‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 18 sur 236 · I. Écrite le i5 juillet 1 716. — s. Aux pages ii5-9ii · texte numérisé non relu

I. Écrite le i5 juillet 1 716. — s. Aux pages ii5-9ii

Chapelle à prendre un Minime, qu'il ne savait pas un simple frère lai, pour arbitre dans sa discussion avec Molière, celui-ci se déclarant pour la philosophie de Descartes, Chapelle défendant avec vivacité celle de Gassendi.

Nous retrouverons plus d'une fois Chapelle dans la vie de Molière; car leur intimité dura jusqu'au dernier jour de notre poète. Si c'est un reproche à faire à Molière, il ne faudrait pas rëpargner davantage, non seulement à la Fontaine, qaî n'était pas un sage, mais à Racine et à Boileau. Tous ces illustres ont été séduits par le gai causeur, dont l'esprit naturel, très cultivé aussi, était supérieur à ses légères productions. Louis Racine a soin de nous dire qu'ils faisaient au pécheur de conUnuelles réprimandes*, dont tout à l'heure parlait aussi Rernier. Si inutiles qu'elles aient été, elles les dégagent d'une trop compromettante solidarité avec le grand enfant incorrigible. Ce n'était pas de sa morale, mais de ses lumières, comme littérateur, qu'ils marquaient faire cas, lorsqu'ils lui demandaient ses avis, souvent très bons, sur leurs ouvrages. Boileau, d'après le Bolmana*, lui reconnaissaât « bien du goût tant pour écrire que pour juger. > Molière le consultait si volontiers que l'on avait répandu le bruit d'une collaboration. C'était faire beaucoup trop d'honneur à Chapelle ; si fin plaisant qu'il fût, il n'aurait jamais BU écrire une scène de comédie. U a peut-être fourni à Molière quelques traits, et proposé quelques judicieuses critiques : rien de plus.

Bemier est, avec Chapelle, le seul que Boileau, au dire de Brossette, avait cité comme un des auditeurs, chez Luillier, des leçons de Gassendi, et il l'avait fait en termes assez singuliers pour que nous les croyions textuellement reproduits : < Dans le même temps (que Chapelle) Bemier étoit chez M. Gassendi, comme une espèce de secrétaire ou de valet '. » Faletj ce doit être, comme en ce temps-là Ton eût pu s'ex-

I. Mémoires sur la vie de Jean Racine^ au tome I des Œuvres de Âaeine^ p. s35.

a. Page 96.

3. A la suite du passage du manuscrit de Brossette, d-dessn cité k la page $9.

primer aussi, garçon philosophe, ou, comme nous dirions, le fiunulus du maître. Le mot de Boileau, qui ne choque peutêtre qu'aujourd'hui, nous paraît donc avoir été simplement pour lui synonyme de secrétaire. Plus loin, dans le même manuscrit, Brossette, revenant sur Bernier, dit qu'il « prenoit soin de la Chapelle^ », apparemment comme répétiteur. Le tableau de la petite réunion philosophique devient plus net, et quelques difficultés nous semblent s'éclaircîr, particulièrement celle-ci que Boileau n'a pas nommé Molière comme un des élèves de Gassendi : il n'y en eut qu'un, en titre, Chapelle. Bernier était là pour faire l'office de modeste auxiliaire du maître, tandis que Molière et Cyrano avaient leurs entrées, moins comme disciples, à proprement parler, que comme auditeurs surnuméraires : deux ombres amenées au festin d'Epicure par le véritable invité.

Saint'Marc veut que Bernier se soit, de même que Biolière, lié d'amitié au collège avec Chapelle'. Ce n'est peut-être qu'une conjecture. Mais que Chapelle, évidemment moins âgé que le secrétaire, l'ait eu ou non pour camarade à- Clermont, ce fut lui qui l'introduisit près du maître. Sur ce point nous avons le témoignage de Bernier lui-même. Ecrivant à Chapelain le lo juin 1668, il le priait de remettre à Monsieur Chapelle, en main propre, la lettre que plus haut nous avons citée', et disait, saiis aucune allusion d'ailleurs è leur camaraderie de collège : « C'est lui qui le premier m'a procuré cette familiarité avec Monsieur Gassendi..., qui m'a été si avantageuse ; ce qui fait que je lui suis extrêmement obligé, et que je ne puis que je ne l'aime, et ne me souvienne de lui, quelque part où je sois*. »

Toute modeste qu'on veuille se représenter la place faite à Bernier dans le savant cénacle, il resta le disciple le plus attaché à la doctrine, et de tout temps, comme il le prouva

I. Ms. de Brouette, p. is5. La note sur Bernier se rapporte aux vert 33 et 34 de TÊpitre t. BroMette renvoie à la page 157, qui est celle des Œuvres de Boileau, dans Tédition de 1701 (in-ia).

s. Mémoires pour la vie de Chapelle, p. xxtii.

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