I . Les scènes iv et t
Un maître d'une grande autorité^ a fort bien expliqué que les questions, dont le pédant personnage fait un étalage ridicule, sont très intelligibles pour qui en sait l'histoire. Qu'on se souvienne aussi des Femmes sapantes^ où quelques traits, justes toujours, ont suffi pour caractériser chacune des différentes sectes* : le Platonisme, avec ses Abstractions; le Péripatétisme, auquel on s'attache pour Y ordre; Descartes, et sa matière subtile^ ses tourbillons^ ses mondes tombamsj sans oublier ses disputes sur le vide avec Gassendi, ni les points de doctrine particulièrement chers à celui-ci, \es dogmes forts d'Épicure, et ses petits corps.
Molière, dans son allusion à cette dernière philosophie, n'a pas un mot, il faut le dire, qui fasse pencher la balance de son côté. C'est ailleurs que nous chercherions une meilleure preuve de Tëtude qu'il en lit dans sa jeunesse ; c'est dans cette traduction de Lucrèce, malheureusement perdue, mais dont l'existence est parfaitement attestée'. On ne trouverait aucune époque où il ait pu avoir le loisir, disons même le goût, d'y travailler, sinon au temps des leçons de Gassendi. Le poème De la NiUure des choses était le bréviaire de ce mattre, qui le cite continuellement dans ses lettres, et le savah tout entier par cœur, au témoignage de Bemier*. Une prédilection si décidée indique par qui fut conseillée au jeune Molière, comme l'exercice poétique le moins étranger de tous à ses travaux philosophiques, une traduction hérissée de tant de difficultés ; il n'est pas à supposer qu'il ait de lui-même choisi cette rude tâche. Il la simplifia ; car on nous apprend qu'il s'était borné à traduire en prose et en vers la meilleure partie du poème *• Il avait
I . M. Paul Janet. Voyez, dans la Re9U9 politique et littéraire du 16 octobre 187s, le mémoire qu'il a lu à Tlnstitut : la Philoto* pkie dans Us eomédim de Molière, Nous j faisons plus d'un emprunt.
s. Les Femmes savantes^ acte III, scène 11.