‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 215 sur 236 · I. Pmmmuê fiwÊfoUf p · texte numérisé non relu

I. Pmmmuê fiwÊfoUf p

a. Voyea ùs Poimu oètscmrs iê la fm JU Moiiàte^ p. 36f-3d3. — Depuis, M. Loiseleor, dans un opuscule intitulé : MoUèrt. Nam.vellês eamiro9êrsês sur sa vie et sa famille (1886), p. 74-73« a reproduit let mémef objections. Il reconnaît cependant aux pages fui- Tantes que ropinion contraire à la sienne a été soutenue par M. Louis Moland, arec des axgumentf qui ne sont pas sans Tsleur. Nous les croyons très frappanu, et l'examen que nous avons fut de notre e6té nous a laissé une impression qui ne s'éloigne pis de celle de M. Moland.

SUR MOLliRE. 443

difficilement être attribué au radotage. Mieux vaadrtfl encore supposer que le chapelain était un imposteur, ennemi de l'Église, ou un personnage inventé par du lillet, que cependant on n'avait jamais soupçonné d'avoir un intérêt de philosophe esprit fort à calonmier le clergé.

n a paru invraisemblable que la veuve de Molière ait posé une pierre tombale it une place qu'elle savait bien n'être pas celle où était son mari, s'il était vrai que plus tard elle y eût fait allumer assez de bois pour n'en pouvoir mettre en doute l'effet destructeur. Et si elle connaissait le secret, comment ne fit«elle pas entendre une réclamation contre la violation clandestine de l'arrêté de l'archevêque? Cette objection est plus forte que celle de la sénilité du chapelain. Elle ne nous semble cependant pas décisive. Mlle Molière ne (ut certainement pas insouciante de la mémoire de son mari. Quelques reprocher que, de son vivant, elle ait mérités, elle défendit avec zèle cette grande mémoire contre l'injure qu'on lui voulait faire; nous l'avons vue supplier le roi de s'interposer pour qu'elle lui fdt épargnée; et, dans ce temps-là, elle répétait partout, dit Brossette^ : « Quoi f on r^usera la sépulture à un homme qui mérite des autels! » Mais il est permis de douter qu'en réclamant pour lui la terre sainte, elle eût pour motif un sentiment très religieux, et ne s'inquiétât pas surtout de mettre les illustres restes à l'abri d'un public affront. Elle avait eu suffisante satisfaction dans la lugubre soirée où, sans toute la pompe qu'elle aurait souhaitée, mais du moins en présence de tous les amis de Molière, qui avaient chacun on flambeau à la main*, le corps avait été porté au pied de la croix. Si elle finit par apprendre que l'on avait nuitamment triché les nobles cendres sur la tombe concédée, ne pensat-elle pas que la sépulture sans déshonneur demeurait certaine aux yeux du monde, et que divulguer la triste vérité par rinutile scandale d'une protestation serait perdre le froit de sa victoire sur la puissante partie qu'elle avait eue it combattre? On peut blâmer ce point de vue mondain; mais

I. Dans sa Memarquê, déjà citée sur le vert 19 de Vtpùre m, 9. Voyez la même Jl^mor^iM de Brosaette.

si Ton suppose qu'elle a'en connaissait pas d'autre, ce qui n'a rien d'improbable, son silence était prudent.

