I. Ms. de Brossette, p
s. Voyez aux Pièeet juttifieeiivet^ n* XI, Taeu de baptême en date du i" octobre 1679.
Xtf Maledê tmagUuurê^ acte I, scène vii, p. 317.
358 NOTICE UOGRAPHIQUE
faite, quitta -l'usage du lait, qu'ih n'avait pas discontinai jusqu'alors, et il se mit à la viande. Ce changement d'aliments redoubla sa toux et sa fluxion sur la poitrine *. »
Dans un temps très antérieur, où la désunion dans le ménage ne pouvait être déjà supposée, on n'a pas en it cher» cher dans la naissance d'un enfant l'itfdication d'un moment de réconcUiation. Le premier né, Louu, celui qui fut le filleul du roi et de la duchesse d'Orléans*, était Tenu an monde le 19 janvier 1664'. Il va sans dire qu'à une époque si voisine du mariage, on ne vivait pas séparés. Tout an plus y aurait-il quelque conjecture à tirer de la naissance, en août i665, d'une fille, qui d($vint en lyoS Mme de Montalant. Si les querelles dont les fêtes de mai r664 furent, dit-on, l'occasion, étaient plus certaines, il faudrait croire qu'elles ne tardèrent pas à s'apaiser. QueHe que soit la valeur dune preuve de retour à la concorde, que semblerait fournir U naissance de l'enfant desthié seul à survivre à ses parents, c'est plutôt son baptême* qui offre un lût curieux de la vie de MolièrjC.
Cet enfant reçut les prénoms d'Esprit-Maddeine, dont l'un lui était donné par son parrain. Esprit de R^ond, marquis de Modène, l'autre par sa marraine, Madeleine Béjart. On ne voit pas sans quelque étonnement reparaître ce Modène. Lorsqu'on^ regarde comme vraisemblable que Madeleine Béjart était la grand'mère de la petite baptisée, la. pensée vient assez naturellement que le parrain pouvait bien être le grand-père; mais, en l'absence de preuves *plus décisives, nous l'avons déjà dit^ ce ne sera jamais qu'une conjecture. De quelque manière qu'on cherche à expliquer le choix comme parrain de l'homme qui avait été avant Molière l'amant de Madeleine, il ne fait pas bonne figure dans ce baptême de 166S. Tout ce qui est regrettable dans la vie
i. La rie de M. de Molièrf, p, «80 et a«i. 9. \ojez ci-deMus, p. 369.
3. Il mourut quelques mois après, \e ïi novembre 1664. Vojcs aux Pièces justificatives^ n* X.
4. Voyez aux Pièces justificatives^ n* XIÏ, Pacte de ce baptême. 5* Vojez ci-dessus, p. a6i et 26 >•
sua MOLIÈRE. 359
privée de Mc^ère, tout ce qui a blessé non seulement le bonheur, mais la dignité de cette vie, est venu des liaisons avec les Béjart, du mariage qui les a rendues plus étroites encore. Il n'en, est sans doute pas moins resté chez notre grand poète de nombreuses marques du caractère de l'honnête homme; mais on ne les reconnaît pas toujours au milieu des mœurs, trop acceptées par lui, de ce monde du théâtre auquel étaient étrangères Jes délicatesses d'un cœur capable de trouver en lui-même l'inrage du noble AJceste. De là, entre telles et telles faiblesses de la conduite de Molière et le sentiment qu'il avait certainement de l'honneur, un désaccord qui dut être une de ses souffrances.
n nous tardait de sortir des misères, imparfaitement connues d'ailleurs, de sa vie domestique, pour le retrouver au milieu de ses brillants travaux, dont, avec la comédie du Misanifuvpe^ nous avions conduit l'histoire jusqu'à l'année 1666 ; mais, avant de la continuer à partir de cette date, laissons-nous ramener aux deux années précédentes^ qui virent paraître sur la scène du Palais-Royal les premières tragédies de Racine. Ce n'est pas le théâtre où elles furent jouées qui -les rend surtout intéressantes dans une biographie de Molière : c'est la déplorable rupture que la seconde amena entre les deux grands poètes, qui seront à jamais la gloire <ie la scène française, et que nous admirons et aimons l'un comme l'autre. • •
Rien de plus connu que leur brouille. Nous ne nous étonnons pas que l'on ait généralement prononeé en faveur de Molière : la bonne intelligence ne fut pas troublée de son fait. Il n'était cependant pas nécessaire d'être aussi dur poor Racine qu'on l'a été trop souvent, et d'aggraver ses torts avec une passion qui, chez quelqu^-ims, semblerait plutôt une inexplicable antipathie pour lui que beaucoup de sympathie, très méritée, pour Molière. Nous voudrions rester dans la justice et l'impartialité.
