‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 188 sur 236 · Page · texte numérisé non relu

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3. Begistre de La Grange, p. 98. — On 7 lit : « Le jeudi so* [septembre] une TÎsite à Chantilly, et [pour] une à Paris, qui m. ëtë jouée le 4* mars du Tartuffe ^ pour Mgr le Prince, reçu iioo*. •

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maison pour y faire représenter la comédie foudroyée par l'archevêque de Paris, s'il n'avait pas su que le roi, disposé dès lors à la ressusciter, fermerait les yeux. La représen» tation du 4 mars est surtout remarquable. A Paris, en effet, toute désobéissance à l'ordonnance du 1 1 août 1667 tombait sous le coup de l'excommunication. A Chantilly, on était du moins hors du diocèse. C'est ce qui explique que dans la petite notice* historique de l'édition de 168a, la représentation du ao septembre soit la seule mentionnée, et que le Registre, un peu moins discret, ne nous ait fait connaft^ celle du 4 mars qu'à la date de ce ao septembre, et dans une rédaction assez embarrassée. Molière . évidemment n'avait plus qu'un peu de patience à prendre.

En attendant, il donna, la même année que V Amphitryon^ deux autres pièces nouvelles, dont la première fut George Dtmdin, représenté à Versailles, dans une pompeuse fête, au mois de juillet, probablement le 18. H est à remarquer comme une preuve de la faveur où l'on savait alors Molière, que Robinet, décrivant la fête dans sa Leiire en vers à Madame, en date du ai juillet, donne à l'auteur de George Dandin ce nom :

Le Morne cher et glorieux Du bas Olympe de nos Dieux.

C'était une pièce fortement salée, celle que, ce jour-là, Molière fit jouer devant le roi, la reine, le dauphin, Monsieur et Madame. La relation de la Gazette paraît même ne pas laisser douter que le nonce du pape et les cardinaux de Vendôme et de Rets, présents à la fête, ne l'aient été ausù au spectacle de la comédie.

Molière, comme il l'a trouvé commode plus d'une fois, avait eu recours à une de ses anciennes farces. U avait pensé qu'à la condition d'une heureuse refonte, il aurait quelque chose à tirer de sa Jalousie du Barbouillé^ dont il devait la scène la plus plaisante soit à Boccace, soit aux fabliaux, ou, plus directement peut-être, aux bouffonneries italiennes. Il avait maintenant le secret de mettre partout, fût-ce où l'on pouvait le moins l'attendre, de la vraie, de l'excellente comédie. Du Barbouillé, une de ces figures qui ne

s'élèvent pas au-dessus des tréteaux, il a fait un riche vilain assez sot pour avoir pris femme dans la gentilhommerie. Cest ainsi que sa pièce est devenue une sérieuse leçon sur les dangers de ces alliances de la vanité roturière et de la noblesse qui ne fait pas fi des écus des vilains. M. et Mme de Sotenville sont des types immortels, et le caractère de leur gendre n'est pas d'une vérité moins parfaite. Dans le rôle partibulièrement de cet infortuné, si cruellement puni, on ne saurait trop admirer la franchise du style.

De tout temps Molière a été inépuisable en plaisanteries sur les maris trompés. Elles ne scandalisaient pas, ayant toujours été familières à Tesprit gaulois. C'étaient badinages c[uî n'invitaient personne à aller chercher ce qu'on y trouverait, en les prenant au sérieux, et h réclamer pour la morale en péril. Plus de sévérité se justifie le jour où sur le théâtre iJ a mis l'adultère à découvert, avec ses plus impudents mensonges et dans toute son effronterie. Pour expliquer que cette fois Molière n'ait pas reculé devant des scènes d'une réalité si crue, dira-t-on qu'il était alors devenu un peintre de plus en plus hardi de la vie, un moraliste de plus en plus amer ? Ce serait chercher trop loin. La coquine sans vergogne était déjà dans la Jalousie du Bat" bouille et dans les contes d'où elle avait été tirée. Dès que Molière, pour ne pas laisser perdre une facétieuse idée, s'était décidé à rajeunir son ancien canevas, il pouvait bien, comaie il l'a fait, le purger d'obscènes équivoques, qui n'étaient plus à son usage, et même très ingénieusement rehausser la farce- jusqu'à la comédie, mais non changer la principale donnée. Il eût assurément mieux fait de ne pas reprendre un sujet trop scabreux, puisqu'il n'y avait aucun mo^en de le traiter sans donner le spectacle d'une femme profondément vicieuse. Il n'aurait pas encouru la grave censure de Bourdaloue, qui, dans son sermon sur t impureté, a signalé, par l'allusion la plus claire, la comédie de George Dandin, comme un de ces spectacles « où l'impudence lève le masque ». Le prêche philosophique n'a pas été plus indulgent dans la Lettre de Rousseau à d'AIembert. Voltaire dit que le public même se souleva un peu contre le sujet de la pièce, et que « quelques personnes se révoltèrent ».

Nous ne croyons pas que > c'ait été du vWant de rautenr. Toutes Us apparences sont en faveur de ce témoignage de Grimarest, que « le George Ikutdin fut bien reçu à la cour au mois de juillet 1668, et à Paris au mois de novembre suivant^ ». La cour, en ce temps-là, ne se piquait pas de rigorisme, et l'on ne pouvait lui reprocher de couvrir d'un masque de pruderie la liberté de ses mœurs. Les tours joués au « mari confondu » l'égayèrent beaucoup. Après avoir été la première à en rire à Versailles en juillet, elle les vouJot revoir à Saint-Germain trois fois de suite, du 3 au 4 novembre, dans les fêtes de Saint-Hubert. George Dandim^ joué au Palais-Royal le g du même mois, eut dix représentations jusqu'à la fin de 1668, et d'assez nombreuses les deux années suivantes.

On est à peu près assuré que dès la première distribution Mlle Molière fut chargée du r&le d'Angélique, dont on sait positivement que plus tard elle était en possession. Quelques-uns ont pensé que Molière le lui a domié dans un des moments de sa plus vive irritation contre elle. Cette idée d'une pénitence qu'il lui aurait infligée, et qu'elle aurait acceptée, est des plus étranges. Afficher sa femme comme une autre Angélique, c'eût été s'afficher lui-même comme le modèle de Dandin, dont il jouait le personnage. Il avait trop de bon sens, trop de soin de son honneur, pour étaler des infortunes qu'un honnête homme cache de son mieux, pour se bâter et se sangler comme les sots des Avmx imUs" crets. Il est visible qu'il n'eut pas même la pensée que le public pût le soupçonner de leur ressembler. An contraire des conjectures que l'on a faites, il a fallu que Molière se crût alors dans une assez grande sécurité pour n'avoir pas la moindre crainte d'une comparaison dans l'esprit des spectateurs entre l'humeur légère de son Armande et les « malversations » d'une odieuse femme.

George Dandin^ comme il vient d'être dit, ne fut joué au Palais-Royal que le 9 novembre 1668; mais, comme il faut tenir compte de ses représentations à la cour, nous avons dû le mettre à sa véritable place, qui est avant V Avare,

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