‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 21 sur 236 · Art poétifuê^ chant IV, Tera 89 et · texte numérisé non relu

Art poétifuê^ chant IV, Tera 89 et

SUR MOLIÈRE. 5i

impression durable. Il n'a pas dédaigné d'en mettre à profit deux scènes dans ses Fourberies de Scapin^ où il en a enchâssé les meilleurs traits, comme des diamants dégagés de leur gangue et supérieurement mis en œuvre : c'est à cette occasion qu'il disait : « Je prends mon bien où je le trouve. » En le trouvant chez Cyrano, il lui faisait beaucoup d'honnenr. Cest peut-être à son exemple aussi qu'il a fait parler à ses paysans la langue du village. Avec quelques autres bagatelles comiques auxquelles s'amusait sans doute Cyrano, Molière a-t-il connu son Pédant Joué ^ dès le temps de leur camaraderie chez Luillier? C'est le plus probable, quelques objections qu'on ait tirées d'une allusion dans cette pièce à un événement de 164 5 : l'auteur a pu ajouter quelque chose, quand il a retouché sa comédie avec le dessein de la faire jouer; ce fut assez tard en effet qu'elle fut imprimée, en i654 seulement ; et l'on croit de la même année \t% premières représentations ; mais lorsqu'on veut que la composition s'en soit fait attendre jusque-là, on est forcé de juger étrangement patiente et manquant d'à-propos par sa date, cette vengeance d'écolier contre le principal Grangier. Si elle n'est pas du temps même du collège de Beauvais, elle doit être d'un temps très voisin ; on reste dans la vraisemblance en la supposant déjà communiquée à Molière en 164 1 . 1/ t%X naturel de se représenter les deux condisciples, qu'attirait semblablement la comédie, échangeant, en dehors des heures philosophiques, des confidences sur leurs projets, et même sur leurs premiers essais.

£n cherchant à nous représenter, autour de Gassendi, les physionomies de Chapelle, de Bernier et de Cyrano, c'est à Molière que nous avons pensé. Nous n'avions affaire ici à ses jeunes camarades que pour l'intérêt qui s'attache à leurs relations familières avec lui. Ces relations, dès le temps de la petite réunion philosophique, ne laissent guère de doutes, quand on en voit plus tard la continuation, avec un air de camaraderie de vieille date. Déjà donc il y a là un sérieux indice de la présence de Molière aux leçons du célèbre mattre. Nous allons en recueillir d'autres; et, pour achever notre visite dans la maison de Luillier, nous nous placerons plus directement en face de celui dont nous écri^

5a NOTICE BIOGRAPHIQUE

Yons la vie, et nous reconnaîtrons que là seulement il put étudier la philosophie.

Nulle apparence qu'il soit sorti du collège de Qermont aussi savant, aussi grand philosophe que le dit la Préface de i68a. Grand philosophe! Qui a mieux mérité ce titre que cet incomparable scrutateur de la nature humaine? Mais il n'avait pas encore cette gloire au temps dont parlent les auteurs de la Préfeœe, Leur témoignage a un autre sens. Ce qu'ils ont voulu constater, nous le croyons, c'est la remarquable connaissance qu'au sortir de ses études il avait déjà de la science philosophique. Un don particulier du génie suffit à la profonde observation des mœurs et des caractères ; mais bien posséder les notions spéciales de la philosophie proprement dite, cela ne s'acquiert qu'en recevant un foil enseignement. Que l'on ait pu dire sans exagération qu'il les possédait, on en rencontre des preuves dans ses comédies. N'en cherchons pas dans la Jalousie du Barbouillé, petit canevas où il y aurait tout au plus à noter quelques traits contre Aristote, qui, sans avoir rien de savant, pourraient sentir l'école de Gassendi, s'ils n'étaient pas d'ailleurs un lieu commun des farces de ce temps. Beaucoup plus dignes d'attention sont deux scènes du Mariage forcé^, bouffonneries en apparence, réellement satires excellentes, qui trahissent un auteur fort au courant des disputes philosophiques. Le docteur aristotélicien Pancrace, dans son intarissable babil, n'appartiendrait pas à la vraie comédie, s'il ne débitait que des non-sens, propres à provoquer le gros rire ; mais sous cette caricature (on en peut dire autant de celle de Marphurius le pyrrhonien) il y a mieux que le Pédant, type usé des vieilles farces, il y a un enragé docteur sachant son affaire, et nourri à fond des principes de l'école. Il fallait bien que Molière les eût parfaitement étudiés lui-même ; et personne ne croira qu'écrivant une petite pièce au pied levé il se soit donné la peine de les apprendre pour le besoin du moment. On a pu se tromper quelquefois sur le flux de paroles qui tombe de la docte bouche de Pancrace et n'y voir que des coqs-à-l'âne.

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