Dès 1660, Racine, âgé de vingt et un ans, aspirait à faire jouer par les acteurs du Marais une pièce de sa composition, VAmasie; et l'année suivante, il en destinait une autre, les Amours dChide^ à l'Hôtel de Bourgogne. Ayant de si bonne heure la vocation du théâtre, il n'avait pu demeurer
36o NOTICE BIOGRAPHIQUE
longtemps sans relations, plus on moins suivies, sTec un eomédien qni, mieux encore, était un très célèbre poète. Une de ses lettres, écrite en novembre i663, avant qa'3 n'eût été introduit auprès de Boileau, prouve qa'il connûi* sait déjà Molière, et sans doute assez familièrement. 0 dit dans cette lettre qu'il l'a trouvé au lever du roi, qui loi < t donné asses de louanges. Et j'en ai été bien aise pour lui; il a été bien aise aussi que j'y fusse présent «. Ne nous ar> rêtons pas au petit trait de malice, qui n'est pas assurément une grande méchanceté. Nous avons seulement vonlo citer une preuve qu'on ne se voyait pas ce jour^lâ pour la première fois. Une autre lettre, écrite quelques joors après, l'établit plus expressément : « Je n'ai point vu i'Impnmptu^ ni son auteur depuis huit jours. » Une semaine sans se rencontrer n'était donc pas très ordinaire. C'est à la fin de la même lettre que se trouve un passage vivement reproché è Racine : « MontHeury a fait une requête contre Molière*, et l'a donnée au Roi. Il l'accuse d'avoir épousé la fille et d'avoir autrefois couché avec la mère. Mus Montfteury n'est pas écouté à la cour. » Hé quoi! a-<-on dit, pas un mot d'indignation contre une dénonciation odieuse 1 N'est-ce pas avoir grande envie de faire une querelle à Racine? U donne simplement à son jeune ami, l'abbé Le Yasseur,une nouvelle ti^s exacte, sans la moindre intention d'approuver cette lâche requête ; il nous paraît plutôt empressé d'en constater le mauvais succès à la cour. Une protestation, ce nous semble, n'aurait été utile que dans un écrit public. An reste, n'oublions pas que très vraisemblablement Racine, comme tout le monde, croyait bien savoir qu'Armande Béjart était la fille de Madeleine, autrefois maîtresse de Molière; il n'aurait donc pu flétrir dans l'accusation de Monfieury qu'une assez probable intention d'insinuation calomnieuse. Pour trouver Racine décidément criminel, on s'est plu à supposer que l'autographe conservé à notre Bibliothèque nationale n'est qu'une copie inexacte, et que Louis Racine
I. V Impromptu de FertmiUs^ qui aTait été donné pour la première fois sur le cbéâtre public le 4 novembre i663« 1. Vojes ei-deasut, p. a65.
SUR MOLIÉRB. 36i
a donné le vrai texte de la lettre originale. À d'antres! Est-ce qu'il n'est pas clair que le bon fils, scrupuleux jusqu'à la maladresse, a cru bien faire de corriger des expressions dout la crudité scandaliserait? Il n'avait pas su prévoir qu'en, aggravant les paroles de l'accusateur, il donnerait des armes contre celui qui les avait répétées sans réclamer. Partant de là, on s'écrie : Racine rapporte une atroce calomnie froidement et sans prendre la défense d'un ami, d'an bienfaiteur; car, pour rendre son cas plus mauvais, on le représente comme ayant été, « dès son adolescence, l'objet des soins de notre comique, qui guida ses premiers pas dans la carrière littéraire, l'accueillit dans sa société intime, produisit son talent à la cour et le combla de ses libéralités^. * Racine produit à la cour par Molière est une plaisante imagination. Pour le reste, on s'en est fié à des autorités, dont il était facile de reconnaître de poids plus que léger. Voltaire a dit : « C'est peut-être à Molière que la France doit Racine. Il engagea le jeune Racine, qui sortait de Port-Royal, à travailler pour le tbéâtre dès l'âge de dix-neuf ans. Il lui fit composer la tragédie de Théagène et Charidée; et quoique cette pièce fût trop faible pour être jouée, il fit présent au jeune auteur de cent louis, et lui donna le plan des Frères ennemis^. » Voltaire s'est laissé conter ces histoires par Grimarest. Dans le récit de celui-ci, Molière, sachant que l'Hdtel de Bourgogne devait donner une pièce nouvelle dans deux mois, résolut d'en avoir |jne toute prête pour ce même temps, et se souvint d'un jeune homme qui, l'année précédente, lui avait apporté une tra« gédie intitulée Théagène et Char idée*. Sans en être satisfait, il y entrevit des germes de talent ; et comme il avait (ait lui-même un dessein des Frères ennemis^ il fit chercher, pour l'exécuter, l'auteur novice, mais de quelque espé-
I. Taschereau, Histoire de la pie et des ouvrages de Molière^ P* 99* 9. OBupres complètes de f^oltaire (ëdition Moland), tome XXUI,