‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 17 sur 236 · I. Hittoriettes^ tome IV, p. 19s- igS · texte numérisé non relu

I. Hittoriettes^ tome IV, p. 19s- igS

a. Ménage nous a conserrë Tacte de cette légitimation dans son Dietioïïmaire étpnologique, au mot Chapelle : « Il est fait mention de la bâtardise de ce poète la Chapelle dans les légitimations de la Cour des comptes en ces termes : « Charle Enunac nuel Luillier, fils de M* François Luillier, M* des comptes, et < de Marie Chanut, femme mariée et éloignée de son mari. Jan- « Tier 164a. »

SUR MOLIERE. 4i

esprit, qu'il prodiguait à fonds perda dans mb entretiens,

n'a pn lui snryiyre. Ses petits vers cependant, surtout ceux

de son voyage avec Bachaumont, ont un agrément que Ton

goûte encore, mais dont on ne voit pas bien le rapport avec

ses fortes études. Bemier, dans Tëpitaphe' qu'il a écrite sur

« l'aimable philosophe », comme il l'appelait, a fait de lui

un éloge qui n'est pas trop exagéré : « Jamais la nature ne

fit une imagination plus vive, un esprit plus pénétrant, plus

fin, plus délicat, plus enjoué, plus agréable. Les Muses et les

Grâces ne l'abandonnèrent jamais. Elles le suivoient jusque

chez les Crenets et les Boucingaults, où elles savoient attirer

tout l'esprit de Paris.... A l'ombre seule il connoissoit le fat,

et le toumoit en ridicule. L'illustre Molière ne pouvoît vivre

sans Chapelle. U avoît reconnu de quel secours lui étoit un

critique de si bon goût.... *

QueJque embarrassé que l'on soit, tout d'abord, pour trouver dans la verve facile de Chapelle et dans l'épicurisme tout pratique de ce coureur de cabarets la trace des graves leçons que sa jeunesse avait reçues, il est certain qu'il n'avait pas étudié sans fruit. « U joignît, dit Titon du Tillet', à la philosophie que le célèbre Gassendi lui avoit enseignée une grande connoîssance des auteurs grecs et latins. »

Une lettre que Bemier, en juin 1668, lui envoya de Chiras en Perse', est fort curieuse k plus d'un titre, et notamment parce qu'elle nous fait faire connaissance avec un Chapelle ressaisi dans certains moments par les souvenirs de son apprentissage philosophique et par des velléités passagères de travaux qui attestaient quelles provisions de science sérieuse il avait faites sous Gassendi : « Mon très cher, lui écrivait-il, j'avois toujours bien cru ce que disoit M. Luillier, que ce ne seroit qu'un emportement de jeunesse, que vous laisseriez cette vie qui déplaisoit tant à vos amis, et

I. On la trouTera dans le Journal de* S^apans du 7 juin 1688, p. 35. Bernier Ta adreMée à Mme de la Sablière, en la priant de la montrer à la Fonuine.

s. Description du Pënuuse fratçois (1717), p. i38 et 139.

3. Elle est aux pages 169-205 du tome II des Voyage* de frai^ cois Bemier^ Amsterdam, 1699.

fa NOTICE BIOGRAPHIQUE

que vous retourneriez enfin à l'étude avec plus de vîgnear que jamais. J'ai appris dès l'Hindoustan, par les dernières lettres de mes ^mis, que c'est à présent tout de bon, et qu'on vous va voir prendre l'essor avec Démocrite et Épicure bien loin au delà de leurs flamboyantes murailles du monde, dans leurs espaces infinis, pour voir et nous rapporter victorieux ce qui se peut et ne se peut pas... sur l'existence, l'unité et la providence de Dieu.... Je me promets que vous donnerez bien ceci à ma prière, qui est de repasser un moment sur ces pensées si ingénieuses et si agréablement tournées qu'on a su tirer de vos Mémoires, sur tant d'autres fragments de même force que je sais qui y ont resté. »

Ces Mémoires de Chapelle sembleraient avoir été quelques parties des leçons de Gassendi, soit recueillies au temps où il les avait entendues, soit écrites plus tard de souvenir, quand le vent soufflait de ce côté-là, et qu'il était < dans cette netteté d'esprit et humeur philosophique » où, comme le lui disait la même lettre, il se trouvait < quelquefois le matin » à l'heure où il ^tait encore à jeun. Bemier, avec sa lettre, donnait un coup d'aiguillon dans l'eau, dans une eau, qui, remuée un moment, redevenait stagnante. Il nous a du moins permis de surprendre quelques regards du paresseux jetés en arrière vers les savantes études qu'il avait été capable de comprendre. Lorsque Voltaire, dans les vers d'une lettre à ChaulieuS évoque l'ombre de Chapelle, il le voit approcher

.... sa lyre en main,

Et son Gassendi dans sa poche.

Cette poche sent l'épigramme. Voltaire cependant n'a pas voulu dire que Gassendi n'en sortit jamais; car il se commente ainsi lui-même dans une note : « ... Toutes les fois qu'il s'enivrait, il expliquait le système (de son mattre) aux convives ; et lorsqu'ils étaient sortis de table, il continuait la leçon au mattre d'hdtel. » On connaît la piquante anecdote contée par Grimarest* du temps perdu sur un bateau par

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