Jm Mmse Dmiphine, du 10 mart
vite fait de refondre une farce, tirée des vieux fablianx, qu'il avait fait jouer en 1661 sous le titre du Fïtgotier^ et qu'alors on désignait quelquefois sous celui du Médecin par force. Elle devint en 1666 le Médecin malgré lui^ qui fut représenté pour la première fois le 6 août. Avec quelque rapidité que Molière lui eût donné une forme nouvelle, peut-être n'a-t-il jamais rien écrit d'inspiré par une verre plus plaisante. Il y court d'un bout à l'autre un torrent d'esprit; et, chose bien rare dans une farce populaire, le badinage est semé de traits des plus fins. On va trop loin lorsqu'on dit que Molière eut la pensée de faire soutenir son Alceste par le fagotier Sganarelle. L'appui d'une farce était inutile pour maintenir encore quelque temps sur U scène sa grande comédie ; et s'il n'y avait pas lieu pour le moment d'être entièrement satisfait de la fortune du Mistat" thrope^ Molière devait compter sur la justice de l'avenir.
Le I*' décembre de la même année 1666, commencèrent au château de Saint-Germain les fêtes royales, qui y retinrent la troupe du roi jusqu'au ao février 1667. Molière avait reçu l'ordre de préparer quelques nouveautés pour ces divertissements. Sa contribution dans le Ballet des Muses fut Melicerte, la Pastorale comique et le Sicilien. On peut passer rapidement sur Mélicerte, un de ces petits ouvrages que, sans demander le consentement de la Muse, le roi commandait pour être prêts à jour et heure fixes, et ne donnait pas même le temps d'achever. Mélicerte ne se présenta qu'avec ses deux premiers actes, qui ne font qu'engager l'action. Telle qu'elle était, et qu'elle est restée, elle a des passages agréables; Molière cependant, à qui il suffisait d'avoir obéi, ne jugea pas qu'elle valût la peine d'être con* duite plus loin. Le souvenir qu'a surtout laissé la représentation à Saint-Germain de cette bergerie héroïque est l'incartade de Baron, qui, après y avoir joué le rôle de Myrtil à côté de Mlle Molière, mais à contre-cœur, ne pouvant lui pardonner l'injure d'un brutal soufflet, osa solliciter du roi, avant la fin des fêtes, la permission de se retirer, ne voulut plus rentrer dans la maison de son bienfaiteur, et se remit dans la troupe de la Raisin, dont Molière l'avait tiré. La très courte Pastorale comique mérite encore moins qu'on s'y
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arrête, malgré quelques vers de ses chansons, qui sont d'une gentillesse piquante. Au contraire, le Sicilien^ représenté à la fin des divertissements, sera toujours admiré comme un précieux bijou. Il est vraisemblable que Molière avait déjà cette comédie sous la main, quand on lui demanda d'apporter son concours au Ballet des Muses. Voltaire a trop peu dit, quand il a parlé ainsi du Sicilien : « C'est la seule petite pièce en un acte où il y ait de la grâce et de la galanterie. » Non seulement galantes et gracieuses, mais d'une couleur aussi nouvelle que charmante, ces quelques scènes ne nous offrent pas une des moins frappantes preuves de rétonnante variété de son talent. Et c'est lui qu'on a souvent accusé de ne faire que copier les autres, quand il ne s'est jamais copié lui-même I
Très content de la troupe de Molière, et surtout de son chef, dans les amusements de Saint-Germain, le roi ne les hÔB^ point partir sans leur avoir fait compter, outre le prix da voyage, deux années de leur pension montant à douze mille livres'. Aux demoiselles Molière et de Brie, qui avaient joué dans le Sicilien^ il fit présent de deux riches mantes'*
On est un peu étonné que la première de ces deux actrices ait été chargée du personnage de l'esclave Zalde.^ comme l'atteste le livre du ballet, et la seconde de celui, de l'autre esclave, Isidore, qui est le principal rôle de femme. Serait-ce un de ces moments où l'on pourrait soupçonner que Molière était irrité contre sa femme? Il y aurait pkis de vraisemblance encore dans cette conjecture, s'il était plus certain que, dans Mélicerte^ Mlle du Parc eût représenté l'amante de Myrtil, et Mlle Molière une des bergères les moins favorisées par l'amour et par la fortune. Peut-être aussi Molière, se souvenant de la Princesse dÉlide, ne se soucia-t-il pas de faire briller à Saint-Germain, comme à Versailles, la coquetterie de sa femme dans une fête de la cour. Mais, quoique le plus sûr soit de ne pas toujours chercher dans ses pièces des allusions à ce qui se passait