I. Parnasse froaçois^ p. 4is
a. Bistoire de C Académie françoue ( 1 729) , tome II, p. 33 1 et 33a. — MouàsB, X 14
père n'avait pas de son côté moins galamment défendu Molière contre ses détracteurs. Comme, après la première représentation dtt Misanthrope, on était venu, pour lui faire plaisir, lui annoncer que la pièce était tombée, que rien n'était plus froid, il répondit : « Je n'en crois rien, parce qu'il est impossible que Molière ait fait une mauvaise pièce. Retoumez^y, et examinez-la mieux ^ » Cette justice réciproquement rendue en pleine brouille, est si digne de cet grands esprits, que nous ne voulons pas la révoquer en doute, malgré une autre petite histoire, qui ne laisserait jmis k Molière l'honneur de son bon goût et de son éqm'té. Dans la Promenade de Saint-Cloud, écrite en 1669, un des interlocuteurs du dialogue dit que Molière 4ivait un moment eu dessein de dénouer son Tartuffe par une nullité de donation, mais qu'il y avait renoncé parce que ce dénouement était un procès; « et je lui ai oui dire que leâ plaideurs ne valoient rien ». Conte bien suspect, inventé sans doate pour amener un assez plaisant jeu de mots. Du côté teutefois de Racine, avouons que, sans être incrédule au témoignage de son fils qui lui fait rendre hommage à Molière, dans le temps du JRf r>â/?rAro/>^ mal jugé, une phrase de l'avis Au lecteur, dont il a fait précéder ses Plaideurs, nous gâte son bon procédé de 1666 : « Ce n'est pas que j'attende un grand honneur d'avoir assez longtemps réjoui le monde. » Mais, étant plus que qui que ce soit du genus irritabile potum, il s'était cru sans doute autorisé à lancer contre le domaine de Molière ce trait de dédain, au moment des représentations de la FoUe Querelle sur le théâtre de celui qui réjouissait le monde. Si l'on en ôroit le Bolœana, Boileau aurait éu à relever ce propos désobligeant de Racine sur la comédie de V Avare : « Je vous vis dernièrement à la pièce de Molière, et vous riiez tout seul sur le théâtre. » Son ami, qui n'était pas moins celui du poète comique, lui répondit : « Je vous estime trop pour croire que vous n'y ayez pas ri intérieurement*. » En
Louis Racine, dans ses Mémoires, p. 147, a emprunté cette anecdote à Yalincour.