‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 208 sur 236 · I. Ua Tolume iii-8*, Parii, A. Lemerre, i · texte numérisé non relu

I. Ua Tolume iii-8*, Parii, A. Lemerre, i

9. Page 3s. — Soulié« sant doute d'après le bail Baudelet, lequel porte que Molière et ta femme demeuraient, à la date du s6 juillet, rue Saint-Honoré, paroisse Saint-Eustache, dit (p. 77 des JUeherehes,,.) qu'ils étaient allés loger là provisoirement, en quittant la rue Saint-Thomas du Louvre. M. Loiseleur (p. 894 des Points obsairt,,,) croit à une erreur dans la rédaction du bail, qui, du reste, en renfenne une évidente un peu phis haut. Il fait remarquer qu'en tout cas, si Molière, en 167s, a demeuré quelque temps rue Saint^-Honoré, ce ne peut avoir été que six mois au plus. Il aurait pu ajouter que lorsqu'on n'admet pas que Molière ait passé directement de la maison de la rue Saint- Thomas du Louvre dans celle de la rue de Richelieu, il est difficile d'expliquer la quittance qui lui a été donnée par la propriétaire de la première, le 6 octobre 167a, d'une somme de sept cent soizante-quinae livres pour reste dû de son loy^er (i?eeAerM<#..., p. 988. Dooojmr XLV, cote dix de l'inventaire fût après le décès de Molière). La question, au surplus, ne nous paraît pas avoir id d'importance.

eût été pour sa poitrine malade la plus efficace des médecines, et que la retraite d'Antenil n'avait pas elle-même suffi à lui assurer.

La naissance de son fils au mois de septembre 167a a été citée comme l'indice d'un rapprochement avec Mlle Molière, indiqué par Grimarest, qui en recule un peu trop la date. U n'était probablement qu'une trère ; mais, quand on le supposerait complet et solide, U venait trop tard pour cicatriser la plaie faite à un cœur torturé par des années de désunion. L'incessant travail était une distraction à ses peines, mais, en même temps, un poids trop accablant. Que l'on songe à tant d'oBUvres, dont la production fut continuelle, depuis l'établissement de la troupe 'à Paris, k sa dépense de forces, comme acteur, quand sa voix avait ^un tel besoin d'être ménagée, enfin à ses mille soins et tracas de directeur de théêtre.

Ce dernier fardeau était sans doute le moindre de ceux sous lesquels il succombait ; mais, s'ajoutant aux autres, il devait se faire sentir. Quelque attachement et respect que ses camarades eussent pour lui, des comédiens ne sont pas faciles à conduire.^Nous avons entendu Chapelle le plaindre en 1659 des embarras de ce gouvernement, et lui-même en dire quelque chose, tout en plaisantant, dans son Impromptu de Fersailles, Souvent aussi il put trouver que non seulement les acteurs, mais les spe.ctateur8, étaient à'étranges animaux. Le public qui fréquentait les théfttres prenait alors des libertés très gênantes. Nous avons fait remarquer dans la première scène des I^^cA^imp une vive peinture des hommes à grands canons qui, faisant leur entrée la pièce commencée, troublaient la représentation, plantaient leurs chaises devant les acteurs qu'ils cachaient. Avec la multitude moins privilégiée, c'étaient de bien autres affaires. Des valets de chambre et laquais prétendaient entrer à la comédie sans payer, et, l'épée à la main, ils attaquaient les portiers, qui plus d'une fois furent blessés. 11 y eut un de ces tumultes à la porte du Palais-Royal en'février i66a, un jour qui était celui des comédiens italiens. Dans la plainte que ceux-ci adressèrent au commissaire au Châtelet, Molière et du Croisy intervinrent; car c'était le feu chez le voisin. Le dimanche 16 octobre 167a,

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jour où l'on joua ia Comietse ttSsearbagnas et tAmoërnéieein^ des gens de livrëe, parmi lesquels on reconnut des pages du maréchal de Gramont, donnèrent des coups de bâton à on spectateur, homme d'épée, jetèrent des pierres aux acteurs, et, dans un moment où Molière était en scène, le gros hout d'une pipe à fiuner K Ce £at deux jours avant de perdre son fils que Molière eut sa part de ces insolents outrages.

