‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 187 sur 236 · Voyeala Notice %iaxV Amphitryon^ au tome VI, p. 3i6«3a · texte numérisé non relu

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rantenr, la pièce, très librement imitée, était devenat (oe n'est pas un de ses moindres agréments) toute moderne et française? Nul doute qu'on ne Tait senti à la cour, où l'on né s'en est que plus amusé. Si Molière ayait pu craindre quelque chose, ce n'était pas qu'on l'accusât de basse complaisance, mais d'excessive hardiesse. Sosie ose beaucoop dès le début de la pièce, où il ne se montre pas trop idolâtre de la grandeur, et murmure contre l'égoisme dont elle fait sentir le poids à ses plus zélés serviteurs ; mais plus encore an dénouement, lorsqu'il donne le conseil de ne pas s'arrêter à de longues réflexions sur les brillantes explications do maître des dieux :

Sur telles affaires toujours

Le meilleur est de ne rien dire.

C'est |en dire quelque chose cependant par ce^ siience un peu moins respectueux que prudent. On retrouve donc dans VAmpfutryon le Molière que l'on avait toujours connu, passé mattre dans la fine insinuation de bonnes vérités, et, pour les faire entendre aux puissants, sachant user avec une grande liberté des privilèges de la comédie. Dans le prologue, étincelant d'esprit, dont les personnages sont la Nuit et Mercure, il y avait de quoi faire rire du bout des dents de trop nombreux courtisans, disposés à rendre an maître certains services :

Voilà sans doute un bel emploi Que le grand Jupiter m*apprête ; Et Ton donne un nom fort honnête Au serrice qu*il veut de moi.

A la Nuit, qui fait ainsi la renchérie, Mercure répond :

Un tel emploi n*est bassesse Que chez les petites gens.

Lorsque dans un haut rang on a Theur de paroltre, Tout ce qu'on fait est toujours bel et bon , Et suivant ce qu'on peut être Les choses changent de nom.

L'ironie ne manquait pas de clarté. Si quelqu'un la juge

d'un méprisable flatteur, il entend mal le français. On l'entendait certainement mieux à Versailles.

Il se peut que Boileau ait trouvé dans notre Jmphiiiyon matière à quelques critiques ; mais on doit se défier beau» coup du Bolseana^ qui, parmi celles qu'il lui prête, en cite de très pauvres. On ne croira pas l'auteur de cet ana, lorsqu'il prétend^ qu'un si judicieux aristarque « ne goûtoit que médiocrement » l'excellent ouvrage. Un rang tout autre que médiocre lui est assuré et par la charmante adresse avec laquelle le poète a tiré de dessous le masque antique des figures familières à son temps, et par le rare exemple qu'il a donné là d'une imitation où l'esprit, à force d'aisance, semble toujours original, même lorsqu'il se tient près du modèle, enfin aussi par cette nouveauté des vers libres, avec entrelacement et redoublement des rimes, vers si habilement accommodés au dialogue du théâtre qu'on les en croirait la forme la plus naturelle.

Tout en repoussant l'imputation d'une indigne manœuvre pour gagner à la cause du Tartuffe le protecteur flatté dans ses passions, il est permis de croire que le succès des représentations de V Amphitryon à la cour dut contribuer à aplanir le chemin vers le but dont Molière ne détournait pas ses regards. Quoi qu'il en soit, le jour où il montra par cette rentrée dans sa carrière d'auteur qu'il renonçait à renfermer dans le silence son génie découragé, il put faire deviner qu'il avait eu quelques raisons de concevoir de fortes espérances. Dans cette même année 1668, les signes ne manquèrent pas de l'approche du moment où il obtiendrait pleine satisfaction. Le moins équivoque fut le Tartuffe joué deux fois, en visite, chez Monsieur le Prince, à Paris d'abord, dès le 4 mars, puis à Chantilly, le ao septembre*. Quelque haute que fût la situation du grand Condé, il est bien peu vraisemblable qu'il se crût assez maître dans sa

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