n eût plus que Traisemblablement déplu au roi qu'on le sollicitât d'informer sur la ténébreuse affaire de ces restes mortels soupçonnés d'avoir été dérobés à la sépulture chrétienne, donnée d'abord, puis retirée après quelques moments ; ma* nceuvre qui aurait été très grave, et dont on ne saurait dire si l'on eût trouvé coupable le curé de Saint->Enstacbe, ou l'archevêque lui-même. Mieux valait peut-être se contenter d'une victoire apparente que de fournir aux ennemis une occasion de rouvrir un injurieux débat, dans lequel ou n'espérait peut-être pas être soutenu par l'indignation pubUque. Les temps étaient bien changés, un siècle et demi pins tard, lorsque, les prières chrétiennes ayant été refusées à MlleRaucourt (janvier 18 15), l'impiété forga les portes de Saint- Roch, pour y introduire le cercueil de la comédienne. Si, le jour où l'on, vint chercher, pour l'inhumer, le corps de Molière, les intentions de la foule n'ont pas été mal comprises, elle était animée d'un fanatisme tout différent. Grimarest raconte qu'elle s'était amassée devant la maison mortuaire, que Mlle Molière crut à l'hostilité du tumultueux rassemblement, et, sur le conseil qui lui fut donné, jeta à ce peuple une centaine de pistoles par les fenêtres, lui de« mandant par des paroles touchantes des prières pour son mari. Son éloquence, rendue plus persuasive par son argent, fut écoutée; mais son impression dut être qu'il serait fâidle à d'autres de ramener une multitude mobile au sentiment qu'un comédien, à qui le temps avait manqué pour faire amende honorable, n'avait pas eu droit è la tombe d'un chrétien. C'était donc une question dangereuse à remuer.

U faut dire cependant que la lettre à l'abbé Boyvin n'est d'accord avec Grimarest que sur la somme donnée aux pauvres gens, et n'en parle pas comme d'une largesse arrachée à la frayeur, mais comme d'une aumêne distribuée par la charité. Au convoi, « il y avoit, dit cette lettre, grande foule de peuple, et l'on a fait distribution de mil à douze cens livres aux pauvres qui s'y sont trouvez, à chacun cinq sols ».

Cela suppose la présence aux lunéraiUes de plus de

quatre mille pauvres. L'illustre mort aurait donc été plus accompagné que d'autres ne l'ont dit, et il s'en serait fallu que la centaine d'amis, portant des flambeaux, formassent seuls le funèbre cortège. La même lettre, rappelant que l'archerêque avait défendu aux curés et religieux de son diocèse de faire aucun service pour Molière, atteste que < néantmoins l'on a ordonné quantité de messes pour le défnnct. » Voilà qui conseille de ne pas trop se hâter de grossir le nombre de ceux qui auraient approuvé la furtive infraction â l'arrêté épiscopal, si elle avait été connue de tous. Mais, avant de raisonner dans la supposition qu'elle eût pu Tétre, il faudrait la croire hors de doute : nous ne voudrions pas aller jusque-là.

n est certain du moins que de bonne heure le vol fait à la terre sainte à été soupçonné. Un certain Les Isles le Bas a écrit un sonnet très injurieux pour Molière, qui a été imprimé en 1674, et est intitulé : Sur la sépulture de Jean^ Baptiste Poquelin^ dit Molière^ comédien, eut cimetière des mort^nés à Pétris, Il finit par ces deux vers :

Molière, baptise, perd Teffet du baptême, Et dans sa sépulture il derient un mort-né.

Grimarest donne lui-même beaucoup à penser dans sa réponse à un reproche qui lui avait été adressé par l'auteur de la Lettre critique sur sa Fie de Molière. Cette lettre, vers la fin, lui avait parlé du bruit public qui l'accusait de n'avoir pan dit tout ce qu'il devait, ou du moins tout ce qu'il pouvait dire, particulièrement sur l'enterrement du poète, < dont il auroit eu de quoi faire un volume aussi gros que son livre, et qui auroit été rempli de faits fort curieux, qu'il sait sans doate. 9 Grimarest se défendit ainsi : « Quant à ce qui se passa, après que Molière fut mort, je laisse à mon censeur de nous le donner. Apparemment qu'il en est bien informé, puisqu'il avance qu'il y auroit de quoi faire un livre fort curieux. J'ai trouvé la matière de cet ouvrage si délicate et si diflScile à traiter que j'avoue franchement que je n'ai osé l'entreprendre, et je crois que mon critique y auroit été aussi embarrassé que moi : il le sait bien. » N'était-<^ pas reconnaître assez clairement qu'il n'ignorait pas des faits

doDt U gratité commandait encore le silence ii tout le monde? Il ne faut pas oublier que la Lettre critique et la réponse sont de 1706, lorsqu'on était encore en pleiii règne de Louis XIY.

