Voyez à la page 61 de la Fie de M. de Molière
la fit même annoncer ; puis il la donna à l'Hôtel de Bourgogne. Grande indignation de Molière et de Baron et Vive altercation entre celui-ci et Puymorin, dans laquelle Baron traite Racine de « malhonnête homme ». Molière alors lui reproche d'avoir manqué à la politesse en parlant ainsi de Racine k un de ses amis, mais, en même temps, avoue que lui-même « répandoit partout la mauvaise foi de Racine et faîsoit voir son indigne caractère à tout le monde ». Yoilàde quoi réjouir ceux qui n'ont pas de sympathie pour Racine. Son Briuumicus promis à la troupe de Molière, pois confié à une autre, devient un pendant du mauvais proche de son Alexandre^ dont on s'est armé si souvent contre lui; en outre on apprend que Molière n'Uvait cessé de le mésestimer. Mais l'assertion è[ue l'auteur de Sritanniau s'était engagé à le faire jouer au Palais-Royal est-elle digne de UAi
Supposera-t-on que la pensée de se rapprocher de Molière ait été inspirée à Racine en 1669 par la mort, â la fin de l'année précédente, de Mlle du Parc, à qui il avait destiné sans doute le rôle de Junie; et qu'après s'être assuré qu'à UHôtel de Bourgogne Mile d'Ennebaut le jouerût bien, il se serait dégagé? Il n'y a pas trace ailleurs de l'anecdote; elle nous paraît très suspecte. Invraisemblables surtout sont les dures paroles prêtées à Molière. O serait un triste chapitre qu'il faudrait ajouter, s'il n'était pas si douteux, à l'histoire de la petite guerre entre les deux grands poètes ; mais tout conseille de s'en tenir à ce que nous avons raconté , d'incontestable dans cette histoire, et qui noas laisse à dire seulement quelques mots sur une alliance entre Corneille et Molière, facilitée par la brouille dont XAleaxuidre avait été l'occasion.
Le père de notre tragédie n'avait pas toujours été bienveillant pour le poète comique, ni pour sa troupe. U les apprécia davantage lorsqu'eut cessé de leur être confiée la fortune du jeune homme dont la gloire naissante l'inquiétait. De son côté Molière ne put que se féliciter de trouver à opposer au nouvel auteur tragique, dont il avait à se plaindre, celui dont le nom était depuis longtemps si grand. Trois mois environ après la représentation de t Alexandre à l'Hôtel de Bourgogne, Corneille y avait fait jouer son Agésilas
le !i6 février I666^ Cet Jgésiias, que Robinet appelle charmant, n'eut pas de succès et fit dire heias! à Boileau. Ck>rneUle ne crut probablement pas qu'il eût été trahi par le jeu des Grands comédiens ; et s'il donna à un autre théâtre la tragédie dont il le fit suivre, ce fut plutôt pour ne pas s'exposer à l'inconstance du public sur la scène même où venait de triompher son jeune émule. Le 4 mars 1667, la troupe de Molière représenta \ Attila, « pièce nouvelle de M. de Corneille l'atné, pour laquelle on lui donna 1000 livres, prix fait' ». A en juger par les vingt représentations, la majorité des spectateurs ne se hâta pas de signifier le holà! au roi des Huns, bien soutenu par les acteurs du Palais- Royal, si toutefois Subligny n'a pas mis trop de complaisance à dire qu'ils le jouèrent
Avec toute la force et l*art Dont on crut jusqu'ici capable Le seul Hôtel inimitable >.
C'était quelques mois avant V Andromaque, qui fut au théâtre de cet hôtel la seconde victoire de Racine, plus éclatante encore que celle qu'il avait remportée dans V Alexandre. La lutte se prolongea entre les deux poètes tragiques et les deux troupes. En 1670, il y eut, au signal donné par Madame, la bataille des deux Bérénice, Corneille et le Palais- Royal, qui n'avaient pas cessé de combattre en alliés, furent enveloppés dans la même défaite.
C'est avec ses propres ouvrages que Molière fut toujours assez fort pour n'avoir à craindre aucune rivalité et, dans la comédie, maintenir sans contestation sa supériorité. Reprenons l'histoire de ses pièces où nous l'avions laissée.
Au Misanthrope il fit succéder, après la vingt et unième représentation, une joyeuse comédie, sa veine de gaieté ayant sans doute besoin de couler à son tour. Il n'avait pas beaucoup de violence à se faire pour s'accommoder au goût du grand nombre, qu'il n'avait pas assez réussi à élever, à sa suite, jusqu'au plus haut comique. Il eut probablement
1 . Lettré en vers de la Gravettc de Mayolat, du a8 féTrier i666«