‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 199 sur 236 · I. Page i»o · texte numérisé non relu

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a. ifutoire du Théâtre francoU^ tome XIV, p. 53 f.

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Nous venons de nommer la pièce nouvelle de Molière, qm fut représentée en 1670 à Chambord, un an après qat son auteur en avait égayé les fêtes par le Pourceaugnac. On remarque bien des points de ressemblance entre les deux régals^ comme on disait alors, dont les chasses étaient l'occasion. Pour l'un, de même que pour l'autre, on voulut un spectacle joyeux, où les « deux grands Baptistes » (où nommitt ainsi Molière et Lulli) lâcheraient la bride aux folies. Aux siennes Molière mêla cette fois encore, et même beaucoup plus largement, le véritable, l'excellent comique. YiAt^re a très bien reconnu que si le cinquième acte du Bourgeois gentilhomme est une farce réjouissante, les quatre premiers « peuvent passer pour une comédie^ ». Ce serait pouiiant unetrop petite mesure de justice, s'il n'avait commencé par dire que cette pièce « est un des plus heureux sujets de comédie que le ridicule des hommes ait jamais pu fournir ». Phis encore que le choix du sujet, l'art avec lequel il a été traité est d'un mattre.

Le Registre annonce ainsi ' le voyage à Chambord des co* médiens du roi, qui y jouèrent le Bourgeois getailhomme : «Vendredi 3* octobre [1670], la troupe est partie pour Chambord par ordre du Roi. On y a joué, entre plusieurs comédies, le Bourgeois gentilhomme^ pièce nouvelle de M. de Molière. Le retour a été le 18* dudit mois. » Ce fut le mardi 14 octobre que l'on représenta pour la première fois cette comédie-ballet. Elle plut tellement, qu'elle fut redemandée pour les jeudi, lundi et mardi suivants. Ces quatre représentations en huit jours donnent un démenti à Grimarest. Il prétend que «jamais pièce n'a été plus malheureusement reçue » ; que le roi garda tout d'abord un silence inquiétant ; que les courtisans se déchatnèreat si fort contre une bouffonnerie, jugée par eux extravagante, que Molière, pendant cinq jours (où Grimarest les prenait-il ?], se tint caché dans sa chambre, et ne reprit courage qu'après la seconde représentation, lorsque le roi, se prononçant enfin dans les

I. Sommaire du Bourgeois gentilhomme» Voyez au tome VIII de notre édition, p. 39.

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termes les plas flatteurs, donna aux courtisans le signal d'une palinodie, chantée aussitôt bruyamment par leur docîKté ^ Si cette histoire n'a pas été imaginée par le biographe, on l'avait mal informé. Quand la pièce n'eût pas eu tant de scènes d'un parfait comique, il est impossible que le roi ait tardé à s'en montrer satisfait, y ayant trouvé ce qu'il avait principalement voulu que Molière y mit, plus impossible encore que les gens de cour aient été asses malavisés pour traiter de pauvretés insupportables les Hou la ba ba la chou, c'est«)^i^e tout justement les facéties que Ton savait commandées. S'il y avait des malveillants, ils n'auraient osé critiquer, dans le ^mrgeeis gmntilàomme^ que ce qui était dû au génie comique de Molière. Les turqueries, dans lesquelles il avait fait rire par ordre, ne couraient aucun danger d'être atta* quées.

On sait d'où ^ai| venue au roi la fantaisie de s'amuser d'une caricature d'enturbannés» La cour de Saint-Germain avait été égayée parles récits de Laurent d'Arvieux, récemment revenu d'un long voyage en pays musulman, et truchement, à la fin de 1669 et au commencement de 1670, d'un envoyé extraordinaire du Grand Seigneur, Il a raconté luimême que cet envoyé de la Porte, reçu par Louis XIV en grand appareil, tînt sa gravité orientale, et affecta de ne se montrer aucunement étonné par les magnificences dont on avait voulu l'éblouir. Si l'on en croit Bruzen de la Martinière, ce fut Colbert qui recommanda k Molière de tourner les Turcs en ridicule, afin de ptinir un si insolent dédain*. Louis XIY ou son ministre, ce n'est évidemment qu'un icit Ayant eu l'ordre exprès de lier à une action comique la mascarade des turbans, Molière, dans cette partie bouffonne de sa pièce, iîit aidé è Auteuil par Lulli et par Laurent d'Arvieux. Celui-ci dit avoir été chargé de « tout ce qui regardait les habillements et les manières des Turcs ». Ce ne serait donc pas sans vraisemblance qu'on le rendrait responsable et des questions faites à M. Jourdain par le Muphti, et du cérémo* niai, où l'Alcoran est mis par les derviches sur le dos du

1. LaKte de M, de Molière^ p. 961 •964* ». Vie de Fauteur (l'j^S)^ p. 91.

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nonveau Mamamouchî. On a tu là une intention, qui aonit été plus qulndécente» de parodier les cérémonies de la consécration de nos évêques. C'est, à notre avis, fort injnste. On donnait volontiers, en ce temps-là, anx coutumes étrangères la couleur des nôtres. Si c'est d'Arvieux qui a con« fondu les unes avec les autres, il est probable que, connaîs* sant mal les rîtes musulmans, il les a, sans malice, assîmiléi à ceux de notre Église. Si c'est Molière, pourquoi le soop» çonnerait*on de l'avoir fait moins innocemment? 12 eti bon de faire remarquer qu'alors personne ne fut soaodaitté. Là prétendue impiété est une découverte de nos jours; elle vient trop tard pour donner autorité à une grave accusatioa. On peut être l'auteur de Tartuffe et de Don Jman sans être esp pable d'une fsrce sacrilège.

Pour donner prétexte aux scènes turques, Molière a dû imaginer une pièce dont le principal personnage wnàl an sot d'une vanité asses extravagante pour devenir la dupe la plus aisé^ à mystifier. U ne pouvait être mieux choisi que dans cette petite bourgeoisie qui, enrichie par le commerce, et méconnaissant son incurable ignorance et son manque d'éducation, a la ridicule ambition de s'élever jusqu'à la gentilhommerie, de s'enfler, de se travailler

Pour égaler l'animal çn grosseur.

Voilà comme dans une idée bouffonne Molière a tronvë une bonne comédie. Assurément, pour amener son bourgeois au plus incroyable excès de crédulité, il a fallu pousser très loin son imbécile manie. U n'y en a pas moins dans ce caractère, peint avec l'exagération de la caricature, force traits d'une admirable vérité. Et quel parfait crayon a dessiné les figures de Mme Jourdain et de la servante Nicole, deux types de l'honnête .simplicité bourgeoise et populaire, dont le naïf bon sens fait si bien ressortir la prétentieuse sottise du mari et du maître !

Nous ne quitterions pas cette pièce sans parler, si nous ne l'avions déjà fait^ à l'occasion de Mlle Molière*, de ses

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