I . Le Sicilien, scène xnii
SUR MOLIÂRE. 877
qui regardait son Tartu/fe comme enfin dégagé de ses liens, ou jugeait expédient, après* une promesse plos ou moins formelle, de ne pas paraître douter qu'il ne le fût, le fit jouer au Palais-Royal le 5 août 1667. < Le lendemain 6*, dit le Registre de La Grange, un huissier de la cour du Parlement est Tenu, de la part du premier président, M. de la Moignon, défendre la pièces * En l'absence du roi, la police de Paris appartenait au Parlement*. Le premier président, d'après le récit de Brossette*, envoya le guet déchirer les affiches, et fit même fermer et garder la porte de la comédie. Ni la visite que fit Molière à M. de Lamoignon, ni les paroles qui furent portées à ce magistrat de la part de Madame par un de ses officiers, ne purent le fléchir. U fallut recourir au roi. Le surlendemain de la défense, Molière envoya vers lui, dans le camp devant Lille, deux de ses camarades, porteurs de la fière supplique qui, dans l'édition de îôSià de ses Œuvres, a été imprimée sous le titre de Second placet. « Le 8* (août 1667), dit le Regixire^, le sieur de la Toriilière et moi, de la Grange, sommes partis en poste de Paris, pour aller trouver le Roi au sujet de ladite défense Nous fûmes très bien reçus. Monsieur nous protégea à son ordinaire, et Sa Majesté nous fit dire qu'à son retour à Paris, il feroit examiner la pièce de Tartuffe et que nous la jouerions. Après quoi nous sommes revenus. Le voyage a coûté mille livres à la troupe. » Molière n'avait pas oublié, dans son placet, d'appeler l'attention du roi sur les changements qu'il avait faits à son ouvrage, pourôter tout prétexte aux plaintes. D'abord, faisant disparattre le nom de Tartuffe^ qui e'xaspérait ceux auxquels il s'était comme attaché, il avait nommé sa pièce l'Imposteur. On était ainsi mieux averti que la dévotion menteuse était seule mise en jeu. Le personnage du fourbe, comme s'il n'était