, elle a les yeux petits. — CiJoifTz. Cela est vrai, elle a les yeux petits; mais elle les a pleins de feux, les plus brillants, les plus perçants du monde, les plus touchants qu'on puisse voir. — Govbixi. Elle a la bouche grande. -« CLàotcn, Oui; mais on y voit des grâces qu'on ne voit point aux autres bouches ; et cette bouche, en la voyant, inspire des désirs, est la plus attrayante, la plus amoureuse du monde. — Covolli. Pour sa taUle, elle n'est pas grande. —* ClMohtb. Non ; mais elle est aisée et bien prise. -« Covixllb. Elle affecte une non* chaiance dans son parler et dans ses actions. -« Chàoim. Il est vrai ; mais elle a grâce à tout cela, et ses manières sont engageantes, ont je ne sais quel charme à s'insinuer dans les corars. -« Covnaxs. Pour de l'esprit.... -« CLiovn. Ahl elle en a, Covielle, du plus fin, du plus délicat. {Cléontes'x connaissMt.) — Covna.Lz. Sa conversation.... — GiioiiTE. Sa conversation est charmante. — Covuixi. Elle est toujours sérieuse, — Ciiovri. Veux-tu de ces enjoué-

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menu, épanouis, de ces joies, tonjonrs ooYertes? et Toîs-tn rien de plus impertinent que des femmes qui rient à tout propos? -« GoYUELLi. Bfais enfin elle e^t capricieuse autant que personne du monde. — CiioNra. Oui, elle est capricieuse, j'en demeure d'accord ; 'mais tout sied bien aoz belles, on souffre tout des belles*. »

On aura sans doute reconnu un des traits qui n'avaient pas échappé i Robinet : Rien « n'est si mignon..*. C'est une miniature. » Et ces « manières engageantes » qui s'insinuent dans les cœurs, on les a trouvées déjà dans la citation que tout à l'heure nous avons faite de la Fametue Comédienng.

Dans l'agréable variante du Dépit amoureux^ que nous donne la comédie de 1670, ce n'est pas seulement en se fusant le peintre de sa femme que Molière nous a laissé une page de ses Mémoires, U nous apprend W qu'il n'avait pas cessé d'être sons le charme à cette date, ou du moins qu'il s'y laissait toujours ramener comme Horace dans son chant alterné avec sa Lydie. Quelle touchante déclaration à l'ingrate! et qu'il a d'envie, à l'exemple de son Ciéonte, de l'aimer, malgré tout, et de trouver injustes ses soupçons 1 Nous pouvons compter l'année oh. fut écrite cette jolie scène comme une de celles où il se prêta à une réconciliation. Quand on le voit prendre un extrême plaisir soit à la célébrer, soit à mettre tant de bonne grâce à l'offirir, on se refuse à admettre que jamais, aveuglement ou non, ses chagrins aient été au delà d'une crainte mal éclaircie des impardonnables infidélités. Il y a des offenses d'une telle nature, que le pardon serait une lâcheté. C'est assez de croire qu'ayant si réellement à se plaindre d'une coquetterie et d'une froideur qui le mettaient pi désespoir, Molière n'avait pas la force de se déprendre.

Un trait de son caractère, qtii ne doit pas être oublié, est l'empire que l'amour avait sur son cceur. Pour ne pas per^ mettre d'en douter, il suffirait des peintures qu'il a faites de cette passion. U serait peut-être presque aussi juste de dire le tendre Molière, que le tendre Racine. S'élevant dans

!• Le Bourgeois gsniUkùmmo^ acte HI, scène iz.

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mainte seine an-dessus des galants liens eonunnns de la comédie, il a donné, Ini aussi, sa plus véritable éloquence à l'amour, surtout à l'amour jaloux, non, comme Racine, chez les amantes, mais plutôt chez les amants. Cest tantôt Araolphe, tout ridicule qu'il est, tantôt le singulier, mais noble Alceste, ou Don Garcie, première épreuvç de ce rôle; c'est encore l'JÉraste du Dépit amoureux^ ou le Gléonte du Bourgeois gentilhomme. Celui qui faisait si bien parler à ses personnages un langage passioipé, ne le parlait sans doute pas plus mal pour son compte. Dans sa galanterie de mari amant, nous nous le représentons singulièrement aimable. Il semble donc qu'il lui deyait être facile de trouver le chemin d'un cceur, surtout avec le prestige de sa gloire de poète, qui rendait sa tendresse très flatteuse. En avoir été peu touchée fait peu d'honneur à Mlle Molière.

On a cependant réclamé contre la sévérité, même la plus adoucie, des jugements portés sur elle; on a parlé de torts réciproques et, pour expliquer les dissensions domestiques, allégué l'incompatibilité des humeurs. Le caractère inquiet de Molière, a-t-on dit, et ses emportements jaloux, ont irrité la fierté de sa femme, qui chercha par des bravades de coquetterie à se venger d^ne fatigante défiance. Cette apologie de MUe Molière est au moins excessive, et nous ne croyons pas ju^te de tenir la balance égale entre les deux époux; mais nous ne faisons pas difficulté de reconnaître le désaccord des caractères, et certains côtés de celui de Molière propres à effrayer une jeune femme frivole. Sans doute le grand homme lui paraissait bien philosophe, bien rêveur, souvent trop triste, et, sous le poids d'un incessant travail, plus tourmenté qu'elle ne l'eût voulu pour son agrément et sa commodité, du besoin d'un intérieur tranquille et d'une tendresse égale à la sienne. La jalousie qui était dans sa nature, et que, dans la vie comique, on jugeait une bizarrerie, faisait de lui pour cette Béjart un importun, un mari gênant. Elle devait dire comme Célimène dans un de ses billets : « 11 est cent moments où je le trouve le plus fâcheux du mondée » Et puis n'était-il pas facilement irri-

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