Malgré tout, il aima toujours le théâtre, et aussi, jusqu'à la dernière heure, on peut le dire à là lettre, la troupe dont il avait fait la célébrité et la fortune. Nous Toid arrivé an moment où son dévouement pour elle, en même temps que pour son art, abrégea très probablement une vie depuis longtemps menacée et chargée de tant de labeurs. Lorsqu'il fut trahi par les forces de son corps, ce fut du moms en pleine possession de son infatigable et admirable esprit.

Nous avons parlé de l'étonnant mélange de gaieté et de mélancolie qu'on ne peut méconnaître dans cet esprit. On en est finq>pé dans sa dernière comédie, aussi abondante en traits plaisants que celles où il en avait semé le plus, et qui cependant de cette souroe de joyeusetés laisse sortir qud^ que chose d*amer, de sorte qu'elle jie resterait pas sans tristesse, même s'il était possible d'oublier le souvenir lugubre qu'y a pour toujours attaché l'agonie du grand poète, Gom« mencée en la jouant.

Pour que la maladie, avec ses misères de mauvaise odeor étalées sur la scène, avec son vilain cortège de menaçants docteurs et d'apothicaires, avec ses notaires appelés pour recueillir les dernières volontés, puisse être un sujet de comédie, il faut qu'elle soit imaginaire, ce que Regnard a trop oublié dans son Légataire universel» Molière avait eom« pris qu'à cette condition seulement rien ne gênerait le rire devant la chaise où la peur du mal livre Argan à tontes les drogues de la Faculté. £t cependant voici le càxé très attristant que tant de scènes amusantes n'ont qu'à demi voilé. L'auteur qui s'égayait avec cette belle humeur sur l'homme dé forte santé tremblant devant les Purgon et les

I. Voyes les DocumêmU inédiu syr J.'^B, PoqmdiM Molière^ déeouTeits et publiés par Emile Campardon (1871)1 P* 9*47«

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neuri^t, était un trop vrti malade; et il ne Ta pai laiasj ignorer dans sa pièce, que, d'aiUeors, il n'eût pas écrite s'il n'ayait été préoccupé de son mal. Visiblement il jetait là on défi à ce mal, en raillant ceux qui, n'osant pas regarder en face l'épouvantail, comptent tes battements de leur pouls» un défi surtout aux médicastres, à qui il fait savoir qu'il veut mourir sans appeler leur secours. Cette révolte contre eux était si bien sa pensée, qu'en se nommant lui-même, U la leur déclare par la boucbe de Béralde; et lorsque Argan souhaite que la médecine abandonne cet impertinent Molière, en lui criant : Crève I crève! le même Bénlde répond à son frère qu'il faut laisser recourir aux remèdes les gens robustes qui ont des forces de reste pour les porter, « mais que pour lui il n'en a justement assez que pour porter son mal* ». N'est-ce pas surtout dans cette scène que le mélancolique se laisse voir près du rieur, et communique aux spectateurs^ avec beaucoup de sa gaieté, beaucoup de sa tristesse? Ils sont avertis que, pour les amuser encore une fois, il a recueOli ce qu'il a encore de .vie, et que la joyeuse Muse, chancelant sur son brodequin, leur fait un dernier adieu. C'était l'homme accablé de soufiîrance qui lui-même parlait dans la plainte de la bergère à la fin d'un des prologues de la pièce :

Votre plui haut taroir ii*ett que pure chimère,

Vaini et peu saget médecins ; Vous ne pourez guérir par tos grands mots latins

La douleur qui me désespère*.

Malgré ce cri douloureux et parmi les pressentiments de sa fin, quelle verve comique dans tant de scènes de sa pièce, dans celles des deux Diafoirus et des malédictions de Purgon, et dans la cérémonie bouffonne, cette satire gaiement burlesque, si pleine de traits de vérité au milieu de la caricature! Et que de grftce, quelle connaissance charmante de la gentille enfance dans le personnage de la petite Louison I Comme on admire une fleur si fratche sortie de cette âme blessée à mort!

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