‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 213 sur 236 · Page s · texte numérisé non relu

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de Paris faisait ans comédiens une application pins rigou* rense des sévérités de l'Église. Le rituel, publié par ce prélat en 1697, ajoute au rituel de François de Gondi, après ces mots du chapitre sur le refus de sépulture : « pécheurs mamfestes et publics, morts sans pénitence », ceux-ci, qui les expliquent : « au sujet desquels voyez le titre de la com* munion des malades, article a ». Or cet article a, aussi bien dans le rituel de 1646 que dans celui de 1697, met, comme on l'a TU, les comédiens au nombre de ceux qui sont privés de viatique, s'ils n'ont pas donné la satisfaction exigée. Entendons Bossuet, dans ses Maximes et réflexions sur la corné' die^ .* « La décision en est prise dans les Rituels, la pratique en est constante : on prive des sacremens à la vie et à la mort ceux qui jouent la comédie, s'ils ne renoncent à leur art; on les passe à la sainte table, comme des pécheurs publics; on les exclut des ordres sacrés, comme des personnes infâmes; par une suite infaillible, la sépulture ecclésiastique leur est déniée. » On la refusa, en 1686, au comédien Ro« simont, celui qui, après la mort de Molière, avait eu l'héritage de ses rôles. « U fut enterré, dit un contemporain*, sans clergé, sans luminaire, et sans aucunes prières, dans un endroit du cimetière où l'on met les enfants morts sans baptême ». La piété cependant de ce paroissien de Saint- Snlpice n'était pas douteuse: il avait, sous le nom de Du Ifesnil, publié en 1680 de très édifiantes Fies des Saints; mais il était mort subitement, sans avoir eu le temps de déclarer qu'il renonçait au théâtre.

. Tout cela dit, on doit constater que, sur l'indignité des comédiens, n'y ayant point, au temps surtout de Molière, accord parfait du sentiment général et des mœurs avec la loi ecclésiastique, celle-ci était loin d'être toujours appliquée dans sa rigueur. Les comédiens, comme nous en avons vu

I . Maximes et réflexions^ chapitre xi, p. 4$ et 4^* a. Voyea les Sentimenis de CÉgiiee et des S, S, Pères ^ pour servir de décision sur la comédie et les comédiens, p. 37. Cet opuscule de Couitel, autrefois maître aux petites écoles de Port-Royal, a été imprimé en 1694, U même année que les Maximes et réflesions de Bossuet.

de continuels exemples dtfns cette biographie, tenaient des enfants sur les fonts baptismaux, bien que les rituels deParis, dontnous venons déparier, défendissent aux curés d'admettre comme parrains et marraines les excommoniés et les personnes publiquement infâmes, et que, n'hésitant pas k être entièrement conséquents avec eux-mêmes, les rituels de plusieurs diocèses, celui de Châlons-sur-ltame, de Tannée 1649, ^^^ aussi de Sens, deBayeux, de Goutaaces, fissent ap^cation expresse de cette défense aux comédiens*. Une tolérance plus remarquable encore que celle de leur parrainage fut leur admission k la communion. Il y a l'exemple de Molière, à qui sa femme, sans paraître craindre un démenti, dit qu'elle fut donnée en 167a. Riccoboni, dans une lettre datée de 1746, écrivait que si la confession et la communion sont refusées aux comédiens, « par bonheur il y a des moines à Paris ». Mais c'était un prêtre de Saint-Germain-l'Auxerrois, qui avait administré les sacrements à Molière, et non un de ces moines soustraits par Yexempiion à la juridiction de l'Ordinaire. U n* est pas vraisemblable que Molière ait alors communié pour la première fois, depuis qu'il était au théâtre. On nous dit que les comédiens se faisaient relever de l'excommunication, lorsqn'en se confessant ils déclaraient renoncer k leur profession, et qu'ils en étaient quittes pour ne pas tenir leur promesse, et pour la renouveler aussi souvent qu'A leur plaisait. S'il est vrai que quelques-uns eussent recours à cette fraude aussi commode que malhonnête, c'était une comédie du Tartuffe qu'ils jouaient au naturel. Nous ne faisons pas à Mob'ère l'injure de l'en soupçonner capable. Il est plus juste de croire qu'on laissait parfois dormir la sévérité des rituels. Bien des considérations gênaient cette sévérité : la déclaration royale de i64i,qui, prescrivant aux comédiens dedonner des repré»

I. Voyez l'opuACule de Coustel, à la page 87, déjà eitëe dans la aote précédente. H y dit aussi que ces rituels les priraient de la communion, et ajoute : c Aussi est-ce aujourd'hui une pratique ordinaire de Messieurs les curés de Paris de ne pas donner le viadque & un comédien malade, s'il n'a auparavant renoncé ik sa profession, par un écrit publie, et devant deux notaires, e% s'il ne promet de ne plus remonter sur le théâtre. »

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Mntationi exemptas d'impuretét Touiait que, cette condition remplie, l'exercice de leur art ne leur fût pas imputé à blâme ; le plaisir que de bons cbrétiens prenaient à la comédie (on se louTient de la pieuse compagnie d'amis de Port-Royal assemblée pour entendre une pièce de Molière, celle qui de toutes était la plus attaquée par les dévots^); la familiarité de très honnêtes, très nobles personnes, avec le plus célèbre des comédiens, surtout la protection dont le couvrait Loois XIV, et la grande part que, sur son ordre, il prenait aoz divertissements de la cour, en présence même des reines. Tout cela semblait devoir protéger Molière mort. Ce qui d'ailleurs plûdait surtout pour lui, c'étaient les démarches réitérées que l'on avait faites, sur sa demande, affirmait-on, pour appeler près de son lit de mourant des prêtres dont les refias seuls étaient responsables de l'arrivée tardive des secours religieux.

Pendant que rarchevêque ordonnait une information sur ces circonstances, Mlle Molière, à qui il était permis de ne se pas tenir assez assurée de ses dispositions favorables, alla se jeter aux pieds du roi à Saint-Germain. Gizeron- Rivid ' a raconté l'accueil que lui fit Louis XIV, d'après cette note écrite, assure-t-il, par Brossette : « [La suppUame] fit fort mal sa cour en disant au Roi que, si son mari étoit un criminel, ses crimes avoient été autorisés par Sa Majesté méme.Ponrsurcrott de malheur, la Molière avoit mené avec elle le curé d'Auteuil pour rendre témoignage des bonnes mcrars du défunt, qui louoit une maison dans ce village. Le curé, au lieu de parler en faveur de Molière, entreprit mal à propos de se justifier lui-même d'une accusation de jansénisme dont il croyoit qu'on l'avoit chargé auprès de Sa Bfajesté. Ce contretemps acheva de tout gflter. Le Roi les renvoya brusquement l'un et l'autre en disant à la Molière que l'affaire dont eUe lui parloit dépendoit du ministère de M. l'archevêque. » Que la note soit textuellement ou non de Brossette, il est difficile de la croire exacte, surtout dans les paroles, plus que maladroites, qu'elle prête è Mlle Mo-

t. Vojea ei-dessos, p. 317.

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