Tome IX, p. 171 et
Le Malade imaginaire^ avec ses entrées de ballel, ses intermèdes, sa musique, était destiné à une des fêtes de la eour. Pourquoi Molière renonça-t-il à le faire représenter devant le roi ? La très vraisemblable explication est sa rupture avec Lttlli, depuis que le Florentin avait obtenu, au mois de mars 1672, des lettres patentes donnant à son^co- Mmie rçyale de musique un exorbitant privilège. Dès le 29 mars les comédiens du Palais-Royal avaient Eût opposition à la vérification de ces lettres qui interdisaient aux autres tbéfttres les ballets et la musique. Le mois suivant, une ordonnance leur permit six chanteurs et douze violons : rien de plus. Justement irrité, Molière ne voulut plus que LuUi eût quelque part dans ses ouvrages. Nous avons àëjk dit que, lorsqu'au mois de juillet 167a il fit représenter au Palais-Royal la Comtesse dEscarbagnas^ il avait remplacé la musique de Lîilli par celle de Gbarpentier'. U confia au même compositeur la musique du Midade imaginaire. Lulli fit valoir son privilège pour obliger Charpentier à mutiler son travail, dans lequel il n'avait pas assez tenu compte des défenses. Dès lors Molière ne pouvait plus songer à faire jouer sa comédie dans un des divertissements des palais du roi, soit qu'il ne la jugeftt plus en état d'y paraître dignement, soit que Lulli, abusant de sa faveur, ait empêché qu'elle n'y fQt admise avec une musique qui n'était pas de lui. Sans trouver sur ce point de suffisants éclaircissements, il nous paratt peu douteux que Molière se sentit sacrifié au trop favorisé Baptiste, et, pour la première fois, plus froidement protégé que lui par Louis XIV. Ce dut lui être une peine encore plus sensible alors, au milieu d'autres souffrances morales et dans l'accablement de la maladie. Grimarest rapporte de lui des paroles bien significatives, certainement écrites sous la dictée de Baron, qui les avait entendues. Elles furent prononcées en sa présence, dit le biographe, en la présence aussi de sa femme qu'il avait appelée, le jour où l'on avait donné la troisième (il devait dire la quatrième) représentation du Malade imaginaire : « Tant que ma vie a été mêlée également de douleur et de plaisir,