I. Ijettre en vers à Monsieur^ du 16 novembre
SUR MOLIÈRE. 4i3
Il blessure, elle n'a pu avoir à souffrir dans sa réputation des poétiques hommages de l'illustre sexagénaire, dont l'amour était certainement aussi platonique que celui de Martiân, devenu, à de singulières conditions, l'époux de Pnlchérie. Ce qui pourrait faire hésiter à reconnaître la charmante Psyché dans la personne aimée par le poète, c'est que sa Pidehérie^ comme nous l'arons dit, ne fut pas confiée à la troupe qui possédait cette comédienne. Serait-ce que Molière, ayant appris qui l'on désignait comme l'objet de la passion de Martian, se serait refusé à faire entendre sur son théâtre les innocents soupirs adressés indirectement à sa femme? Cette jalousie est peu croyable. Les admirateurs de Mlle Mo- Uère avaient souvent donné à son mari de plus sérieux sujets d'inquiétude.
Entre les représentations de Psychtf aux Tuileries et celles qae le Palais-Royal put être prêt, six mois plus tard seulement, à en donner, Molière fit prendre patience aux spectateurs de la ville par une nouveauté, les Fourberies de Scapin. Elles furent jouées le 14 mai 1671. Il est assez vraisemblable qu'il les avait tirées, comme le dit Voltaire, d'une des farces préparées autrefois par lui pour la province. L'imitation de deux scènes du Pédant Joué de Cyrano de Bergerac semble indiquer un temps peu éloigné de l'étroite camaraderie des deux disciples de Gassendi. Gorgibus dans lesac^ joué, d'après le Registre^ en 1661, i663 et 1664, et dont il esta croire que Molière était l'auteur, pourrait bien être une première reprise, à Paris, du canevas que l'on conjecture avoir été écrit pour la troupe de campagne. Si ces indices ne nous trompent pas, en nous faisant croire à une ébauche remaniée, dont serait sorti le Scapin^ nous aurions là un nouvel exemple de ces anciennes bouffonneries de Molière, très heureusement transformées par lui, lorsqu'il lui ét^t devenu impossible d'en tirer parti, sans les relever comme il convenait au mattre reconnu de la scène comique. On peut être certain que Térence n'est venu qu'en 167 1 mêler sa fine urbanité aux scènes des plaisantes fourberies. L^% emprunts que Molière lui a faits avec un art délicat ne sauraient laisser de doute sur leur date.
Boileau a été très sévère sur ce qu'il appelait une alliance
9i WïOlitllIHlQn
ma^
sua MOLIERE.
larelle, et à dévouer son dos à toutes la comédie 1 Quoi! cet homme le pre« iïOfir Tesprit et pour les sentiments d'an It ingénieux censeur de toutes les folies une plus extraordinaire que celles dont • les jours! Cela montre bien le peu que Si c'est bien Boileau qui parle (et vraiaccent], il est clair que sa pensée allait citation au repos conseillé par la maies reçues par un tel homme, pour l'alui tenaient au cœur. Molière a suflusqu'à son dernier jour que le point [enait au théâtre n'était pas celui d'un Qtrer le visage qu'il se composait avec rhe. C'était son bon cœur, Boileau le de« ichait, jusqu'à épuisement de ses derrêts de sa troupe, tout lui disant qu'ils retraite. Mais, sans rien lui retirer d'un , on doit reconnaître aussi qu'il aimait lemps il avait pensé qu'il manquerait r'uvres théâtrales, s'il ne donnait de près ^présentation, en dirigeant ses acteurs ut lui-même des rôles dans ses pièces ; I raisons de croire que son art de poète ' de son art de comédien, lequel n'avait :s secrets des effets de scène. Voilà ce ait pas, ou feignait de ne pas entendre, 1 de la disproporticMi entre les mousr le charbon et la hauteur de pensée nier ordre. Pour ne pas regi^tter ^ne voulu s'avouer cette disfiroportion, il d besoin de quelque effort de réflexion, i croire à une sévérité, sans excepiioiL, ^ l s petites pièces de Molière. \ft ii><"^^Ttt
j^BTagrésIjJe et I« Lu p, il s^'Umm tm\ ^■ulil^ dans qtHfi^fM»-!^ éë mm iéf^
4i6 NOTICB BIOGRAPHIQUE
crayons. H disait à Brossette en quelle estime il tenait non seulement la Critique de racole des femmes, cette spiritneDc apologie, dont Molière avait su faire une bonne ccnnêdie, mais aussi ia Comtesse dtEscarbagrtas^, qui n'est qu'une esquisse tracée à la hâte pour un des divertissements de U cour. Cette comédie est, après les Fourberies de Seapin, la première que Molière fit représenter. Voici à quelle occa* sion. Pour fêter le récent mariage de la Princesse Palatine, la seconde Madamk, célébré le at novembre iSjt, le roi voulut la régaler à Saint-Germain d'un attrayant speeUele, qui serait composé de tout ce qui avait particnlièranenr plu dans les ballets des années précédentes. On nomnt ce pot-pourri le Ballet des baUets\ Molière fut chargé deUer ces divers fragments, et, comme dit Robmet*, de leur donner l'âme. La troupe, partie le 27 novembre pour Saint-Gennûn, y resta jusqu'au 7 décembre. On joua le a de ce dernier mois la pièce qui donnait une certaine unité aux emprunts faits à des intermèdes de différentes comédies ou à des entrées des plus célèbres ballets, en même, temps qu'elle servait de prétexte à une nouvelle pastorale. Cette Fasiwde^ ouvrage aussi de Molière, n'a malheureusement pu été recueillie. Regardant également comme une bagatelle la Com' tesse itMscarbagaas, son auteur n'a pas voulu qa'elle fu( imprimée de son vivant. 11 n'y manquait cependant qne des développements moins écourtés, auxquels il avait faUn renoncer faute de temps, et par la nécessité de laisser asses de place à la musique et aux danse». La comtesse de promce, avec sa ridicule affectation des grands airs de Paris et de la cour; ses deux amants, le conseiller Tibaudier, carîealtire d'un robin qui orne ses lourdes galanteries du pédantesqne langage de sa profession, surtout le receveur de taiUes, Harpin, cette brutale figure de financier, dont Le Sage s'est souvenu en dessinant son Turcaret, tous ces caractères, ï , a suffi à Molière de quelques touches pour les marquer des j traits les plus vrais, comme les plus amusants. Ce sont vrai* semblablement des personnages que, durant ses périgrina-