Nous ne pouvons donc méconnaître que de divers côtés on trouve de fâcheux indices. Ce n'était pas à la fin do siècle dernier qu'on était disposé à les croire insnflUants. L'exhumation, le 6 juillet 179a, des restes de Molière, ou de ce qu'il plut d'accepter pour tels, a été souvent racontée. Deux commissaires de la section dite alors de Molière et de la Fontaine furent chargés de faire des fouilles dans le cimetière Saint-Joseph pour retrouver les corps des deox poètes. On 7 mit tant de bonne volonté que le succès élût inùdllible. Pour chercher la Fontaine où il ne pouvait être, on n'avait tenu aucun compte du témoignage du Registre de Saint-Eustache^, qui donne l'acte de son inhumation an cimetière des Saints-Innocents, et l'on avait mieux aimé se laisser tromper par d'Olivet, qui, dans son Histoire de t Académie^ avait dit : « il fut enterré dans le cimeUère de Saint-Joseph à l'endroit même où Molière avoit été nos vingt-deux ans auparavant ». Au moins aurait-on dû adopter son erreur tout entière, et croire que l'on trouverait les illustres amis l'un près de l'autre. On supposa qu'il n'y avait que la Fontaine au pied de la croix. Là un cercueil de chêne, qui fut rencontré, pearui être le sien. On avait commencé par l'exhumation de Molière*. Les délégués de la section n'avaient pas douté qu'il n'eût été enterré dans la terre des mort-nés. Sur quoi reposait leur certitude? Les procès-verbaux des fouilles nous le disent. On 7 allègue < les historiens contemporains et la tradition non inspecte ». D'ordinaire les procès-verbaux sont plus précis dans .les preuves qu'ils donnent. Dans ceux-ci la crédulité volontaire s'étale si manifeste, ou plutôt si grotesque, qu'elle donnerait la tentation de ne plus rien admettre des tristes bruits

I. Voyes notre Ifotiee hlogrtfkique êur la Fontaine^ p. ces et cczn-ooxiT.

9. Le 6 juillet 179s. L'exhumation de la Fontaine n*ent lieu qae le si novembre suivant.

répandus; mais la vraie critique doit tCre plus calmey et même dans l'histoire d'une exhumation, faite avec une passion déraisonnable, elle doit tout examiner. Bien qu'on n'ait pas trop de confiance dans un prêtre choisi pour commissaire civO, il faut faire attention que les recherches furent dirigées par un vicaire de Saint«Bustache, dernier desservant de la chapdle Saint-Joseph. Son nom était Fleury. n les fit faire près d'une petite maison située à l'extrémité du cime* tière. S'il j a quelque soupçon qu'il suivait, par ordre, l'indication donnée par Titon du Tillet, il pouvait aîussi avoir connu un secret que se seraient transmis les chapelains. Quoi que l'on en pense, il est clair que si Molière a été inhumé de ce côté, rien ne put indiquer ce qu'étaient les débris de cercueil et les ossements sur lesquels on mit la main, évidemment au hasard. Ainsi, lorsque Gailhava, quelques années plus tard, pressa sur son coeur les têtes des deux grands poètes et les baisa religieusement*, sa sensibilité s'était dépensée en pure perte. On ne saurait voir que dès cénotaphes dans les deux mausolées construits par Alexandre Lenoir, qui en 1799 avait reçu dans son Elysée (jardin du Musée des ci-devant Petits-Augustins) les cercueils, on, suivant l'élégante inscription qu'ils portaient, les caisses de Molière et de la Fontaine. Les mausolées furent transportés le a mai 181 7 au cimetière du Père* Lachaise, et restaurés en 1875. Tels qu'ils sont, ils resteront du moins comme des monuments du souvenir de la France et de sa juste admiration pour deux des gloires littéraires qui lui sont le plus chères.

L'histoire de la sépulture de Molière, sur laquelle nous avons dû nous étendre, a un caractère extraordinaire, qui en faisait une nécessaire continuation de celle de sa vie. On peut parler plus brièvement des nombreuses épitaphes qui furent écrites les unes pour honorer cette grande mémoire, les autres pour l'outrager. Celles des admirateurs du poète n'étaient pas elles-mêmes destinées à être gravées sur la pierre qui couvrait, ou passait pour couvrir, ses restes. Par là elles ont moins de droit à être citées. U en est une

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